Textes de P. Choderlos de Laclos, J. Vallès, Colette, I. Némirovsky

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Question sur le corpus | Année : 2016 | Académie : Antilles, Guyane

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5

Antilles, Guyane • Juin 2016

Le personnage de roman • 14 points

Figures de mères

Questions

Documents

A Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 98, 1782

BJules Vallès, L’Enfant, début du chapitre 1, 1878

CColette, Sido, extrait de la partie I, 1930

DIrène Némirovsky, Le Bal, extrait du chapitre 1, 1930

1. Caractérisez les relations entre la mère et l’enfant dans les textes du corpus. (3 points)

2. Parmi les personnages de mères du corpus, lequel vous paraît le plus intéressant ? Justifiez votre réponse, en prenant appui sur l’ensemble des textes. (3 points)

document A

Madame de Volanges a promis en mariage sa fille Cécile à monsieur de Gercourt. Or la jeune fille aime secrètement le jeune chevalier Danceny. Mais elle cache aussi un autre lourd secret : le séducteur Valmont est devenu son amant.

Lettre 98

Madame de Volanges à la marquise de Merteuil

Il y a bien peu de jours, ma charmante amie, que c’était vous qui me demandiez des consolations et des conseils : aujourd’hui, c’est mon tour ; et je vous fais pour moi la même demande que vous me faisiez pour vous. Je suis bien réellement affligée, et je crains de n’avoir pas pris les meilleurs moyens pour éviter le chagrin que j’éprouve.

C’est ma fille qui cause mon inquiétude. Depuis mon départ je l’avais bien vue toujours triste et chagrine ; mais je m’y attendais, et j’avais armé mon cœur d’une sévérité que je jugeais nécessaire. J’espérais que l’absence, les distractions détruiraient bientôt un amour que je regardais plutôt comme une erreur de l’enfance, que comme une véritable passion. Cependant, loin d’avoir rien gagné depuis mon séjour ici, je m’aperçois que cet enfant se livre de plus en plus à une mélancolie dangereuse ; et je crains, tout de bon, que sa santé ne s’altère. Particulièrement depuis quelques jours elle change à vue d’œil. Hier, surtout, elle me frappa, et tout le monde ici en fut vraiment alarmé.

Ce qui me prouve encore combien elle est affectée vivement, c’est que je la vois prête à surmonter la timidité qu’elle a toujours eue avec moi. Hier matin, sur la simple demande que je lui fis si elle était malade, elle se précipita dans mes bras en me disant qu’elle était bien malheureuse ; et elle pleura aux sanglots. Je ne puis vous rendre la peine qu’elle m’a faite, les larmes me sont venues aux yeux tout de suite et je n’ai eu que le temps de me détourner, pour empêcher qu’elle ne me vît. Heureusement j’ai eu la prudence de ne lui faire aucune question, et elle n’a pas osé m’en dire davantage : mais il n’en est pas moins clair que c’est cette malheureuse passion qui la tourmente.

Quel parti prendre pourtant, si cela dure ? ferai-je le malheur de ma fille ? tournerai-je contre elle les qualités les plus précieuses de l’âme, la sensibilité et la constance ? est-ce pour cela que je suis sa mère ? et quand j’étoufferais ce sentiment si naturel qui nous fait vouloir le bonheur de nos enfants ; quand je regarderais comme une faiblesse, ce que je crois, au contraire, le premier, le plus sacré de nos devoirs ; si je force son choix, n’aurai-je pas à répondre des suites funestes qu’il peut avoir ? Quel usage à faire de l’autorité maternelle, que de placer sa fille entre le crime et le malheur !

Mon amie, je n’imiterai pas ce que j’ai blâmé si souvent. J’ai pu, sans doute, tenter de faire un choix pour ma fille ; je ne faisais en cela que l’aider de mon expérience : ce n’était pas un droit que j’exerçais, je remplissais un devoir. J’en trahirais un, au contraire, en disposant d’elle au mépris d’un penchant que je n’ai pas su empêcher de naître, et dont ni elle, ni moi ne pouvons connaître ni l’étendue ni la durée. Non, je ne souffrirai point qu’elle épouse celui-ci pour aimer celui-là, et j’aime mieux compromettre mon autorité que sa vertu.

Je crois donc que je vais prendre le parti le plus sage de retirer la parole que j’ai donnée à M. de Gercourt. […]

Adieu, ma charmante amie ; ne doutez jamais de la sincérité de mes sentiments.

Du château de… ce 2 octobre 17**.

Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 98, 1782

document B

I

Ma mère

Ai-je été nourri par ma mère ? Est-ce une paysanne qui m’a donné son lait ? Je n’en sais rien. Quel que soit le sein que j’ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j’étais tout petit : je n’ai pas été dorloté, tapoté, baisoté ; j’ai été beaucoup fouetté.

Ma mère dit qu’il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins ; quand elle n’a pas le temps le matin, c’est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.

Mademoiselle Balandreau m’y met du suif.

C’est une bonne vieille fille de cinquante ans. Elle demeure au-dessous de nous. D’abord elle était contente : comme elle n’a pas d’horloge, ça lui donnait l’heure. « Vlin ! Vlan ! Zon ! Zon ! – voilà le petit Chose qu’on fouette ; il est temps de faire mon café au lait. »

Mais un jour que j’avais levé mon pan, parce que ça me cuisait trop, et que je prenais l’air entre deux portes, elle m’a vu ; mon derrière lui a fait pitié.

Elle voulait d’abord le montrer à tout le monde, ameuter les voisins autour ; mais elle a pensé que ce n’était pas le moyen de le sauver, et elle a inventé autre chose.

Lorsqu’elle entend ma mère me dire : « Jacques, je vais te fouetter !

– Madame Vingtras, ne vous donnez pas la peine, je vais faire ça pour vous.

– Oh ! chère demoiselle, vous êtes trop bonne ! »

Mademoiselle Balandreau m’emmène ; mais, au lieu de me fouetter, elle frappe dans ses mains ; moi, je crie. Ma mère remercie, le soir, sa remplaçante.

« À votre service », répond la brave fille, en me glissant un bonbon en cachette.

Mon premier souvenir date donc d’une fessée. Mon second est plein d’étonnement et de larmes.

C’est au coin d’un feu de fagots, sous le manteau d’une vieille cheminée ; ma mère tricote dans un coin ; une cousine à moi, qui sert de bonne dans la maison pauvre, range, sur des planches rongées, quelques assiettes de grosse faïence avec des coqs à crête rouge, et à queue bleue.

Mon père a un couteau à la main et taille un morceau de sapin ; les copeaux tombent jaunes et soyeux comme des brins de rubans. Il me fait un chariot avec des languettes de bois frais. Les roues sont déjà taillées ; ce sont des ronds de pommes de terre avec leur cercle de peau brune qui fait le fer… Le chariot va être fini ; j’attends tout ému et les yeux grands ouverts, quand mon père pousse un cri et lève sa main pleine de sang. Il s’est enfoncé le couteau dans le doigt. Je deviens tout pâle et je m’avance vers lui ; un coup violent m’arrête ; c’est ma mère qui me l’a donné, l’écume aux lèvres, les poings crispés.

« C’est ta faute si ton père s’est fait mal ! »

Jules Vallès, L’Enfant, début du chapitre 1, 1878

document C

La mère de la narratrice, surnommée Sido, d’origine parisienne, habite désormais la campagne. Elle s’y adonne à l’une de ses passions : son jardin.

Sur des gradins de bois peints en vert, elle entretenait toute l’année des reposoirs de plantes en pots, géraniums rares, rosiers nains, reines-des-prés aux panaches de brume blanche et rose, quelques « plantes grasses » poilues et trapues comme des crabes, des cactus meurtriers… Un angle de murs chauds gardait des vents sévères son musée d’essais, des godets d’argile rouge où je ne voyais que terre meuble et dormante.

– Ne touche pas !

– Mais rien ne pousse !

– Et qu’en sais-tu ? Est-ce toi qui en décides ? Lis, sur les fiches de bois qui sont plantées dans les pots ! Ici, graines de lupin bleu ; là, un bulbe de narcisse qui vient de Hollande ; là, graines de physalis ; là, une bouture d’hibiscus – mais non, ce n’est pas une branche morte ! – et là, des semences de pois de senteur dont les fleurs ont des oreilles comme des petits lièvres. Et là… Et là…

– Et là ?…

Ma mère rejetait son chapeau en arrière, mordillait la chaîne de son lorgnon, m’interrogeait avec ingénuité:

– Je suis bien ennuyée… je ne sais plus si c’est une famille de bulbes de crocus, que j’ai enterrés, ou bien une chrysalide de paon-de-nuit2.

– Il n’y a qu’à gratter, pour voir…

Une main preste3 arrêtait la mienne – que n’a-t-on moulé, peint, ciselé cette main de « Sido », brunie, tôt gravée de rides par les travaux ménagers, le jardinage, l’eau froide et le soleil, ses doigts longs bien façonnés en pointe, ses beaux ongles ovales et bombés…

– À aucun prix ! Si c’est la chrysalide, elle mourra au contact de l’air ; si c’est le crocus, la lumière flétrira son petit rejet blanc, – et tout sera à recommencer ! Tu m’entends bien ? Tu n’y toucheras pas ?

– Non, maman…

À ce moment, son visage, enflammé de foi, de curiosité universelle, disparaissait sous un autre visage plus âgé, résigné et doux. Elle savait que je ne résisterais pas, moi non plus, au désir de savoir, et qu’à son exemple je fouillerais, jusqu’à son secret, la terre du pot à fleurs. Elle savait que j’étais sa fille, moi qui ne pensais pas à notre ressemblance, et que déjà je cherchais, enfant, ce choc, ce battement accéléré du cœur, cet arrêt du souffle : la solitaire ivresse du chercheur de trésor. Un trésor, ce n’est pas seulement ce que couvent la terre, le roc ou la vague. La chimère de l’or et de la gemme4 n’est qu’un informe mirage : il importe seulement que je dénude et hisse au jour ce que l’œil humain n’a pas, avant le mien, touché…

J’allais donc, grattant à la dérobée le jardin d’essai, surprendre la griffe ascendante du cotylédon5, le viril surgeon que le printemps chassait de sa gaine. Je contrariais l’aveugle dessein que poursuit la chrysalide d’un noir-brun bilieux et la précipitais d’une mort passagère au néant définitif.

Colette, Sido, extrait de la partie I, 1930

1. Ingénuité : avec une innocence franche et naïve.

2. Paon-de-nuit : nom d’une espèce de papillon ; chrysalide : enveloppe de la chenille en train de devenir papillon.

3. Preste : rapide, agile.

4. Gemme : pierre précieuse.

5. Cotylédon : première feuille d’une plante en train de germer.

document D

Antoinette Kampf est une adolescente qui vit à Paris avec ses parents. Son père a construit sa fortune en travaillant et sa mère a souffert d’une enfance pauvre. Monsieur et madame Kampf désirent être acceptés par la haute bourgeoise parisienne et tiennent à ce que leur fille reçoive la meilleure éducation.

 

– Tu comprends, Antoinette, que c’est à désespérer de tes manières à la fin, ma pauvre fille… Assieds-toi. Je vais entrer encore une fois, et tu me feras le plaisir de te lever immédiatement, tu entends ?Mme Kampf recula de quelques pas et ouvrit une seconde fois la porte. Antoinette se dressa avec lenteur et une si évidente mauvaise grâce que sa mère demanda vivement en serrant les lèvres d’un air de menace :– Ça vous gêne, par hasard, mademoiselle ?– Non, maman, dit Antoinette à voix basse.– Alors, pourquoi fais-tu cette figure ?Antoinette sourit avec une sorte d’effort lâche et pénible qui déformait douloureusement ses traits. Par moments, elle haïssait tellement les grandes personnes qu’elle aurait voulu les tuer, les défigurer ou bien crier : « Non, tu m’embêtes », en frappant du pied ; mais elle redoutait ses parents depuis sa toute petite enfance. Autrefois, quand Antoinette était plus petite, sa mère l’avait prise souvent sur ses genoux, contre son cœur, caressée et embrassée. Mais cela Antoinette l’avait oublié. Tandis qu’elle avait gardé au plus profond d’elle-même le son, les éclats d’une voix irritée passant par-dessus sa tête, « cette petite qui est toujours dans mes jambes… », « tu as encore taché ma robe avec tes sales souliers ! file au coin, ça t’apprendra, tu m’as entendue ? petite imbécile ! » et un jour… pour la première fois, ce jour-là elle avait désiré mourir… au coin d’une rue, pendant une scène, cette phrase emportée, criée si fort que des passants s’étaient retournés : « Tu veux une gifle ? Oui ? » et la brûlure d’un soufflet… En pleine rue… Elle avait onze ans, elle était grande pour son âge… Les passants, les grandes personnes, cela, ce n’était rien… Mais, au même instant, des garçons sortaient de l’école et ils avaient ri en la regardant : « Eh bien, ma vieille… » Oh ! ce ricanement qui la poursuivait tandis qu’elle marchait, la tête baissée, dans la rue noire d’automne… les lumières dansaient à travers ses larmes. « Tu n’as pas fini de pleurnicher ?… Oh, quel caractère !… Quand je te corrige, c’est pour ton bien, n’est-ce pas ? Ah ! et puis, ne recommence pas à m’énerver, je te conseille… » Sales gens… Et maintenant, encore, c’était exprès pour la tourmenter, la torturer, l’humilier, que, du matin au soir, on s’acharnait : « Comment est-ce que tu tiens ta fourchette ? » (devant le domestique, mon Dieu) et « tiens-toi droite. Au moins, n’aie pas l’air d’être bossue. » Elle avait quatorze ans, elle était une jeune fille, et, dans ses rêves, une femme aimée et belle… Des hommes la caressaient, l’admiraient, comme André Sperelli caresse Hélène et Marie, et Julien de Suberceaux, Maud de Rouvre dans les livres… L’amour… Elle tressaillit. Mme Kampf achevait :– … Et si tu crois que je te paie une Anglaise pour avoir des manières comme ça, tu te trompes, ma petite…

 

Irène Némirovsky, Le Bal, extrait du chapitre 1, 1930

Les clés du sujet

Question 1

Qualifiez les liens entre chaque mère et son enfant et déterminez si ces relations sont apparemment bonnes ou mauvaises, de façon à classer les extraits en deux groupes. Les relations entre les personnages se déduisent de leurs actes, de leurs paroles, des remarques du narrateur.

Dégagez les points communs des textes et leurs particularités.

Structurez votre réponse en commençant par une phrase d’introduction situant les documents et reprenant la question, et en terminant par une brève conclusion.

Accompagnez chaque remarque d’exemples précis tirés des textes.

Question 2

La question vous laisse libre de votre choix du moment qu’il est étayé. La réponse vaudra par l’exposé des raisons de votre choix, des arguments qui le soutiennent.

Analysez les caractéristiques des extraits : l’identité et le tempérament des personnages, leurs relations (voir question 1), la situation, le genre littéraire, l’écriture.

Signalez l’intérêt des trois autres personnages de mère et comparez-les avec celui que vous avez choisi pour appuyer votre analyse.

Pour réussir les questions : voir guide méthodologique.

Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Question 1

[Présentation du corpus] Au xviiie siècle, dans la lettre 98 des Liaisons dangereuses, roman épistolaire de Laclos, Mme de Volanges fait part à la marquise de Merteuil de ses préoccupations au sujet du mariage de sa fille. Un siècle plus tard, dans son roman autobiographique L’Enfant, Jules Vallès raconte des épisodes poignants de son enfance. Au début du xxe siècle, la même année (1930), Colette fait le portrait attendri de sa mère dans son autobiographie Sido et Irène Némirovsky décrit les vexations que ses parents, désireux de s’intégrer à la haute bourgeoise, infligent à la jeune Antoinette.

1. Des mères attentives et protectrices

Mme de Volanges « crain[t] » pour sa fille, elle est soucieuse de son « bonheur ». Lorsqu’elle la sent malheureuse, elle verse des « larmes ». Elle sait être « discrète » (elle ne lui « fai[t] aucune question ») mais n’en a pas moins voulu « empêcher » son « penchant » et tenté de choisir à sa place. De son côté, Cécile communique peu avec sa mère et a « toujours eu » de « la timidité avec [elle] ». Au xviiie siècle, en effet, les relations mère-enfant devaient être à la fois bienveillantes et assez distantes, sans extériorisation excessive de marques d’affection. Cependant Mme de Volanges finit par revenir sur sa position.

À la fin du xixe siècle, les relations mère-enfant ont évolué vers plus de proximité et Sido est plus proche affectivement de sa fille : elle veut l’associer à sa passion du jardinage, lui transmettre « sa curiosité universelle ». Comme Mme de Volanges, elle est perspicace, connaît sa fille et prévoit ses réactions, qu’elle accepte avec une indulgence « résignée ». Sido tient néanmoins à garder la maîtrise de leurs relations et se montre assez dirigiste (« Ne touche pas ! », « Lis… »…). Le lecteur sent une sorte de connivence amusée entre les deux et une réelle affection. De fait, Sido se reconnaît dans sa fille.

2. Des mères cruelles et dénaturées

Ni Jacques ni Antoinette n’ont reçu – ou ne reçoivent plus – les marques habituelles de tendresse maternelle : « je n’ai pas été dorloté, tapoté, baisoté », dit Jacques ; Antoinette a oublié le temps où sa mère la prenait « sur ses genoux, contre son cœur ». Le contact physique se cantonne aux menaces et aux « fessée(s) » pour Jacques, à la « brûlure d’un soufflet » pour Antoinette. La haine rageuse des mères se manifeste dans la violence de leurs paroles mais aussi dans leurs gestes et mimiques : Mme Vingtras a « l’écume aux lèvres » et « les poings crispés », Mme Kampf a un air de menace ».

Cependant la cruauté volontaire de ces mères (« c’était exprès… », précise la narratrice du Bal), qu’elles justifient par le désir de « dresser leur enfant », dépasse les châtiments physiques et tourne à la torture morale. Mme Vingtras rend son fils responsable de la blessure de son père et lui donne mauvaise conscience ; Mme Kampf « humilie » sa fille en « pleine rue », la harcèle dans tous ses gestes, et lui enlève toute estime de soi.

Question 2

Parmi les quatre mères du corpus, laquelle présente le plus d’intérêt pour son créateur et pour le lecteur ?

Ces quatre mères sortent de l’ordinaire : Mme Vingtras et Mme Kampf ont des relations très conflictuelles avec leur enfant ; Mme de Volanges et Sido, attentionnées, exercent une forte influence sur leur fille.

Dans un roman, ce sont souvent les personnages du mal (les « méchants ») qui animent l’intrigue et fascinent le lecteur. Les deux « mauvaises mères » sont intéressantes : elles amènent à méditer sur la conduite à tenir quand on devient parent ; en tant que contre-modèles, elles ont une portée morale. Cependant, elles peuvent paraître caricaturales et excessivement cruelles.

Les « bonnes mères », plus nuancées, sont plus attirantes, sans que leur perfection soit invraisemblable (l’une et l’autre présentent de petits défauts). Cependant, pour le lecteur contemporain, Mme de Volanges peut paraître dépassée, alors que Sido est plus proche de lui. Le manque de communication réelle et profonde avec sa fille fait de Mme de Volanges un personnage un peu figé.

Sido, plus « nature », est sans doute la plus intéressante. Elle est originale par son physique, avec sa main « brunie, tôt gravée de rides » et son double « visage », tantôt « enflammé de foi », tantôt « résigné et doux ». C’est une personnalité complexe, animée par une passion née de son « histoire » (elle a été « transplantée » de Paris à la province) ; c’est donc un personnage qui a évolué. Cette passion, elle tente de la communiquer à ses enfants en les incitant à la découverte et en cultivant leur curiosité.

Enfin, ses rapports avec sa fille en font un personnage nuancé et attachant : elle sait être ferme et affectueuse à la fois ; elle est fière que sa fille soit « à son exemple » : ainsi elle feint de ne pas savoir que Colette lui désobéira pour la laisser faire ses propres expériences. Le regard affectueux et admiratif de Colette sur elle témoigne de l’intérêt du personnage pour la romancière comme pour le lecteur. De ces quatre mères, c’est sans doute celle dont le lecteur peut se dire : « J’aimerais être son enfant » !