Un des Indiens Tupinambas qui avaient reçu Jean de Léry raconte à son peuple l’arrivée et le séjour de cet Européen dans leur village

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Humanisme et Renaissance - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
« Frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui »
 
 

« Frotter et limer notre cervelle… » • Invention

Objets d’étude L

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France métropolitaine • Juin 2012

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> Quelques années plus tard, l’un des Indiens Tupinambas qui avaient reçu Jean de Léry (texte B) raconte à son peuple, lors d’une cérémonie publique, l’arrivée et le séjour de cet Européen dans leur village du Brésil.

Comprendre le sujet

Il faut analyser précisément la consigne pour en dégager les contraintes.

  • Thème : « l’arrivée et le séjour de cet Européen ». Jean de Léry sera désigné par la 3e personne du singulier.
  • Genre : « raconte à son peuple », « cérémonie publique » suggèrent le discours oral.
  • Registre : non déterminé.
  • Situation d’énonciation : qui ? « l’un des Indiens Tupinambas » : il utilise le « je » ; à qui ? « à son peuple » : il utilise le « vous », mais aussi le « nous ».
  • Niveau de langue : courant (ce sont des Indiens qui parlent).
  • Type de texte ou forme de discours : « raconte » → texte narratif. Il doit cependant comporter des descriptions et des dialogues.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Discours oral (genre) qui raconte et décrit (types de texte) l’arrivée et le séjour de Jean de Léry (thème), pour rappeler un moment important de la vie de leur village et rendre compte des réactions et des changements que cette arrivée a occasionnés (buts).

Trouver des idées et faire des choix

Il s’agit de la reprise du second texte de Jean de Léry : c’est donc une sorte de réécriture.

Vous devez décrire, mais selon un autre point de vue (regard extérieur étranger), la rencontre avec l’Européen.

Le fond

  • Réécrire : vous devez reprendre certains éléments du texte de Léry :
  • les circonstances de l’arrivée : le lieu (le village de « Yabouraci ») est précisé ;
  • l’accueil enjoué et l’hospitalité bienveillante des Indiens ; il est judicieux, à cet endroit, de consacrer quelques lignes à la description de Léry, mais vu par les Indiens (aspect physique, vêtements, accessoires…) ;
  • les réactions des Indiens : étonnement, « admiration » (texte 2), curiosité, joie (« se prenant à rire », texte 2)…
  • l’épisode du déguisement (texte 2) et l’anecdote du nouveau nom ;
  • les réactions de l’Européen : étonnement, barrière de la langue, difficulté à comprendre les coutumes des indigènes, inquiétude (texte 2), son souci de « s’accommoder » à leur mode de vie (plus particulièrement, efforts pour apprendre la langue, textes 1 et 2), respect à l’égard de l’autre…
  • le comportement avide et intéressé, méprisant de certains Européens (« un seul achètera tout le bois du Brésil », « amasser des richesses »…) ;
  • le recours au dialogue pour mieux comprendre cette nouvelle culture.
  • Inventer : vous devez « inventer » certains éléments :
  • les circonstances du discours : quand précisément : « quelques années plus tard » est à préciser ; à quelle occasion précise (« cérémonie ») est prononcé le discours…

l’identité de l’Indien qui parle (chef de la tribu ? notable ? artisan ? commerçant qui « traite » avec ces nouveaux venus ?…) ;

  • des anecdotes durant le séjour de l’Européen ;
  • les réactions des Indiens au discours : joie, étonnement, indignation…
  • les événements au village, son évolution depuis le départ de Jean de Léry ; les conséquences et les retentissements de la venue des Européens sur la vie au village (progrès ? interaction ? dégradation des conditions de vie à cause de l’exploitation et de l’attitude des colonisateurs ?…).

La forme

  • Le ton peut être solennel, lyrique (pour célébrer les vertus de Jean de Léry), mais aussi polémique (pour dénoncer les abus des commerçants, par exemple). Vous pouvez vous inspirer du discours du vieux Tahitien dans le Supplément au Voyage de Bougainville de Diderot.
  • Les faits de langue : dans un discours, on trouve :
  • des marques de l’implication de l’orateur : marques de présence, de jugement, vocabulaire appréciatif (termes péjoratifs, mais aussi emphatiques), expressions comme « à vrai dire », « en vérité », « je pense… » qui marquent la subjectivité ;
  • des marques de l’implication des auditeurs (apostrophes, 2e personne du pluriel…) ;
  • des périphrases qui permettent de mettre en valeur certaines qualités ou certains travers ;
  • des procédés rhétoriques d’amplification : constructions en parallélisme, questions rhétoriques, gradations…

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>L’humanisme : voir mémento des notions.

Corrigé

Voici un court extrait d’un discours possible. Les Tupinambas sont réunis, quelques années après le départ de Jean de Léry, sur la place du village de Yabouraci où les Européens ont érigé une modeste église catholique. Le sorcier vient célébrer, en présence de la tribu, le triste anniversaire d’un massacre d’indigènes par les Européens. Il s’agit de la fin du discours.

[…] Qu’il est loin, ce jour « béni », comme disent les Européens, où nous entourions de nos rires notre Léry-oussou, où nous nous déguisions de son étrange costume ! Nous étions encore dans l’insouciance et on ne nous avait pas encore instillé le venin de la civilisation. Oh oui, bien sûr, vous vous en souvenez : ils nous ont comblé de cadeaux insolites, de ces colliers de verre et de ces miroirs où nos femmes s’admiraient ainsi parées… Nous les croyions envoyés du ciel par nos divinités ancestrales… Lui, il avait le cœur bon, lui il nous considérait vraiment comme ses « frères », comme ils disent tous, lui il nous comprenait. Je me souviens comme il était curieux de nos coutumes, comme il écoutait nos vieillards, le soir, autour du feu, lui expliquer nos douces mœurs, et comme il était heureux à l’idée de pouvoir raconter tout cela à ses proches à son retour dans le lointain pays Mair ! Et vous riiez ! Il nous a aidés à consolider nos huttes, il nous a fabriqué avec les peaux de nos bêtes des protections pour nos pieds abîmés et usés par le travail – et il chantait nos chansons en les cousant. Il a appris à nos enfants à tisser des vêtements pour nous protéger du soleil et il accomplissait nos rites sous la pleine lune… Mais lui, il n’était pas comme eux, les vendeurs de draps rouges, eux les voleurs de bois, ces vautours Peros, ils n’étaient pas comme lui : nos avons été trompés, pillés, persécutés. Est-ce ainsi que l’on rend à ses frères l’hospitalité et les soins qu’ils vous ont prodigués ? Lui, il n’aurait pas agi ainsi ! Oh, pourquoi s’en est-il allé au pays Mair pour ne jamais revenir ? Il les aurait ramenés à la raison et à l’humanité ! Se peut-il qu’en si peu de temps, nous soyons passés de la paix et la concorde à la peur et à la désolation ? Nos bois pillés, nos femmes enlevées et les victimes de ce terrible massacre – au nom de leur Dieu, qu’ils disent miséricordieux – que nous venons honorer et pleurer ici aujourd’hui… Pleurez, malheureux Tupinambas ! pleurez le départ de notre Léry-oussou, seule âme amie capable de nous comprendre et de nous aimer, mais pleurez aussi la perte de notre bonheur et le souvenir de nos enfants sacrifiés ! Si tu entends, Léry-oussou, dis à tes Mairs et à tes Peros que cette terre mère ne leur appartient pas, que nos mœurs sont plus sages et plus douces que les leurs, qu’il n’est pas d’être en ce monde que son pareil puisse traiter comme un chien, que nous défendrons nos enfants en souvenir de ceux qui sont tombés au nom d’une religion qui tue pour mieux enchaîner. Que nos enfants morts, Ama, Ozalee, Ehawee, Hataya et leurs frères reposent en paix ! Esprit de Léry-oussou, reviens parmi nous !