Textes de Hugo, C. Cros et C. Roy

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens
Type : Question sur le corpus | Année : 2018 | Académie : France métropolitaine

Idéaliser le quotidien • Questions

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France métropolitaine • Juin 2018

Écriture poétique et quête du sens • 6 points

Idéaliser le quotidien

Questions

Documents

A – Victor Hugo, « La Sieste », L’Art d’être grand-père, 1871.

B – Charles Cros, « À ma femme endormie », Le Collier de griffes, 1908 (posthume).

C – Claude Roy, « Dormante », Clair comme le jour, 1943.

1. Quels sont les différents types de liens qui unissent le poète et la personne endormie ? (3 points)

2. Que déclenche chez le poète la vision de l’être endormi ? (3 points)

Après avoir répondu à ces questions, les candidats devront traiter au choix un des trois sujets : le commentaire, la dissertation ou l’écriture d’invention.

Document A

Elle fait au milieu du jour son petit somme ;

Car l’enfant a besoin du rêve plus que l’homme,

Cette terre est si laide alors qu’on vient du ciel !

L’enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel,

Ses camarades, Puck, Titania1, les fées,

Et ses mains quand il dort sont par Dieu réchauffées.

Oh ! comme nous serions surpris si nous voyions,

Au fond de ce sommeil sacré, plein de rayons,

Ces paradis ouverts dans l’ombre, et ces passages

D’étoiles qui font signe aux enfants d’être sages,

Ces apparitions, ces éblouissements !

Donc, à l’heure où les feux du soleil2 sont calmants,

Quand toute la nature écoute et se recueille,

Vers midi, quand les nids se taisent, quand la feuille

La plus tremblante oublie un instant de frémir,

Jeanne3 a cette habitude aimable de dormir ;

Et la mère un moment respire et se repose,

Car on se lasse, même à servir une rose.

Ses beaux petits pieds nus dont le pas est peu sûr

Dorment ; et son berceau, qu’entoure un vague azur

Ainsi qu’une auréole entoure une immortelle,

Semble un nuage fait avec de la dentelle ;

On croit, en la voyant dans ce frais berceau-là,

Voir une lueur rose au fond d’un falbala;

On la contemple, on rit, on sent fuir la tristesse,

Et c’est un astre, ayant de plus la petitesse ;

L’ombre, amoureuse d’elle, a l’air de l’adorer ;

Le vent retient son souffle et n’ose respirer.

Soudain, dans l’humble et chaste alcôve5 maternelle,

Versant tout le matin qu’elle a dans sa prunelle6,

Elle ouvre la paupière, étend un bras charmant,

Agite un pied, puis l’autre, et, si divinement

Que des fronts dans l’azur se penchent pour l’entendre.

Elle gazouille… – Alors, de sa voix la plus tendre,

Couvant des yeux l’enfant que Dieu fait rayonner,

Cherchant le plus doux nom qu’elle puisse donner

À sa joie, à son ange en fleur, à sa chimère7 :

– Te voilà réveillée, horreur ! lui dit sa mère.

Victor Hugo, « La Sieste », L’Art d’être grand-père, 1871.

1. Chérubin, Ariel, Puck, Titania : personnages surnaturels ou féeriques issus de la littérature.

2. Feux du soleil : rayons du soleil.

3. Jeanne est la petite-fille de Victor Hugo.

4. Falbala : bande de tissu plissée servant d’ornement.

5. Alcôve : renfoncement dans le mur d’une chambre, où l’on place un ou plusieurs lits.

6. Prunelle : pupille de l’œil.

7. Chimère : rêve.

Document B

Tu dors en croyant que mes vers

Vont encombrer tout l’univers

De désastres et d’incendies ;

Elles sont si rares pourtant

Mes chansons au soleil couchant

Et mes lointaines mélodies.

Mais si je dérange parfois

La sérénité1 des cieux froids,

Si des sons d’acier ou de cuivre

Ou d’or, vibrent dans mes chansons,

Pardonne ces hautes façons,

C’est que je me hâte de vivre.

Et puis tu m’aimeras toujours.

Éternelles sont les amours

Dont ma mémoire est le repaire ;

Nos enfants seront de fiers gas2

Qui répareront les dégâts,

Que dans ta vie a faits leur père.

Ils dorment sans rêver à rien,

Dans le nuage aérien

Des cheveux sur leurs fines têtes ;

Et toi, près d’eux, tu dors aussi,

Ayant oublié le souci

De tout travail, de toutes dettes.

Moi je veille et je fais ces vers

Qui laisseront tout l’univers

Sans désastre et sans incendie ;

Et demain, au soleil montant

Tu souriras en écoutant

Cette tranquille mélodie.

Charles Cros, « À ma femme endormie », Le Collier de griffes, 1908 (posthume).

1. Sérénité : tranquillité.

2. Gas : autre orthographe pour « gars ».

Document C

Toi ma dormeuse mon ombreuse ma rêveuse

ma gisante aux pieds nus sur le sable mouillé

toi ma songeuse mon heureuse ma nageuse

ma lointaine aux yeux clos mon sommeillant œillet

distraite comme nuage et fraîche comme pluie

trompeuse comme l’eau légère comme vent

toi ma berceuse mon souci mon jour ma nuit

toi que j’attends toi qui te perds et me surprends

la vague en chuchotant glisse dans ton sommeil

te flaire et vient lécher tes jambes étonnées

ton corps abandonné respire le soleil

couleur de tes cheveux ruisselants et dénoués

Mon oublieuse ma paresseuse ma dormeuse

toi qui me trompes avec le vent avec la mer

avec le sable et le matin ma capricieuse

ma brûlante aux bras frais mon étoile légère

je t’attends je t’attends je guette ton retour

et le premier regard où je vois émerger

Eurydice1 aux pieds nus à la clarté du jour

dans cette enfant qui dort sur la plage allongée.

Claude Roy, « Dormante », Clair comme le jour, 1943, recueilli dans Poésies, © Éditions Gallimard.

1. Eurydice : personnage de la mythologie grecque, Eurydice est l’épouse d’Orphée, grand poète et musicien. Elle est mordue par un serpent et meurt. Inconsolable, Orphée se met à chanter et les dieux lui accordent de descendre aux Enfers pour la sauver, à la condition qu’il ne se retourne pas avant d’en être sorti. Mais Orphée se retourne pour voir si Eurydice est toujours derrière lui et il la perd à jamais.

Les clés du sujet

Question 1

« Liens » signifie « relations » ; il s’agit du degré de proximité entre le poète et la personne mentionnée dans le poème, mais aussi de leurs liens affectifs.

Analysez les indices personnels, la situation d’énonciation, le point de vue adopté (omniscient, interne, externe) et les expressions qui désignent explicitement la personne endormie et le poète.

Déduisez-en le degré d’affinité et les rapports entre le poète et la ­personne mentionnée.

Précisez les points communs entre les textes, puis distinguez, le cas échéant, les spécificités de chacun.

Question 2

« Déclencher » signifie « susciter, provoquer » ; il faut repérer les effets de la contemplation de la personne endormie sur le poète.

Le spectacle peut affecter le poète dans son être physique (sensations), affectif (émotions et sentiments) mais aussi intellectuel et moral (pensées), ou dans sa sensibilité artistique.

Structurez vos réponses : encadrez-les d’une phrase d’introduction et d’une brève conclusion.

Accompagnez chaque remarque d’exemples précis tirés des poèmes.

Pour réussir les questions : voir guide méthodologique.

La poésie : voir lexique des notions.