Textes de Molière, Musset et Montherlant

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Les questions sur un corpus - Le théâtre, texte et représentation
Type : Question sur le corpus | Année : 2011 | Académie : Polynésie

Scènes de conflit

 

Documents

  1. Molière, L'Avare, acte I, scène 4, 1668.

  2. Alfred de Musset, Il ne faut jurer de rien, acte I, scène 1, 1836.

  3. Henry de Montherlant, La Reine morte, acte I, tableau I, scène 3, 1942.

 

 1. Dans ce corpus, quels sont les points communs aux trois personnages adultes ? Quels sont ceux des jeunes gens ? (3 points)
 2. Les échanges qui opposent ces deux générations sont-ils tous présentés dans le même registre ? (3 points)

Après avoir répondu à ces questions, vous traiterez au choix un des sujets suivants : commentaire ; dissertation ou écriture d'invention.
 

Document A 

Cléante et Élise, les enfants d'Harpagon, veulent entretenir leur père de leur projet respectif de mariage.
 

ACTE I, SCÈNE IV

Harpagon, Cléante, Élise.

Cléante. – Mon Dieu ! mon père, vous n'avez pas lieu de vous plaindre, et l'on sait que vous avez assez de bien.

Harpagon. – Comment ? j'ai assez de bien ! Ceux qui le disent ont menti. Il n'y a rien de plus faux ; et ce sont des coquins qui font courir tous ces bruits-là.

Élise. – Ne vous mettez point en colère.

Harpagon. – Cela est étrange, que mes propres enfants me trahissent et deviennent mes ennemis !

Cléante. – Est-ce être votre ennemi que de dire que vous avez du bien ?

Harpagon. – Oui, de pareils discours et les dépenses que vous faites seront cause qu'un de ces jours on me viendra chez moi couper la gorge, dans la pensée que je suis tout cousu de pistoles1.

Cléante. – Quelle grande dépense est-ce que je fais ?

Harpagon. – Quelle ? Est-il rien de plus scandaleux que ce somptueux équipage2 que vous promenez par la ville ? Je querellais hier votre sœur ; mais c'est encore pis. Voilà qui crie vengeance au Ciel ; et à vous prendre depuis les pieds jusqu'à la tête, il y aurait là de quoi faire une bonne constitution3. Je vous l'ai dit vingt fois, mon fils, toutes vos manières me déplaisent fort : vous donnez furieusement dans le marquis ; et pour aller ainsi vêtu, il faut que vous me dérobiez.

Cléante. – Hé ! comment vous dérober ?

Harpagon. – Que sais-je ? Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir l'état que vous portez ?

Cléante. – Moi, mon père ? C'est que je joue ; et comme je suis fort heureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne.

Harpagon. – C'est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu, vous en devriez profiter, et mettre à honnête intérêt l'argent que vous gagnez afin de le trouver un jour. Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu'à la tête, et si une demi-douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour attacher un haut-de-chausses ? Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru, qui ne coûtent rien. Je vais gager qu'en perruques et rubans, il y a du moins vingt pistoles ; et vingt pistoles rapportent par année dix-huit livres six sols huit deniers, à ne les placer qu'au denier douze4.

Cléante. – Vous avez raison.

Harpagon. – Laissons cela, et parlons d'autre affaire. (Apercevant Cléante et Élise qui se font des signes.) Euh ? (Bas, à part.) Je crois qu'ils se font signe l'un à l'autre de me voler ma bourse. (Haut.) Que veulent dire ces gestes-là ?

Élise. – Nous marchandons, mon frère et moi, à qui parlera le premier ; et nous avons tous deux quelque chose à vous dire.

Molière, L'Avare, 1668.


1. Pièces d'or.

2. Habit.

3. Placement financier.

4. Harpagon invite son fils à placer de l'argent avec un intérêt (« au denier douze ») au lieu de le dépenser.

Document B 

ACTE I, SCÈNE I

La chambre de Valentin. Valentin, assis. Entre Van Buck.
 

Van Buck. – Monsieur mon neveu, je vous souhaite le bonjour.

Valentin. – Monsieur mon oncle, votre serviteur.

Van Buck. – Restez assis ; j'ai à vous parler.

Valentin. – Asseyez-vous ; j'ai donc à vous entendre. Veuillez vous mettre dans la bergère1, et poser là votre chapeau.

Van Buck. – Monsieur mon neveu, la plus longue patience et la plus robuste obstination doivent, l'une et l'autre, finir tôt ou tard. Ce qu'on tolère devient intolérable, incorrigible ce qu'on ne corrige pas ; et qui vingt fois a jeté la perche à un fou qui veut se noyer, peut être forcé un jour ou l'autre de l'abandonner ou de périr avec lui.

Valentin. – Oh ! oh ! voilà qui est débuter, et vous avez là des métaphores qui se sont levées de grand matin.

Van Buck. – Monsieur, veuillez garder le silence, et ne pas vous permettre de me plaisanter. C'est vainement que les plus sages conseils, depuis trois ans, tendent de mordre sur vous. Une insouciance ou une fureur aveugle, des résolutions sans effet, mille prétextes inventés à plaisir, une maudite condescendance, tout ce que j'ai pu ou puis faire encore (mais par ma barbe ! je ne ferai plus rien !)... Où me menez-vous à votre suite ? Vous êtes aussi entêté...

Valentin. – Mon oncle Van Buck, vous êtes en colère.

Van Buck. – Non, monsieur, n'interrompez pas. Vous êtes aussi obstiné que je me suis, pour mon malheur, montré crédule et patient. Est-il croyable, je vous le demande, qu'un jeune homme de vingt-cinq ans passe son temps comme vous le faites ? De quoi servent mes remontrances, et quand prendrez-vous un état2 ? Vous êtes pauvre, puisqu'au bout du compte vous n'avez de fortune que la mienne ; mais finalement, je ne suis pas moribond, et je digère encore vertement. Que comptez-vous faire d'ici ma mort ?

Valentin. – Mon oncle Van Buck, vous êtes en colère, et vous allez vous oublier.

Van Buck. – Non, monsieur, je sais ce que je fais ; si je suis le seul de la famille qui se soit mis dans le commerce, c'est grâce à moi, ne l'oubliez pas, que les débris d'une fortune détruite ont pu encore se relever. Il vous sied bien de sourire quand je parle ; si je n'avais pas vendu du guingan3 à Anvers, vous seriez maintenant à l'hôpital avec votre robe de chambre à fleurs. Mais, Dieu merci, vos chiennes de bouillottes4...

Valentin. – Mon oncle Van Buck, voilà le trivial ; vous changez de ton ; vous vous oubliez ; vous avez mieux commencé que cela.

Van Buck. – Sacrebleu ! tu te moques de moi ? Je ne suis bon apparemment qu'à payer tes lettres de change ? J'en ai reçu une ce matin : soixante louis ! Te railles-tu des gens ? Il te sied bien de faire le fashionable5 (que le diable soit des mots anglais !) quand tu ne peux pas payer ton tailleur ! C'est autre chose de descendre d'un beau cheval pour retrouver au fond d'un hôtel une bonne famille opulente, ou de sauter à bas d'un carrosse de louage pour grimper deux ou trois étages. Avec tes gilets de satin, tu demandes, en rentrant du bal, ta chandelle à ton portier, et il regimbe6 quand il n'a pas eu ses étrennes. Dieu sait si tu les lui donnes tous les ans ! Lancé dans un monde plus riche que toi, tu puises chez tes amis le dédain de toi-même ; tu portes la barbe en pointe et tes cheveux sur les épaules, comme si tu n'avais pas seulement de quoi acheter un ruban pour te faire une queue. Tu écrivailles dans les gazettes. Va, va, un écrivain public est plus estimable que toi. Je finirai par te couper les vivres et tu mourras dans un grenier.

Alfred de Musset, Il ne faut jurer de rien, 1836.


1. Fauteuil.

2. Profession, métier.

3. Fine toile de coton.

4. Ancien jeu de cartes.

5. À la mode, raffiné, délicat.

6. Résiste en refusant.

Document C 

Le vieux roi du Portugal, Ferrante, a décidé de marier son fils, le prince Don Pedro, à l'infante d'Espagne. Ce dernier révèle à l'Infante qu'il est amoureux d'une autre femme ; elle se sent insultée. Le roi convoque son fils.
 

ACTE I, TABLEAU I, SCÈNE 3

Ferrante, Pedro.

Ferrante. – L'Infante m'a fait part des propos monstrueux que vous lui avez tenus. Maintenant, écoutez-moi. Je suis las de mon trône, de ma cour, de mon peuple. Mais il y a aussi quelqu'un dont je suis particulièrement las, Pedro, c'est vous. Il y a tout juste treize ans que je suis las de vous, Pedro. Bébé, je l'avoue, vous ne me reteniez guère. Puis, de cinq à treize ans, je vous ai tendrement aimé. La Reine, votre mère, était morte, bien jeune. Votre frère aîné allait tourner à l'hébétude, et entrer dans les ordres. Vous me restiez seul. Treize ans a été l'année de votre grande gloire ; vous avez eu à treize ans une grâce, une gentillesse, une finesse, une intelligence que vous n'avez jamais retrouvée depuis ; c'était le dernier et merveilleux rayon du soleil qui se couche ; seulement on sait que, dans douze heures, le soleil réapparaîtra, tandis que le génie de l'enfance, quand il s'éteint, c'est à tout jamais. On dit toujours que c'est d'un ver que sort le papillon ; chez l'homme, c'est le papillon qui devient un ver. À quatorze ans, vous vous étiez éteint ; vous étiez devenu médiocre et grossier. Avant, Dieu me pardonne, par moments j'étais presque jaloux de votre gouverneur ; jaloux de vous voir prendre au sérieux ce que vous disait cette vieille bête de Don Christoval plus que ce que je vous disais moi-même. Je songeais aussi : « À cause des affaires de l'État, il me faut perdre mon enfant : je n'ai pas le temps de m'occuper de lui. » À partir de vos quatorze ans, j'ai été bien content que votre gouverneur me débarrassât de vous. Je ne vous ai plus recherché, je vous ai fui. Vous avez aujourd'hui vingt-six ans : il y a treize ans que je n'ai plus rien à vous dire.

Pedro. – Mon père...

Ferrante. – « Mon père » : durant toute ma jeunesse ces mots me faisaient vibrer. Il me semblait – en dehors de toute idée politique – qu'avoir un fils devait être quelque chose d'immense... Mais regardez-moi donc ! Vos yeux fuient sans cesse pour me cacher tout ce qu'il y a en vous qui ne m'aime pas.

Pedro. – Ils fuient pour vous cacher la peine que vous me faites. Vous savez bien que je vous aime. Mais, ce que vous me reprochez, c'est de n'avoir pas votre caractère. Est-ce ma faute, si je ne suis pas vous ? Jamais, depuis combien d'années, jamais vous ne vous êtes intéressé à ce qui m'intéresse. Vous ne l'avez même pas feint. Si, une fois... quand vous aviez votre fièvre tierce, et croyiez que vous alliez mourir ; tandis que je vous disais quelques mots auprès de votre lit, vous m'avez demandé : « Et les loups, en êtes-vous content ? » Car c'était alors ma passion que la chasse au loup. Oui, une fois seulement, quand vous étiez tout affaibli et désespéré par le mal, vous m'avez parlé de ce que j'aime.

Ferrante. – Vous croyez que ce que je vous reproche est de n'être pas semblable à moi. Ce n'est pas tout à fait cela. Je vous reproche de ne pas respirer à la hauteur où je respire. On peut avoir de l'indulgence pour la médiocrité qu'on pressent chez un enfant. Non pour celle qui s'étale dans un homme.

Pedro. – Vous me parliez avec intérêt, avec gravité, avec bonté, à l'âge où je ne pouvais pas vous comprendre. Et à l'âge où je l'aurais pu, vous ne m'avez plus jamais parlé ainsi, – à moi que, dans les actes publics, vous nommez « mon bien-aimé fils » !

Ferrante. – Parce qu'à cet âge-là non plus vous ne pouviez pas me ­comprendre. Mes paroles avaient l'air de passer à travers vous comme à travers un fantôme pour s'évanouir dans je ne sais quel monde : depuis longtemps déjà la partie était perdue. Vous êtes vide de tout, et d'abord de vous-même. Vous êtes petit, et rapetissez tout à votre mesure. Je vous ai toujours vu abaisser le motif de mes entreprises : croire que je faisais par avidité ce que je faisais pour le bien du royaume ; croire que je faisais par ambition personnelle ce que je faisais pour la gloire de Dieu. De temps en temps, vous me jetiez à la tête votre fidélité. Mais je regardais à vos actes, et ils étaient toujours misérables.

Pedro. – Mon père, si j'ai mal agi envers vous, je vous demande de me le pardonner.

Henry de Montherlant, La Reine morte, 1942.

     LES CLÉS DU SUJET  

Question 1

Comprendre la question

  • L'expression « points communs » suggère de comparer les trois adultes d'abord, puis les trois jeunes et de ne signaler que leurs ressemblances.

  • Réfléchissez d'abord aux domaines dans lesquels vous pouvez ­comparer ces personnages : leur personnalité, leurs préoccupations, leurs valeurs, l'opinion qu'ils ont d'eux-mêmes, la façon dont ils considèrent leur interlocuteur et leur manière de s'adresser à lui…

  • Appuyez vos affirmations sur des indices précis extraits de ces scènes.

Question 2

Comprendre la question

  • Identifiez le registre de chacun des textes.

  • Pour vous guider :

    • qualifiez chacune des scènes à l'aide d'adjectifs courants : amusant, drôle, tendu, violent, poignant… ;

    • partez de vos réactions à la lecture des textes : avez-vous ri ? En ce cas, vous avez le choix entre comique, humoristique, ironique… Avez-vous trouvé le texte sérieux, tendu ? En ce cas, vous avez le choix entre pathétique, tragique… ;

    • utilisez vos connaissances : par exemple, vous savez que Molière est un auteur de comédies ; voyez si la scène de l'Avare est comique…

  • Puis comparez les registres que vous avez trouvés. Ne traitez pas les textes successivement, en en juxtaposant l'analyse. Groupez les textes qui présentent le même registre ou des registres proches. Singularisez celui ou ceux qui s'en distingue(nt).

  • Donnez des preuves de vos affirmations en les justifiant par des indices précis extraits des scènes (faits d'écriture).

Réussir les questions : voir guide méthodologique.

Les registres : voir lexique des notions.

Corrigé

Question 1

  • Le conflit est un ressort toujours efficace au théâtre. Le corpus proposé illustre les relations conflictuelles entre des pères et leurs enfants dans L'Avare de Molière et La Reine morte de Montherlant et entre un oncle et son neveu dans Il ne faut jurer de rien de Musset.

  • Les deux adultes des comédies, Harpagon et Van Buck, adressent sur un ton plus ou moins sévère ou agressif les reproches habituels des aînés aux plus jeunes qu'ils trouvent trop dépensiers, insouciants. Ils leur donnent des conseils de vie fondés sur leur propre expérience. Le roi Ferrante est un monarque de tragédie et les reproches qu'il adresse à son fils sont bien plus graves et dépassent le traditionnel conflit de génération où l'âge mûr s'irrite de la légèreté des jeunes gens : c'est un père déçu par la « médiocrité » de son fils, qui exprime avec brutalité son mépris.

  • Quelle que soit la teneur des reproches, ces adultes de théâtre monopolisent la parole et ne permettent pratiquement pas aux jeunes gens de s'expliquer ou de se défendre. Ils assènent dans des phrases déclaratives leur certitude d'avoir raison, se servent de termes très forts pour qualifier le comportement des jeunes gens. Harpagon trouve « scandaleux » le train de vie de ses enfants et Van Buck juge « intolérable » celui de Valentin. Pour Ferrante, Pedro est « médiocre », « grossier » (l. 17) « vide » (l. 57), « misérable » et il sait trouver des comparaisons blessantes pour rabaisser son fils.

  • Leurs interventions révèlent leur mépris et, par conséquent, la ferme revendication de leur supériorité. Ils se présentent comme ceux qui détiennent la vérité et suivent le droit chemin : Harpagon dit à son fils comment il devrait employer son argent (l. 28 et suivantes) ; Van Buck parle de ses « plus sages conseils », affirme : « je sais ce que je fais » et s'érige en modèle (« je suis le seul de la famille… ») ; Ferrante parle de « la hauteur » à laquelle il « respire ».

  • Les jeunes gens ne peuvent pas grand-chose contre les attaques frontales des adultes qui les laissent à peine s'expliquer. Ils essaient d'apaiser leur parent en lui demandant moins de « colère » : « Ne vous mettez point en colère », lance Cléante à son père ; Valentin met son oncle en garde : « Vous allez vous oublier » ; Pedro essaie de calmer la colère de son père par un affectueux « Mon père ». Les trois jeunes gens appellent à plus de modération, sur un ton conciliant de la part de Cléante et ironique chez Valentin. Seul Pedro cherche vainement à se justifier et adresse à son tour des reproches à son père qui, depuis longtemps, n'essaie plus de le ­comprendre. Il semble qu'il y ait une inversion des rôles : ce sont les adultes qui perdent le contrôle d'eux-mêmes et les jeunes qui appellent à plus de raison et de pondération.

  • Ces trois scènes illustrent la permanence du conflit des générations et des traits inhérents à la nature humaine qui varie selon les âges.

Question 2

  • Le conflit est générateur d'action et de tension. Malgré cela, il peut être traité dans différents registres. Le corpus se divise en deux : L'Avare et Il ne faut jurer de rien font sourire le spectateur, tandis que La Reine morte crée une atmosphère tendue et poignante.

  • Les deux premières scènes appartiennent à des comédies. On rit de la méfiance et des reproches paranoïaques d'Harpagon qui pense que ses enfants deviennent ses « ennemis » et cherchent à lui « voler » sa bourse. Van Buck a beau gronder, il n'est pas trop terrible : si sa patience est à bout, il semble avoir conservé de l'affection pour Valentin qui répond avec une ironie impertinente aux reproches de son oncle. Il a sûrement déjà entendu bien des fois cette leçon et laisse passer l'orage, même s'il se permet de commenter non la légitimité des critiques mais la forme que Van Buck leur donne : il fait semblant d'apprécier « les métaphores » du début de la remontrance, puis regrette que le ton en devienne plus « trivial ».

  • La scène entre Ferrante et Pedro est à la fois pathétique et dramatique : ces deux êtres ne se comprennent plus et Ferrante s'acharne avec une férocité froide sur son fils. L'opposition entre l'affection admirative qu'il eut jadis pour Pedro et son mépris pour le jeune homme qu'il est devenu est d'autant plus poignante qu'elle est, hélas, trop fréquente dans les relations parents-enfants. L'amour déçu prend alors cette figure haineuse et destructrice. Ferrante voit désormais en son fils un obstacle à ses projets politiques puisque le jeune homme ne veut pas accepter la femme qu'il lui destine. Le conflit est désormais ouvert : qui va l'emporter du vieux roi ou du jeune prince amoureux ? Le ressort du conflit tragique est tendu entre le poids de la raison d'État et les passions individuelles.

  • Ces scènes démontrent bien qu'une situation n'est ni comique ni tragique en soi et qu'une même situation peut être traitée dans des registres très divers.