Textes de Verlaine, A. De Noailles, Prévert

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens
Type : Question sur le corpus | Année : 2017 | Académie : France métropolitaine

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France métropolitaine • Juin 2017

La poésie et le rêve • 6 points

La poésie et le rêve

Questions

Documents

APaul Verlaine, « Le paysage dans le cadre des portières », La Bonne Chanson, 1870

BAnna de Noailles, « Trains en été », Les Éblouissements, 1907

CJacques Prévert, « En sortant de l’école », Histoires, 1946

 1. Quelles sont les particularités des trains évoqués dans les textes du corpus ? (3 points)

 2. Ces voyages vous paraissent-ils réels ou rêvés ? (3 points)

document a

Le paysage dans le cadre des portières

Court furieusement, et des plaines entières

Avec de l’eau, des blés, des arbres et du ciel

Vont s’engouffrant parmi le tourbillon cruel

Où tombent les poteaux minces du télégraphe1

Dont les fils ont l’allure étrange d’un paraphe2.

Une odeur de charbon qui brûle et d’eau qui bout3,

Tout le bruit que feraient mille chaînes au bout

Desquelles hurleraient mille géants qu’on fouette ;

Et tout à coup des cris prolongés de chouette.

Que me fait tout cela, puisque j’ai dans les yeux

La blanche vision qui fait mon cœur joyeux,

Puisque la douce voix pour moi murmure encore,

Puisque le Nom si beau, si noble et si sonore

Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement,

Au rythme du wagon brutal, suavement.

Paul Verlaine, « Le paysage dans le cadre des portières », La Bonne Chanson, 1870.

1. Télégraphe : au xixe siècle, réseau de fils électriques permettant de transmettre des messages, appelés télégrammes.

2. Paraphe : signature.

3. Cette odeur provient de la locomotive à vapeur.

document b

Trains en été

Pendant ce soir inerte1 et tendre de l’été,

Où la ville, au soir bleu mêlant sa volupté2,

Laisse les toits d’argent s’effranger dans l’espace,

J’entends le cri montant et dur des trains qui passent…

– Qu’appellent-ils avec ces cris désespérés ?

Sont-ce les bois dormants, l’étang, les jeunes prés,

Les jardins où l’on voit les petites barrières

Plier au poids des lis et des roses trémières ?

Est-ce la route immense et blanche de juillet

Que le brûlant soleil frappe à coups de maillet3 ;

Sont-ce les vérandas dont ce dur soleil crève

Le vitrage ébloui comme un regard qui rêve ?

– Ô trains noirs qui roulez en terrassant le temps,

Quel est donc l’émouvant bonheur qui vous attend ?

Quelle inimaginable et bienfaisante extase4

Vous est promise au bout de la campagne rase ?

Que voyez-vous là-bas qui luit et fuit toujours

Et dont s’irrite ainsi votre effroyable amour ?

– Ah ! de quelle brûlure en mon cœur s’accompagne

Ce grand cri de désir des trains vers la campagne…

Anna de Noailles, « Trains en été », Les Éblouissements, 1907.

1. Inerte : sans mouvement, sans énergie.

2. Volupté : plaisir sensuel.

3. Maillet : sorte de marteau.

4. Extase : joie extrême.

document c

En sortant de l’école

nous avons rencontré

un grand chemin de fer

qui nous a emmenés

tout autour de la terre

dans un wagon doré

Tout autour de la terre

nous avons rencontré

la mer qui se promenait

avec tous ses coquillages

ses îles parfumées

et puis ses beaux naufrages

et ses saumons fumés

Au-dessus de la mer

nous avons rencontré

la lune et les étoiles

sur un bateau à voiles

partant pour le Japon

et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main

tournant la manivelle d’un petit sous-marin

plongeant au fond des mers

pour chercher des oursins

Revenant sur la terre

nous avons rencontré

sur la voie de chemin de fer

une maison qui fuyait

fuyait tout autour de la terre

fuyait tout autour de la mer

fuyait devant l’hiver

qui voulait l’attraper

Mais nous sur notre chemin de fer

on s’est mis à rouler

rouler derrière l’hiver

et on l’a écrasé

et la maison s’est arrêtée

et le printemps nous a salués

C’était lui le garde-barrière1

et il nous a bien remerciés

et toutes les fleurs de toute la terre

soudain se sont mises à pousser

pousser à tort et à travers

sur la voie du chemin de fer

qui ne voulait plus avancer

de peur de les abîmer

Alors on est revenu à pied

à pied tout autour de la terre

à pied tout autour de la mer

tout autour du soleil

de la lune et des étoiles

À pied à cheval en voiture et en bateau à voiles.

Jacques Prévert, « En sortant de l’école », in Histoires et d’autres histoires, 
1946, © Éditions Gallimard, © Fatras/Succession Jacques Prévert. 
Droits numériques réservés.

1. Garde-barrière : agent des chemins de fer, responsable de la manœuvre des barrières d’un passage à niveau.

Les clés du sujet

Question 1

Cherchez ce qui fait que, dans ces poèmes, les trains sont plus que de simples moyens de transport :

analysez les expressions qui les qualifient, les images qui les transforment et leur donnent vie ;

cherchez ce qu’ils peuvent éventuellement symboliser ;

précisez leurs caractéristiques communes, puis distinguez, le cas échéant, les spécificités de chacun des poèmes.

Structurez votre réponse : encadrez-la d’une phrase d’introduction et d’une brève conclusion.

Accompagnez chaque remarque d’exemples précis tirés des poèmes.

Question 2

La question indique les deux pistes de recherche. Relevez dans les textes, en les surlignant d’une couleur différente, les éléments :

qui reproduisent la réalité concrète de ces voyages (saisons, éléments naturels, marques de la civilisation…), qui permettraient de faire un itinéraire et des tableaux ;

qui s’éloignent de la réalité, transforment de façon onirique ces voyages, qui font rêver le lecteur et le transportent dans un autre monde, parfois surréaliste.

Enfin, mesurez pour chacun des textes la proportion de réalité et de rêve.

Pour réussir les questions : voir guide méthodologique.

La poésie : voir mémento des notions.