Textes de Beaumarchais, Musset et E. Rostand

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Le texte théâtral et sa représentation
Type : Question sur le corpus | Année : 2017 | Académie : Antilles, Guyane

LE THÉÂTRE

Les objets au théâtre • Questions

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Antilles, Guyane • Septembre 2017

Le texte théâtral et sa représentation • 6 points

Les objets au théâtre

Questions

Documents

A – Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte I, scène 7, 1778.

B – Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte II, scène 6, 1834.

CEdmond Rostand, Cyrano de Bergerac, acte V, scène 5, 1897.

1. Quels sentiments éprouvent les principaux personnages dans ces trois scènes ? (3 points)

2. En quoi les objets mentionnés dans ces scènes présentent-ils un intérêt pour l’action et la représentation ? (3 points)

Après avoir répondu à ces questions, les candidats devront traiter au choix l’un des trois sujets : le commentaire, la dissertation ou l’écriture d’invention.

document a

La scène se passe dans le château du comte Almaviva, le jour où Figaro, le valet du comte, doit épouser Suzanne, la femme de chambre de la Comtesse. Chérubin est un jeune page1 qui loge au château et dont la Comtesse est la marraine. Découvrant l’amour, il s’éprend de toutes les femmes qu’il rencontre. Ici, il essaie de dérober à Suzanne le ruban de la Comtesse.

Suzanne, Chérubin

Chérubin, accourant. – Ah ! Suzon ! depuis deux heures j’épie le moment de te trouver seule. Hélas ! tu te maries, et moi je vais partir.

Suzanne. – Comment mon mariage éloigne-t-il du château le premier page de Monseigneur ?

Chérubin, piteusement 2. – Suzanne, il me renvoie.

Suzanne le contrefait 3. – Chérubin, quelque sottise !

Chérubin. – Il m’a trouvé hier au soir chez ta cousine Fanchette, à qui je faisais répéter son petit rôle d’innocente, pour la fête de ce soir : il s’est mis dans une fureur en me voyant ! « Sortez, m’a-t-il dit, petit… » Je n’ose pas prononcer devant une femme le gros mot qu’il a dit… « Sortez ; et demain vous ne coucherez pas au château. » Si Madame, si ma belle marraine ne parvient pas à l’apaiser, c’est fait, Suzon, je suis à jamais privé du bonheur de te voir.

Suzanne. – De me voir ! moi ? c’est mon tour ? Ce n’est donc plus pour ma maîtresse que vous soupirez en secret ?

Chérubin. – Ah ! Suzon, qu’elle est noble et belle ! mais qu’elle est imposante !

Suzanne. – C’est-à-dire que je ne le suis pas, et qu’on peut oser avec moi…

Chérubin. – Tu sais trop bien, méchante, que je n’ose pas oser. Mais que tu es heureuse ! à tous moments la voir, lui parler, l’habiller le matin et la déshabiller le soir, épingle à épingle… Ah ! Suzon, je donnerais… Qu’est-ce que tu tiens donc là ?

Suzanne, raillant. – Hélas ! l’heureux bonnet et le fortuné ruban qui renferment la nuit les cheveux de cette belle marraine…

Chérubin, vivement. – Son ruban de nuit ! donne-le-moi, mon cœur.

Suzanne, le retirant. – Eh ! que non pas ; « son cœur ! » Comme il est familier donc ! si ce n’était pas un morveux sans conséquence… (Chérubin arrache le ruban.) Ah ! le ruban !

Chérubin tourne autour du grand fauteuil. – Tu diras qu’il est égaré, gâté ; qu’il est perdu. Tu diras tout ce que tu voudras.

Suzanne tourne après lui. – Oh ! dans trois ou quatre ans, je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien !… Rendez-vous le ruban ?

Elle veut le reprendre.

Chérubin tire une romance4 de sa poche. – Laisse, ah ! laisse-le-moi, Suzon ; je te donnerai ma romance, et pendant que le souvenir de ta belle maîtresse attristera tous mes moments, le tien y versera le seul rayon de joie qui puisse encore amuser mon cœur.

Suzanne arrache la romance. – Amuser votre cœur, petit scélérat5 ! vous croyez parler à votre Fanchette ; on vous surprend chez elle ; et vous soupirez pour Madame ; et vous m’en contez à moi, par-dessus le marché !

Chérubin, exalté 6. – Cela est vrai, d’honneur ! je ne sais plus ce que je suis ; mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée ; mon cœur palpite au seul aspect d’une femme ; les mots amour et volupté le font tressaillir7 et le troublent. Enfin le besoin de dire à quelqu’un je vous aime est devenu pour moi si pressant que je le dis tout seul, en courant dans le parc, à ta maîtresse, à toi, aux arbres, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. Hier je rencontrai Marceline…

Suzanne, riant. – Ah ! ah ! ah ! ah !

Chérubin. – Pourquoi non ? elle est femme ! elle est fille ! une fille ! une femme ! ah que ces noms sont doux ! qu’ils sont intéressants !

Suzanne. – Il devient fou !

Chérubin. – Fanchette est douce ; elle m’écoute au moins ; tu ne l’es pas, toi !

Suzanne. – C’est bien dommage ; écoutez donc Monsieur !

Elle veut arracher le ruban.

Chérubin tourne en fuyant. – Ah ! ouiche ! on ne l’aura, vois-tu, qu’avec ma vie. Mais, si tu n’es pas contente du prix, j’y joindrai mille baisers.

Il lui donne chasse à son tour.

Suzanne tourne en fuyant. – Mille soufflets8, si vous approchez. Je vais m’en plaindre à ma maîtresse ; et, loin de supplier pour vous, je dirai moi-même à Monseigneur : C’est bien fait, Monseigneur ; chassez-nous ce petit voleur ; renvoyez à ses parents un petit mauvais sujet qui se donne les airs d’aimer Madame, et qui veut toujours m’embrasser par contrecoup.

Chérubin voit le Comte entrer ; il se jette derrière le fauteuil avec effroi. – Je suis perdu.

Suzanne. – Quelle frayeur !

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais,

Le Mariage de Figaro, acte I, scène 7, 1778.

1. Page : jeune noble au service d’un seigneur.

2. Piteusement : lamentablement.

3. Le contrefait : l’imite.

4. Romance : chanson.

5. Scélérat : brigand, bandit.

6. Exalté : excité, survolté.

7. Tressaillir : sursauter.

8. Soufflet : gifle.

document b

En 1537, le duc Alexandre de Médicis, tyran cruel et sans morale, règne sur la ville italienne de Florence. Son jeune cousin, Lorenzo, devient son fidèle serviteur et son compagnon de débauche mais projette en réalité de le tuer afin de libérer le peuple. Alexandre, par vanité, décide de faire peindre son portrait par Tebaldeo, que lui a recommandé Lorenzo. Pour l’occasion, le duc a enlevé sa cotte de mailles.

Acte II, scène 6

Au palais du Duc.

Le Duc, à demi nu, Tebaldeo, faisant son portrait, Giomo joue de la guitare.

[…]

Lorenzo. – Cela avance-t-il ? Êtes-vous content de mon protégé ? (Il prend la cotte de mailles du Duc sur le sofa.) Vous avez là une jolie cotte de mailles, mignon ! Mais cela doit être bien chaud.

Le Duc. – En vérité, si elle me gênait, je n’en porterais pas. Mais c’est du fil d’acier ; la lime la plus aiguë n’en pourrait ronger une maille, et en même temps c’est léger comme de la soie. Il n’y a peut-être pas la pareille dans toute l’Europe ; aussi je ne la quitte guère, jamais, pour mieux dire.

Lorenzo. – C’est très léger, mais très solide. Croyez-vous cela à l’épreuve du stylet1 ?

Le Duc. Assurément.

Lorenzo. – Au fait, j’y réfléchis à présent, vous la portez toujours sous votre pourpoint2. L’autre jour, à la chasse, j’étais en croupe derrière vous, et en vous tenant à bras-le-corps, je la sentais très bien. C’est une prudente habitude.

Le Duc. – Ce n’est pas que je me défie de personne ; comme tu dis, c’est une habitude, – pure habitude de soldat.

Lorenzo. – Votre habit est magnifique. Quel parfum que ces gants ! Pourquoi donc posez-vous à moitié nu ? Cette cotte de mailles aurait fait son effet dans votre portrait ; vous avez eu tort de la quitter.

Le Duc. – C’est le peintre qui l’a voulu. Cela vaut toujours mieux, d’ailleurs, de poser le cou découvert ; regarde les antiques3.

Lorenzo. – Où diable est ma guitare ? Il faut que je fasse un second dessus4 à Giomo. Il sort.

Tebaldeo. – Altesse, je n’en ferai pas davantage aujourd’hui.

Giomo, à la fenêtre. – Que fait donc Lorenzo ? Le voilà en contemplation devant le puits qui est au milieu du jardin ; ce n’est pas là, il me semble, qu’il devrait chercher sa guitare.

Le Duc. – Donne-moi mes habits. Où est donc ma cotte de mailles ?

Giomo. – Je ne la trouve pas ; j’ai beau chercher, elle s’est envolée.

Le Duc. – Renzino la tenait il n’y a pas cinq minutes ; il l’aura jetée dans un coin en s’en allant, selon sa louable coutume de paresseux.

Giomo. – Cela est incroyable ; pas plus de cotte de mailles que sur ma main.

Le Duc. – Allons, tu rêves ! cela est impossible.

Giomo. – Voyez vous-même, Altesse ; la chambre n’est pas si grande.

Le Duc. – Renzo la tenait là, sur ce sofa. (Rentre Lorenzo.) Qu’as-tu donc fait de ma cotte ? nous ne pouvons plus la trouver.

Lorenzo. – Je l’ai remise où elle était. Attendez – non, je l’ai posée sur ce fauteuil – non, c’était sur le lit – je n’en sais rien, mais j’ai trouvé ma guitare. (Il chante en s’accompagnant.)

Bonjour, madame l’abbesse5

Giomo. – Dans le puits du jardin, apparemment ? car vous étiez penché dessus tout à l’heure d’un air tout à fait absorbé.

Lorenzo. – Cracher dans un puits pour faire des ronds est mon plus grand bonheur. Après boire et dormir, je n’ai pas d’autre occupation. (Il continue à jouer.)

Bonjour, bonjour, abbesse de mon cœur…

Le Duc. – Cela est inouï que cette cotte se trouve perdue ! Je crois que je ne l’ai pas ôtée deux fois dans ma vie, si ce n’est pour me coucher.

Lorenzo. – Laissez donc, laissez donc. N’allez-vous pas faire un valet de chambre d’un fils de pape ? Vos gens6 la trouveront.

Le Duc. – Que le diable t’emporte ! c’est toi qui l’as égarée.

Lorenzo. – Si j’étais duc de Florence, je m’inquiéterais d’autre chose que de mes cottes. À propos, j’ai parlé de vous à la chère tante. Tout est au mieux ; venez donc vous asseoir un peu ici que je vous parle à l’oreille.

Giomo, bas au Duc. – Cela est singulier, au moins ; la cotte de mailles est enlevée.

Le Duc. On la retrouvera.

Il s’assoit à côté de Lorenzo.

Giomo, à part. – Quitter la compagnie pour aller cracher dans le puits, cela n’est pas naturel. Je voudrais retrouver cette cotte de mailles, pour m’ôter de la tête une vieille idée qui se rouille de temps en temps. Bah ! un Lorenzaccio ! La cotte est sous quelque fauteuil.

Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte II, scène 6, 1834.

1. Stylet : petite épée à lame fine.

2. Pourpoint : veste courte et matelassée qui couvre le corps du cou à la ceinture.

3. Les antiques : les œuvres d’art de l’Antiquité.

4. Second dessus : terme de musique désignant le registre le plus haut d’une composition.

5. Abbesse : supérieure d’un monastère de religieuses.

6. Vos gens : vos domestiques.

document c

Cyrano est un mousquetaire secrètement amoureux de sa cousine Roxane qui, elle, est éprise de Christian de Neuvillette, cadet dans la compagnie de Cyrano. Cyrano va aider son jeune compagnon d’armes à conquérir Roxane en écrivant à sa place ses lettres d’amour. Le jeune homme meurt au combat lors du siège d’Arras. Quinze ans plus tard, Cyrano rend encore régulièrement visite à Roxane. Un soir, tombé dans un piège, il est lourdement blessé à la tête. Cachant sa blessure – mortelle – à Roxane, il lui demande comme unique faveur de lire la dernière lettre de Christian.

Roxane, debout près de lui.

Chacun de nous a sa blessure : j’ai la mienne.

Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne,

Elle met la main sur sa poitrine.

Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant

Où l’on peut voir encor des larmes et du sang !

Le crépuscule commence à venir.

Cyrano

Sa lettre !… N’aviez-vous pas dit qu’un jour, peut-être,

Vous me la feriez lire ?

Roxane

Ah ! vous voulez ?… Sa lettre ?

Cyrano

Oui… Je veux… Aujourd’hui…

Roxane, lui donnant le sachet pendu à son cou.

Tenez !

Cyrano, le prenant.

Je peux ouvrir ?

Roxane

Ouvrez… lisez !…

Elle revient à son métier 1, le replie, range ses laines.

Cyrano, lisant.

« Roxane, adieu, je vais mourir !… »

Roxane, s’arrêtant, étonnée.

Tout haut ?

Cyrano, lisant.

« C’est pour ce soir, je crois, ma bien-aimée !

J’ai l’âme lourde encor d’amour inexprimée2,

Et je meurs ! jamais plus, jamais mes yeux grisés,

Mes regards dont c’était… »

Roxane

Comme vous la lisez,

Sa lettre !

Cyrano, continuant.

« … dont c’était les frémissantes fêtes,

Ne baiseront au vol les gestes que vous faites ;

J’en revois un petit qui vous est familier

Pour toucher votre front, et je voudrais crier… »

Roxane, troublée.

Comme vous la lisez, – cette lettre !

La nuit vient insensiblement.

Cyrano

« Et je crie :

Adieu !… »

Roxane

Vous la lisez…

Cyrano

« Ma chère, ma chérie,

Mon trésor… »

Roxane, rêveuse.

D’une voix…

Cyrano

« Mon amour !… »

Roxane

D’une voix…

Elle tressaille.

Mais… que je n’entends pas pour la première fois !

Elle s’approche tout doucement, sans qu’il s’en aperçoive, passe derrière le fauteuil, se penche sans bruit, regarde la lettre. L’ombre augmente.

Cyrano

« Mon cœur ne vous quitta jamais une seconde,

Et je suis et serai jusque dans l’autre monde

Celui qui vous aima sans mesure, celui… »

Roxane, lui posant la main sur l’épaule.

Comment pouvez-vous lire à présent ? Il fait nuit.

Il tressaille, se retourne, la voit là tout près, fait un geste d’effroi, baisse la tête. Un long silence. Puis, dans l’ombre complètement venue, elle dit avec lenteur, joignant les mains :

Et pendant quatorze ans, il a joué ce rôle

D’être le vieil ami qui vient pour être drôle !

Cyrano

Roxane !

Roxane

C’était vous.

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, acte V, scène 5, 1897.

1. Métier : machine au moyen de laquelle on produit une étoffe (métier à tisser, à tricoter).

2. Amour inexprimée : au singulier, le mot amour est au masculin mais il peut arriver, comme ici et dans une langue soutenue, qu’il soit au féminin. Au pluriel, il est toujours au féminin (des amours inexprimées).

Les clés du sujet

Question 1

Commencez par déterminer qui sont les « principaux personnages ».

Nommez ensuite précisément leurs sentiments, en relevant :

les termes du vocabulaire affectif qui désignent des sentiments ;

les attitudes et comportements qui révèlent indirectement les sentiments des personnages (gestes, regards, paroles) ;

les faits d’écriture qui traduisent ces sentiments (progression du texte, temps des verbes, rythme des phrases).

Puis comparez les personnages et regroupez les textes selon un critère de classement : par exemple, ceux dont les sentiments sont positifs et ceux dont les sentiments sont négatifs.

Construisez votre réponse de manière synthétique : ne juxtaposez pas l’analyse des textes.

Appuyez vos remarques sur des exemples précis tirés des textes.

Question 2

Cherchez en quoi les objets ne sont pas seulement des accessoires, de simples objets de décor. Vous devez indiquer leur utilité.

Repérez d’abord si ces objets sont mentionnés dans les répliques, puis dans les didascalies.

Cherchez à quoi ils servent par rapport aux différents éléments d’une scène de théâtre : par rapport à l’action/intrigue, aux personnages (caractère et sentiments), aux gestes et aux déplacements, à l’atmosphère créée, au registre de la scène.

Précisez leurs fonctions communes (points communs) et leurs spécificités.

Pour mesurer l’importance d’un élément, imaginez ce que deviendrait la scène en l’absence de cet élément.

Structurez votre réponse : débutez par une phrase d’introduction et terminez par une brève conclusion.

Accompagnez chaque remarque d’exemples précis tirés des scènes.

Pour réussir les questions : voir guide méthodologique.

Le théâtre : voir lexique des notions.