Textes de M. De Montaigne, C. De Bergerac, Voltaire, M. Tournier

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Question sur le corpus | Année : 2016 | Académie : Amérique du Nord

Question

Documents

A – Michel de Montaigne, Essais, livre Ier, chapitre 31 : « Des Cannibales » (fin), 1580-1595 (traduction en français moderne de Guy de Pernon, 2009).

B – Cyrano de Bergerac, L’Autre Monde ou Histoire comique des États et Empires de la Lune et du Soleil, 1657-1662.

C – Voltaire, Micromégas, chapitre VII : « Conversation avec les hommes » (début), 1752.

D – Michel Tournier, Vendredi ou La Vie sauvage, chapitre 25, 1971.

Quels choix ont faits les quatre auteurs dans les textes du corpus pour amener le lecteur à réfléchir sur lui-même et sur son monde ?

document A

Montaigne, dans cet essai, évoque la découverte du continent américain et décrit les coutumes des peuples indigènes, dont certains mangent de la chair humaine à l’occasion de cérémonies rituelles. Il y fait preuve d’ouverture d’esprit face à la différence et incite le lecteur à réfléchir sur ce qui fait l’humanité. Dans la dernière page de l’essai, Montaigne choisit de rapporter la venue à la cour de France de trois Amérindiens.

Trois d’entre eux vinrent à Rouen, au moment où feu le roi Charles IX s’y trouvait. Ils ignoraient combien cela pourrait nuire plus tard à leur tranquillité et à leur bonheur que de connaître les corruptions de chez nous, et ne songèrent pas un instant que de cette fréquentation puisse venir leur ruine, que je devine pourtant déjà bien avancée (car ils sont bien misérables1 de s’être laissés séduire par le désir de la nouveauté, et d’avoir quitté la douceur de leur ciel pour venir voir le nôtre). Le roi leur parla longtemps ; on leur fit voir nos manières, notre faste2, ce que c’est qu’une belle ville. Après cela, quelqu’un leur demanda ce qu’ils en pensaient, et voulut savoir ce qu’ils avaient trouvé de plus surprenant. Ils répondirent trois choses, j’ai oublié la troisième et j’en suis bien mécontent. Mais j’ai encore les deux autres en mémoire : ils dirent qu’ils trouvaient d’abord très étrange que tant d’hommes portant la barbe, grands, forts et armés et qui entouraient le roi (ils parlaient certainement des Suisses de sa garde), acceptent d’obéir à un enfant3 et qu’on ne choisisse pas plutôt l’un d’entre eux pour les commander.

Deuxièmement (dans leur langage, ils nomment les hommes « moitiés » les uns des autres) ils dirent qu’ils avaient remarqué qu’il y avait parmi nous des hommes repus et nantis de toutes sortes de commodités4, alors que leurs « moitiés » mendiaient à leurs portes, décharnés par la faim et la pauvreté ; ils trouvaient donc étrange que ces « moitiés » nécessiteuses puissent supporter une telle injustice, sans prendre les autres à la gorge ou mettre le feu à leurs maisons.

J’ai parlé à l’un d’entre eux fort longtemps ; mais j’avais un interprète qui me suivait si mal, et que sa bêtise empêchait tellement de comprendre mes idées, que je ne pus tirer rien qui vaille de cette conversation. Comme je demandais à cet homme quel bénéfice il tirait de la supériorité qu’il avait parmi les siens (car c’était un capitaine, et nos matelots l’appelaient « Roi »), il me dit que c’était de marcher le premier à la guerre. Pour me dire de combien d’hommes il était suivi, il me montra un certain espace, pour signifier que c’était autant qu’on pourrait en mettre là, et cela pouvait faire quatre ou cinq mille hommes. Quand je lui demandai si, en dehors de la guerre, toute son autorité prenait fin, il répondit que ce qui lui en restait, c’était que, quand il visitait les villages qui dépendaient de lui, on lui traçait des sentiers à travers les fourrés de leurs bois, pour qu’il puisse y passer commodément.

Tout cela n’est pas si mal. Mais quoi ! Ils ne portent pas de pantalon.

Montaigne, Essais, « Des Cannibales », 1580-1595.

1. Misérables : malheureux.

2. Faste : luxe.

3. En 1562, Charles IX n’avait que 12 ans, et c’était un enfant à la constitution fragile.

4. Des hommes riches et bien nourris.

document B

Cet ouvrage peut être considéré comme l’ancêtre français de la « science-fiction ». Il présente les voyages imaginaires du héros-narrateur, qui après avoir visité la Lune, se retrouve sur le Soleil. Là, il va être jugé par les oiseaux civilisés qui peuplent cet astre et qui considèrent les hommes comme des ennemis. Une pie compatissante qui a séjourné sur Terre prend sa défense. Mais voici qu’arrive un aigle.

Elle1 achevait ceci, quand nous fûmes interrompus par l’arrivée d’un aigle qui se vint asseoir entre les rameaux d’un arbre assez proche du mien. Je voulus me lever pour me mettre à genoux devant lui, croyant que ce fût le roi, si ma pie de sa patte ne m’eût contenu en mon assiette2. « Pensiez-vous donc, me dit-elle, que ce grand aigle fût notre souverain ? C’est une imagination de vous autres hommes, qui à cause que vous laissez commander aux plus grands, aux plus forts et aux plus cruels de vos compagnons, avez sottement cru, jugeant de toutes choses par vous, que l’aigle nous devait commander.

« Mais notre politique est bien autre ; car nous ne choisissons pour notre roi que le plus faible, le plus doux, et le plus pacifique ; encore le changeons-nous tous les six mois, et nous le prenons faible, afin que le moindre à qui il aurait fait quelque tort, se pût venger de lui. Nous le choisissons doux, afin qu’il ne haïsse ni ne se fasse haïr de personne, et nous voulons qu’il soit d’une humeur pacifique, pour éviter la guerre, le canal de toutes les injustices.

« Chaque semaine, il tient les États3, où tout le monde est reçu à se plaindre de lui. S’il se rencontre seulement trois oiseaux mal satisfaits de son gouvernement, il en est dépossédé, et l’on procède à une nouvelle élection.

« Pendant la journée que durent les États, notre roi est monté au sommet d’un grand if sur le bord d’un étang, les pieds et les ailes liés. Tous les oiseaux l’un après l’autre passent par-devant lui ; et si quelqu’un d’eux le sait coupable du dernier supplice, il le peut jeter à l’eau. Mais il faut que sur-le-champ il justifie la raison qu’il en a eue, autrement il est condamné à la mort triste. »

Je ne pus m’empêcher de l’interrompre pour lui demander ce qu’elle entendait par le mot triste et voici ce qu’elle me répliqua :

« Quand le crime d’un coupable est jugé si énorme, que la mort est trop peu de chose pour l’expier, on tâche d’en choisir une qui contienne la douleur de plusieurs, et l’on y procède de cette façon :

« Ceux d’entre nous qui ont la voix la plus mélancolique et la plus funèbre, sont délégués vers le coupable qu’on porte sur un funeste cyprès. Là ces tristes musiciens s’amassent autour de lui, et lui remplissent l’âme par l’oreille de chansons si lugubres et si tragiques, que l’amertume de son chagrin désordonnant l’économie de ses organes et lui pressant le cœur, il se consume à vue d’œil, et meurt suffoqué de tristesse.

« Toutefois un tel spectacle n’arrive guère ; car comme nos rois sont fort doux, ils n’obligent jamais personne à vouloir pour se venger encourir une mort si cruelle.

« Celui qui règne à présent est une colombe dont l’humeur est si pacifique, que l’autre jour qu’il fallait accorder4 deux moineaux, on eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre ce que c’était qu’inimitiés5. »

Cyrano de Bergerac, L’Autre Monde ou Histoire comique des États et Empires du Soleil, 1657-1662.

1. La pie.

2. Ne m’eût fait conserver ma position.

3. Il tient une assemblée.

4. Accorder : mettre d’accord, réconcilier.

5. Inimitié : dispute, hostilité, haine.

document C

Micromégas, géant de trente-deux kilomètres de haut, originaire de la planète Sirius, voyage à travers l’univers. Parvenu sur terre en compagnie d’un habitant de Saturne – un « nain » de deux kilomètres de haut –, il recueille dans sa main le navire d’un groupe de savants qui revient d’une expédition scientifique au cercle polaire. Il réussit à converser avec ces « insectes » presque invisibles pour lui et découvre avec admiration leur intelligence et leurs connaissances scientifiques. Il les croit en conséquence aussi doués de toutes les qualités morales.

« Ô atomes1 intelligents, dans qui l’Être éternel s’est plu à vous manifester son adresse et sa puissance, vous devez sans doute goûter des joies bien pures sur votre globe : car, ayant si peu de matière, et paraissant tout esprit, vous devez passer votre vie à aimer et à penser ; c’est la véritable vie des esprits. Je n’ai vu nulle part le vrai bonheur ; mais il est ici, sans doute. » À ce discours, tous les philosophes secouèrent la tête ; et l’un d’eux, plus franc que les autres, avoua de bonne foi que, si l’on en excepte un petit nombre d’habitants fort peu considérés, tout le reste est un assemblage de fous, de méchants et de malheureux. « Nous avons plus de matière qu’il ne nous en faut, dit-il, pour faire beaucoup de mal, si le mal vient de la matière ; et trop d’esprit, si le mal vient de l’esprit. Savez-vous bien, par exemple, qu’à l’heure que je vous parle, il y a cent mille fous de notre espèce, couverts de chapeaux, qui tuent cent mille autres animaux couverts d’un turban, ou qui sont massacrés par eux, et que, presque par toute la terre, c’est ainsi qu’on en use de temps immémorial ? » Le Sirien frémit, et demanda quel pouvait être le sujet de ces horribles querelles entre de si chétifs animaux. « Il s’agit, dit le philosophe, de quelques tas de boue grands comme votre talon. Ce n’est pas qu’aucun de ces millions d’hommes qui se font égorger prétende2 un fétu3 sur ces tas de boue. Il ne s’agit que de savoir s’il appartiendra à un certain homme qu’on nomme Sultan, ou à un autre qu’on nomme, je ne sais pourquoi, César. Ni l’un ni l’autre n’a jamais vu ni ne verra jamais le petit coin de terre dont il s’agit, et presque aucun de ces animaux qui s’égorgent mutuellement n’a jamais vu l’animal pour lequel ils s’égorgent.

– Ah ! malheureux ! s’écria le Sirien avec indignation, peut-on concevoir cet excès de rage forcenée ? Il me prend envie de faire trois pas, et d’écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d’assassins ridicules. – Ne vous en donnez pas la peine, lui répondit-on ; ils travaillent assez à leur ruine. Sachez qu’au bout de dix ans, il ne reste jamais la centième partie de ces misérables ; sachez que, quand même ils n’auraient pas tiré l’épée, la faim, la fatigue ou l’intempérance4 les emportent presque tous. D’ailleurs, ce n’est pas eux qu’il faut punir, ce sont ces barbares sédentaires qui, du fond de leur cabinet, ordonnent, dans le temps de leur digestion, le massacre d’un million d’hommes, et qui ensuite en font remercier Dieu solennellement. » Le voyageur se sentait ému de pitié pour la petite race humaine, dans laquelle il découvrait de si étonnants contrastes.

Voltaire, Micromégas, chapitre VII : « Conversation avec les hommes » (début), 1752.

1. C’est ainsi que Micromégas s’adresse aux hommes, qu’il doit observer au travers d’un microscope.

2. Prétendre : revendiquer.

3. Fétu : brin de paille.

4. Intempérance : abus, excès.

document D

Robinson, échoué seul il y a des années sur une île déserte, a d’abord essayé d’y reconstruire en petit un modèle de société à l’européenne. Et lorsqu’il a eu pour compagnon d’infortune l’Indien Vendredi, il l’a d’abord traité comme un domestique. Mais un jour, Vendredi provoque, sans le vouloir, une explosion qui détruit les constructions de Robinson et presque tous les éléments sauvés du naufrage. Cet événement marque un tournant dans la vie des deux hommes et dans leurs relations.

Un jour, Vendredi revint d’une promenade en portant un petit tonneau sur son épaule. Il l’avait trouvé à proximité de l’ancienne forteresse1, en creusant le sable pour attraper un lézard.

Robinson réfléchit longtemps, puis il se souvint qu’il avait enterré deux tonneaux de poudre reliés à la forteresse par un cordon d’étoupe2 qui permettait de les faire exploser à distance. Seul l’un des deux avait explosé peu après la grande catastrophe. Vendredi venait donc de retrouver l’autre. Robinson fut surpris de le voir si heureux de sa trouvaille.

– Qu’allons-nous faire de cette poudre, tu sais bien que nous n’avons plus de fusil ?

Pour toute réponse, Vendredi introduisit la pointe de son couteau dans la fente du couvercle et ouvrit le tonnelet. Puis il y plongea la main et en retira une poignée de poudre qu’il jeta dans le feu. Robinson avait reculé en craignant une explosion. Il n’y eut pas d’explosion, seulement une grande flamme verte qui se dressa avec un souffle de tempête et disparut aussitôt.

– Tu vois, expliqua Vendredi, le fusil est la façon la moins jolie de brûler la poudre. Enfermée dans le fusil, la poudre crie et devient méchante. Laissée en liberté, elle est belle et silencieuse.

Puis il invita Robinson à jeter lui-même une poignée de poudre dans le feu mais, cette fois, il sauta en l’air en même temps que la flamme, comme s’il voulait danser avec elle. Et ils recommencèrent, et encore, et encore, et il y avait ainsi de grands rideaux de feu verts et mouvants, et sur chacun d’eux la silhouette noire de Vendredi dans une attitude différente.

Plus tard, ils inventèrent une autre façon de jouer avec la poudre. Ils recueillirent de la résine de pin dans un petit pot. Cette résine – qui brûle déjà très bien – ils la mélangèrent avec la poudre. Ils obtinrent ainsi une pâte noire, collante et terriblement inflammable. Avec cette pâte, ils couvrirent le tronc et les branches d’un arbre mort qui se dressait au bord de la falaise. La nuit venue ils y mirent le feu : alors tout l’arbre se couvrit d’une carapace d’or palpitant, et il brûla jusqu’au matin, comme un grand candélabre3 de feu.

Ils travaillèrent plusieurs jours à convertir toute la poudre en pâte à feu et à en enduire tous les arbres morts de l’île. La nuit, quand ils s’ennuyaient et ne trouvaient pas le sommeil, ils allaient ensemble allumer un arbre. C’était leur fête nocturne et secrète.

Michel Tournier, Vendredi ou La Vie sauvage, chapitre 25, 1971, © Éditions Gallimard, www.gallimard.fr

1. Robinson, au début de son séjour, s’était déclaré gouverneur de l’île, avec le grade de général, et avait bâti une forteresse pour se protéger d’éventuels assaillants.

2. Étoupe : matière textile grossière, non tissée, et très inflammable, dont Robinson s’était servi pour faire des mèches.

3. Candélabre : grand chandelier à plusieurs branches.

Les clés du sujet

Comprendre la question

 Par « quels choix », il faut entendre choix littéraires.

 Ces choix peuvent être : le genre littéraire adopté ; le registre ; la situation imaginée ; les faits d’écriture…

 Ne juxtaposez pas l’analyse des textes, procédez synthétiquement en menant les textes de front.

Construire la réponse

 Accompagnez chaque remarque d’exemples précis tirés des différents textes.

 Structurez votre réponse : encadrez-la d’une phrase d’introduction, qui situe les documents et reprend la question, et d’une brève conclusion, qui rappelle l’intérêt des éléments analysés.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation du corpus et problématique] La littérature dispose de moyens très variés pour faire réfléchir le lecteur sur lui-même et sur son monde. Tantôt un écrivain part de son expérience vécue comme le philosophe humaniste Montaigne qui, au xvie siècle, relate dans ses Essais une rencontre originale qu’il fit à Rouen ; tantôt il invente des fictions qui suscitent la réflexion : le libertin du xviie Cyrano de Bergerac imagine un monde de fantaisie dans L’Autre Monde ou Histoire comique des États et Empires de la Lune et du Soleil ; Voltaire, au siècle des Lumières, raconte dans son conte philosophique Micromégas les tribulations d’un géant sur terre et M. Tournier, dans son roman Vendredi ou La Vie sauvage, réécrit l’histoire de Robinson inventée par Defoe. Quels choix ont opérés ces divers écrivains pour susciter la réflexion sur l’être humain et le monde ?

Observez

Vous devez présenter les textes du corpus et en donner brièvement le contenu dans l’introduction de votre réponse.

 

I. La confrontation de mondes et de personnages étrangers

 Les quatre auteurs confrontent deux mondes, le monde humain occidental et un « autre » monde, étranger, au mode de vie différent, à l’occasion d’un voyage d’un des personnages mentionnés.

Tantôt c’est un humain qui se rend dans un pays étranger : le héros narrateur de L’Autre monde… (Cyrano) s’est envolé vers le Soleil, dans un monde fictif animal d’oiseaux civilisés ; dans le roman de Tournier, Robinson a échoué dans une île lointaine, présenté comme réelle, mais sauvage et déserte où il rencontre un indigène, Vendredi.

Tantôt au contraire c’est un étranger qui voyage dans l’Europe civilisée : dans les Essais, ce sont « trois [Cannibales] » – bien réels, car Montaigne les a réellement rencontrés – qui visitent Rouen ; dans Micromégas, il s’agit d’un personnage fictif, un géant extraterrestre, qui parcourt la Terre.

Ce procédé permet de jeter un regard neuf, naïf et décapant sur ce qui, vu d’ici, ne nous choque plus par habitude : le respect inconditionnel dû au roi (Montaigne et Bergerac), la guerre (Voltaire et Tournier)… et d’opérer un renversement des clichés et des certitudes. Ce décalage du regard incite à la réflexion.

II. Une argumentation indirecte proche de l’apologue

 Les quatre auteurs adoptent la forme narrative, ce qui donne à leurs textes l’allure d’apologues, avec des personnages et des paroles rapportées qui rendent la démonstration vive et efficace.

Le système des personnages s’organise en deux « partis » : ceux qui, contre toute attente, ont le savoir (la pie, les sauvages, le philosophe du conte), et les autres qui, eux, « apprennent » (les Européens et le philosophe Montaigne, le héros-narrateur de Bergerac, le géant, Robinson). Derrière les paroles didactiques de ces « maîtres » fictifs se profilent indirectement les opinions des auteurs.

III. Registres divers et vocabulaires contrastés

Mais les auteurs ne recourent pas aux mêmes registres.

Bergerac et Voltaire optent pour un registre plaisant : le géant du conte de Voltaire fait sourire et le monde surprenant d’animaux qui « singent » la société des hommes chez Cyrano est plein de fantaisie. Montaigne (à part dans la dernière phrase, ironique) et Tournier choisissent un registre sérieux qui donne de l’authenticité au récit.

Par le jeu sur les mots péjoratifs (pour le vieux monde civilisé) et les mots mélioratifs (pour le monde « nouveau » de « l’autre »), les auteurs font d’une part la critique de notre société (« corruptions, ruine, décharnés, pauvres, nécessiteuses » ; « aux plus cruels, guerre, injustices » ; « fous, méchants, malheureux, rage forcenée » ; « la moins jolie, méchante ») et d’autre part l’éloge d’une société idéale utopique (« tranquillité, bonheur » ; « le plus pacifique, fort doux » ; « joies bien pures, bonheur » ; « belle et silencieuse, fête ») qui met en valeur les dysfonctionnements de notre société.

Conclusion

Ces quatre textes mettent en évidence l’efficacité du procédé de l’œil neuf et de la confrontation entre deux mondes pour faire réfléchir le lecteur sur lui-même et son monde dont l’habitude l’empêche de discerner les défauts, les vices et les absurdités.