Un critique a apprécié la représentation d’Édouard et Agrippine. Il écrit un article qui en rend compte

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Dispute et comique
 
 

Dispute et comique

Corrigé

16

Le théâtre

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Sujet inédit

le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Écriture d’invention

> Un critique littéraire a particulièrement apprécié la représentation d’Édouard et Agrippine. Il écrit un article qui rend compte à la fois du comique du texte et de la qualité de la mise en scène pour convaincre ses lecteurs d’aller voir ce spectacle. Rédigez cet article.

Comprendre le sujet

Analysez précisément les mots de la consigne pour cerner les contraintes.

  • Sujet du texte : « Édouard et Agrippine », « spectacle », « texte », « mise en scène », « comique ».
  • Genre du texte à produire : « article ».
  • Type de texte : « convaincre » indique que le texte est argumentatif. Il s’agit d’un éloge à la fois du texte et de la mise en scène.
  • Le registre ne vous est pas indiqué (voir plus bas).
  • Situation d’énonciation : Qui ? « un critique littéraire ». À qui ? « ses lecteurs ».
  • Niveau de langue : correct. Le vocabulaire pourra de temps à autre être un peu technique (vocabulaire littéraire et lexique de la mise en scène).
  • Définition du texte.

Article critique (genre) argumentatif (type de texte) sur le spectacle (texte et mise en scène) de l’extrait de René de Obaldia, pour faire la « publicité » du spectacle, pour en montrer le comique (buts).

Chercher des idées

Le fond

  • Cerner la double thèse à soutenir : avant de rédiger, précisez pour vous-même cette double thèse soutenue : le texte et la mise en scène sont divertissants et font rire les spectateurs.

Cherchez des arguments pour cette thèse, construisez une double argumentation.

  • Trouver des arguments, analyser la scène : pour répertorier dans le texte les procédés comiques, aidez-vous de votre réponse à la première question sur le corpus.

Les choix à faire

  • Imaginez la mise en scène : à partir du texte, imaginez décors, costumes, éclairages, bande-son, objets, mais aussi mouvements, gestes, mimiques, ton des répliques… Essayez de trouver des idées originales. Ce n’est qu’après avoir imaginé cette mise en scène que vous pourrez prendre le point de vue du critique littéraire spectateur qui en rendra compte et en fera l’éloge.
  • Le registre du texte, plus précisément, le ton doit être enthousiaste, voire lyrique. Il peut, par endroits, être un peu didactique.

La forme

Appuyez-vous précisément sur la scène, mais ne construisez pas votre texte comme un commentaire. Donnez de la vivacité au dialogue. Adoptez un ton naturel tout en étant rigoureux dans le choix et le commentaire de vos exemples.

> Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

> Le théâtre : voir lexique des notions.

Corrigé

Édouard et Agrippine, au théâtre des Larrons en Foire : drôle de couple !…

C’est un spectacle réjouissant que nous offre le Théâtre des Larrons en Foire avec la nouvelle mise en scène de la comédie Édouard et Agrippine de René de Obaldia. Le dramaturge y trace le portrait réjouissant d’un vieux couple, Édouard et Agrippine, aussi mal assortis que le sont leurs prénoms, l’un bien de chez nous et commun, l’autre inspiré des plus graves heures de la Rome antique et lourd de réminiscences historiques et littéraires ! Drôle de couple, et nous sommes loin du tableau magistral, mais terrible, de la vieillesse que dressait Beckett dans Oh, les beaux jours ! ou Ionesco dans Les Chaises. Le titre fantasque donne ainsi déjà un avant-goût savoureux du ton plaisant de la pièce… René de Obaldia nous entraîne dans le monde étrange et cocasse d’une soirée intime entre deux vieux… peu ordinaires !

Un couple grotesque de dessin animé…

La mise en scène a su remarquablement s’adapter à l’esprit et à la lettre de la pièce. Le choix des acteurs est d’une justesse admirable : pour interpréter ce couple mal assorti, presque « oxymorique » diraient nos intellectuels, le metteur en scène a choisi des acteurs aux physiques rigoureusement contraires. À la sèche constitution d’Agrippine, grêle et maigre (on la prendrait presque pour Ma’ Dalton !), s’oppose l’empâtement et la corpulence d’Édouard (on croirait voir Obélix !). Ce choix de concrétiser par leur silhouette caricaturale – proche des héros de bandes dessinées – l’incompatibilité fondamentale des deux personnages permet de faire immédiatement comprendre au spectateur les relations difficiles du couple : le ton est donné au premier coup d’œil.

De fait, l’opposition entre les deux personnages est évidente à la lecture de la pièce et le contraste entre les longues répliques, les « logorrhées » emportées d’Agrippine et les courtes réponses placides d’Édouard prêtent à rire. Au déchaînement verbal de la première s’oppose la nonchalance du second qui réduit l’agitation incessante d’Agrippine à une gesticulation ridicule, car vaine : elle n’a pour objet qu’un simple « bâton » !

Une scène de ménage insolite :
sur scène agitation contre nonchalance…

Là encore, le metteur en scène a fort judicieusement choisi de mettre en valeur ce qui oppose les deux personnages : tandis que le mari lit paisiblement, Agrippine sort bien vite du lit conjugal, arpente tout le plateau, tempête, bouleverse tout sur son passage, trépigne, se précipite dans les coulisses pour chercher le fameux « bâton » que Édouard a donné à un maréchal. Lui est bien calé et emmitouflé dans son lit, ne bronche pas, ne daigne même pas lever les yeux vers sa femme et continue, sans se laisser troubler par quoi que ce soit, à lire tranquillement un gigantesque livre de philosophie, derrière lequel il disparaît et qu’il tient… à l’envers ! Agrippine, exaspérée, pose une question depuis la coulisse à Édouard, qui ne répond pas. Quant à ce dernier, il résume la scène avec une ironie mordante en lisant quelques phrases de son livre : « La vie est constitutivement un drame. Pourquoi ? Parce qu’elle obéit à une lutte frénétique… », ironie que le ton faussement négligent du comédien met d’autant mieux en valeur.

Ainsi la scène de ménage qu’Agrippine tente tant bien que mal d’amorcer est-elle tenue constamment en échec : même les reproches les plus osés et pleins de sous-entendus à propos du manque de virilité d’Édouard ne touchent pas celui-ci. L’effet comique, dès lors garanti par le décalage constant entre les deux personnages, dynamise la pièce.

À voir mais aussi à entendre !

Spectacle à voir donc, mais aussi à entendre : la « bande-son » contribue à l’atmosphère insolite et cocasse de certaines scènes. La pseudo scène de ménage se déroule dans un univers de sons hétéroclites : les « cris du nourrisson », d’abord « en sourdine » comme le voulait René de Obaldia, s’intensifient à mesure que la tension augmente et deviennent une cacophonie de bruits métalliques grinçants et discordants. Pleurs réels, rires sardoniques et hurlements de torture se mêlent et mettent à jour la torture morale à laquelle Agrippine soumet son pauvre mari, si bien qu’on ne sait plus si c’est vraiment le « mouflet » qu’Agrippine au comble de l’exaspération veut défénestrer ou… son mari ! L’intensité de l’éclairage dispensé par des spots de toutes les couleurs comme dans une discothèque suit la courbe de cette étrange dispute.

Grotesque, burlesque… mais sans vulgarité

Cependant, le mérite majeur de la pièce Édouard et Agrippine c’est qu’elle arrive à manier la grossièreté sans être ordurière, qualité qui commence à se faire rare dans l’éventail des pièces comiques à l’affiche actuellement. Certes, le personnage d’Agrippine a un vocabulaire salé, parfois aux limites de la décence ; cependant elle s’exprime toujours de façon imagée et les périphrases qu’elle emploie ne manquent pas de saveur : je vous laisse imaginer ce à quoi renvoie la délicate formulation des « ornements » qu’évoque le personnage en parlant de son mari… Au lieu de dire directement le terme, Agrippine s’interrompt, hésite, balbutie, alors qu’elle allait visiblement employer un autre mot. Elle se reprend et emploie le fameux « ornements » : elle considère ne pouvoir dire des mots crus, elle qui se dit « dame du monde ». Mais le public ne la croit pas après sa tirade sur le « mouflet » qu’elle « enverrait valser en l’air rejoindre les spoutniks »…

Enfin, lorsque Édouard dit « doucement » à sa femme : « Tu avais quarante ans de moins, Agrippine », celle-ci, estomaquée, cherche une répartie cinglante, bout intérieurement, trépigne… Mais elle ne trouve qu’à répliquer, vexée : « Mufle ! ». La mise en scène, par son inventivité, sert parfaitement le texte.

Enfin, la fausse citation d’Agrippine, « Patience et longueur de rage », ajoute au ridicule pédant du personnage : elle « récite » cela avec un ton didactique horripilant, égratignant sans vergogne l’une des fables les plus connues de La Fontaine « Le Lion et le Rat » !

La mise en scène fourmille ainsi de trouvailles tout à fait en accord avec l’esprit enjoué de la pièce pour le plus grand plaisir des spectateurs. De toute évidence, les acteurs s’amusent tout autant que les spectateurs et déploient une belle énergie sur scène. Toutefois, si la pièce débute dans la joie et la bonne humeur, le metteur en scène ne néglige pas de donner par la suite le ton d’« humour noir » qui plane sur la plupart des « impromptus » de René de Obaldia. Mais nous vous laissons le plaisir de découvrir les multiples trouvailles que la troupe a su mettre en œuvre pour marier enjouement et cynisme…