Textes de G. Fourest, F. Ponge et A. Bosquet

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens - Les questions sur un corpus
Type : Question sur le corpus | Année : 2012 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Un regard nouveau sur le quotidien
 
 

Un regard nouveau sur le quotidien • Questions

La poésie

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Polynésie française • Juin 2012

Écriture poétique et quête du sens • 6 points

Questions

Documents

AGeorges Fourest, « Sardines à l’huile », La Négresse blonde, 1909.

BFrancis Ponge, « Le Cageot », Le Parti pris des choses, 1942.

CAlain Bosquet, « Le Poète comme meuble », Sonnets pour une fin de siècle, 1981.

> 1. Quelle représentation les poètes donnent-ils des objets évoqués ? En quoi est-elle originale ? (3 points)

> 2. À quoi tient, selon vous, la dimension poétique de ces textes ? (3 points)

Après avoir répondu à ces questions, vous traiterez au choix un des sujets suivants : commentaire ; dissertation ou écriture d'invention.

Document A

Sardines à l’huile

Sardines à l’huile fine sans têtes et sans arêtes.

(Réclames des sardiniers, passim1.)

Dans leur cercueil de fer-blanc

plein d’huile au puant relent2

marinent décapités

ces petits corps argentés

pareils aux guillotinés

là-bas au champ des navets !

Elles ont vu les mers, les

côtes grises de Thulé3,

sous les brumes argentées

la Mer du Nord enchantée…

Maintenant dans le fer-blanc

et l’huile au puant relent

de toxiques restaurants

les servent à leurs clients !

Mais loin derrière la nue4

leur pauvre âmette ingénue

dit sa muette chanson

au Paradis-des-poissons,

une mer fraîche et lunaire

pâle comme un poitrinaire5,

la Mer de Sérénité

aux longs reflets argentés

où durant l’éternité,

sans plus craindre jamais les

cormorans et les filets,

après leur mort nageront

tous les bons petits poissons !…

Sans voix, sans mains, sans genoux*

sardines, priez pour nous !…

* Tout ce qu’il faut pour prier. (Note de l’Auteur)

Georges Fourest, « Sardines à l’huile », La Négresse blonde, 1909.

1 Çà et là.

2 Mauvaise odeur qui persiste.

3 Île légendaire du nord de l’Europe.

4 Ciel nuageux.

5 Atteint d’une maladie respiratoire.

1 Çà et là.

2 Mauvaise odeur qui persiste.

3 Île légendaire du nord de l’Europe.

4 Ciel nuageux.

5 Atteint d’une maladie respiratoire.

Document B

Le Cageot

À mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie1 vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.

À tous les coins de rue qui aboutissent aux halles2, il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques, – sur le sort duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.

Francis Ponge, « Le Cageot », Le Parti pris des choses, 
© Éditions Gallimard, 1942.

1 Dont les éléments sont espacés, laissant passer l’air et la lumière.

2 Marché couvert.

1 Dont les éléments sont espacés, laissant passer l’air et la lumière.

2 Marché couvert.

Document C

Le Poète comme meuble

Le poète appartient aux objets ménagers ;

on le trouve parmi les sécateurs, les pneus,

les robinets, les clous : troisième étage à gauche,

dans les grands magasins, où il est disponible

à des prix modérés. Tous les chefs de rayon

en connaissent l’emploi. Une brochure bleue

vante ses qualités. Il lui faut peu de place :

un mètre cube, au maximum, dans la cuisine.

Le modèle courant consomme du pain dur

avec un quart de vin. Par un jour de souffrance

ou de malheur, il peut rendre de grands services

car sa spécialité, c’est un air de printemps

irrésistible et doux, qu’il répand sur les murs,

la machine à laver, le réchaud, la poubelle.

Alain Bosquet, « Le Poète comme meuble », 
Sonnets pour une fin de siècle, 
© Éditions Gallimard, 1981.

Question 1

  • « Représentation » signifie « image, vision, conception » des objets.
  • Vous devez dire quel type de description les poètes font des objets, s’ils font une description positive ou négative, quel ton ils empruntent.
  • Vous devez montrer que la représentation des objets est « originale », c’est-à-dire comment elle s’éloigne de celle que l’on a ordinairement.
  • Structurez votre réponse par points communs repérés entre les descriptions des objets.

Question 2

  • Montrez que ces textes sont des poèmes : type de regard porté sur le monde (cf. question 1), mais aussi façon de l’exprimer, indices d’écriture poétique (forme, figures de style, etc.).
  • Appuyez chacun des aspects poétiques repérés par des exemples pris dans les poèmes pour justifier votre analyse.

>Pour réussir les questions : voir guide méthodologique.

>La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

> Question 1

Les poètes du corpus – Fourest dans son poème « Sardines à l’huile », Ponge dans « Le Cageot » et Bosquet dans « Le Poète comme meuble » – semblent décrire des réalités triviales mais en portant sur celles-ci un regard original.

1. Des objets transformés par les images

Les poètes transforment les objets grâce aux images.

  • Fourest et Ponge donnent vie aux objets inanimés en les personnifiant : les sardines sont « pareil[les] aux guillotinés » dans leur « cercueil » ; le cageot est sans « vanité » et, par son air « légèrement ahuri » et « maladroi[t] », attire la sympathie du poète.
  • Bosquet transforme le poète en « meuble » qui redevient presque humain quand il « répand […] un air de printemps » sur la poubelle !

2. La réhabilitation de l’objet

Les poètes renversent l’image ordinaire de ces objets pour en faire l’éloge.

  • Les sardines, d’abord évoquées sur un ton apitoyé, deviennent l’objet d’un hymne aux accents lyriques et religieux.
  • Le cageot, jeté piteusement « à la voirie », resplendit de la beauté du « neuf », « luit », a de « l’éclat » et « enferme » « des denrées fondantes et nuageuses ».
  • Le poète-meuble n’a que des « qualités » et Bosquet en fait la publicité : « il peut rendre de grands services », a une action bienfaisante sur tous les autres objets à qui il donne « un air de printemps irrésistible et doux ».

3. Une représentation humoristique

C’est enfin avec humour que les poètes présentent ces objets.

  • Le décalage entre la trivialité des objets et le ton épique et lyrique chez Fourest, didactique et gracieux chez Ponge, enthousiaste et élogieux chez Bosquet donnent une image amusée et amusante des objets.
  • Leur description devient alors parodique (de l’épopée et de la prière chez Fourest, du dictionnaire chez Ponge et de la publicité chez Bosquet). Les poètes portent sur ces objets un regard attendri et plein d’indulgence.

Ainsi ils font redécouvrir des objets usuels que nous ne remarquions même plus.

> Question 2

Même si les textes décrivent des objets a priori triviaux, les poètes parviennent, grâce à l’originalité de leur style, à leur donner une dimension poétique.

1. La mise en page

Les poètes jouent avec la mise en page.

  • Fourest et Bosquet ont choisi la forme versifiée : il s’agit de vers irréguliers pour « Sardines à l’huile » et d’un sonnet pour « Le Poète comme meuble ».
  • Ponge opte pour la poésie en prose qui s’apparente à de courts « versets » présentant des particularités de forme assez subtiles : ils commencent tous trois par la lettre « A ».

2. Les « transfigurations » poétiques

C’est aussi le regard que l’auteur porte sur le monde et les faits d’écriture qui en font des poèmes.

  • Les poètes multiplient les images : Fourest et Ponge personnifient les objets où les sardines sont des saintes et le cageot est un ami sympathique, Bosquet transforme le poète en « meuble ».
  • Les poètes transportent le lecteur dans un monde fantaisiste : Fourest évoque le « Paradis-des-poissons » ; le cadre où se trouve le cageot semble illuminé de sa présence ; la vie triviale prend un « air de printemps » chez Bosquet.

3. Les jeux de mots

Pour surprendre le lecteur, les poètes ont recours à toutes les ressources du langage poétique.

  • Ils sollicitent tous les sens : la vue (les « longs reflets argentés » de la Mer, « l’éclat […] du bois blanc », la « brochure bleue »), l’odorat (le « puant relent »), le goût (des fruits, « denrées fondantes », le « pain dur ») et le toucher (« air de printemps […] doux »).
  • Les poètes jouent sur les mots, soit en les accumulant (chez Fourest ou chez Bosquet), soit en jouant sur leurs sens propre et figuré (« s’appesantir » peut signifier « peser sur » ou « parler longuement »), soit en créant des néologismes (« âmette »).
  • Les poètes jouent sur le rythme : ample et plein de souffle chez Fourest, enthousiaste et élogieux dans les deux dernières strophes du sonnet de Bosquet, allègre et sautillant chez Ponge.

4. Des poèmes humoristiques

Enfin, ces trois poètes cultivent les contrastes qui créent l’humour.

  • Fourest combine les registres épique (faisant des sardines de véritables héroïnes) et lyrique (dans sa description du paradis) pour parler de poissons. Le ton se fait alors parodique et humoristique.
  • Ponge manie l’humour et le ton de l’éloge pour évoquer le cageot.
  • Bosquet joue sur le contraste entre la forme fixe canonique du sonnet et les objets triviaux qu’il décrit et prend le ton du bonimenteur pour faire la promotion du poète.

L’humour des trois poèmes témoigne de l’originalité du regard des poètes sur le monde.