Un homme se définit-il par sa culture ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Autrui
Type : Dissertation | Année : 2014 | Académie : Antilles, Guyane
Corpus Corpus 1
Un homme se définit-il par sa culture ?

Autrui

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Le sujet

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Antilles, Guyane • Septembre 2014

dissertation • Série L

Les clés du sujet

Définir les termes du sujet

Définir

La définition énonce l’essence ou la nature d’une chose en laissant de côté ses accidents, c’est-à-dire ses propriétés secondaires ou contingentes. On distingue la définition nominale, purement conventionnelle, de la définition réelle, qui fait voir la possibilité de ce dont elle parle et la dévoile dans sa vérité. C’est cette dernière qui est ici en jeu. La culture d’un homme constitue-t-elle son être ?

Culture

Ce terme a deux significations. Il est d’abord synonyme de tradition.

  • Nous naissons dans un contexte dont nous intériorisons les normes et nous acquérons ainsi une identité sociale. Chaque individu devient le membre d’un ensemble qui lui donne un statut.
  • En un autre sens, la culture est ce que l’individu acquiert par ses propres forces dans le but d’étendre ses connaissances et d’améliorer son jugement. Cette démarche suppose une éducation dont le but est de faire de l’éduqué une personne accomplie.

Homme

Le sens de ce mot est plus difficile qu’il n’y paraît. S’agit-il du membre d’une société particulière ou de l’individu considéré comme faisant partie du genre humain ?

Dégager la problématique et construire un plan

La problématique

  • Elle apparaît à partir du moment où on sait que le mot culture renvoie à deux sens opposés. La culture est l’ensemble des pensées et des conduites particulières que nos proches nous ont légué. C’est un héritage. Mais se cultiver, c’est s’ouvrir à des pensées différentes de celles que nous formions habituellement, c’est sortir du cercle de nos représentations traditionnelles et aller vers des déterminations universelles. Dès lors, que signifie l’adjectif possessif « sa » quand on l’accole au mot culture ?
  • De même, quelle est l’extension à donner au mot « homme » ? Parle-t-on du membre d’un corps politique ou social ou de ce qui fait notre humanité ? Ces questions permettent de définir la problématique. L’étude des deux sens du mot culture conduira à réfléchir à leurs relations. Comment articuler deux dimensions qui s’opposent ? Faut-il en choisir une contre l’autre ? Peut-on les unifier ?

Le plan

Dans un premier temps, on montre que la culture est ce qui nous socialise et donc nous enracine dans une particularité nationale. Dans un second temps, on souligne l’existence d’une opposition entre l’enfermement et l’ouverture. La dernière partie expose comment l’humanité de chaque homme se joue dans cette relation dont il faut conserver les deux pôles.

Éviter les erreurs

Il ne faut pas ignorer les deux sens du mot culture, sans quoi il n’est pas possible de poser un problème. Le propos devient unilatéral.

Corrigé
Corrigé

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Conseil

Montrez la complexité des termes pour problématiser le sujet.

Aucune société humaine n’est naturelle. La culture organise notre existence en la structurant par des coutumes et des lois qui n’ont pas d’équivalent dans le monde animal. Nous naissons tous dans un contexte particulier qui nous socialise en nous inculquant sa langue et ses codes de conduite. C’est ainsi que nous nous formons. Il semble donc qu’un homme se définisse nécessairement par sa culture. Ce terme a cependant un autre sens, lié au fait de se cultiver. On désigne par là un processus par lequel nous acquérons des connaissances sur des sujets variés et formons ainsi notre jugement. Celui qui voyage s’ouvre aussi à la diversité et réalise ce qu’il y a d’universel entre les hommes.

Dès lors, que signifient les termes du sujet ? S’il n’est pas possible qu’un homme se définisse par la culture d’un autre, devons-nous penser que « sa culture » soit forcément son héritage ? « Homme » est-il un statut social ou une valeur morale ?

1. La culture comme socialisation

A. Intégrer le nouveau-né

Conseil

L’usage des références doit être précis.

Dans la Chronique des Indiens Guayaki, Pierre Clastres décrit un accouchement dans la jungle. Le soin qui entoure le nouveau-né, les gestes pratiqués, les paroles prononcées, montrent clairement que les Indiens perçoivent la portée spirituelle de cet événement. Il faut accueillir le nourrisson dans le monde humain. Plus tard, le même individu doit franchir des épreuves et son corps porte les marques de cette initiation. Ces traces manifestent la puissance du groupe et ont pour fonction de rappeler à la personne qu’elle tient son statut de l’appartenance à une collectivité. Les sociétés contemporaines ne marquent pas leurs membres mais chacun reçoit les manières de faire et de penser de son entourage immédiat. Nous apprenons une langue particulière et notre milieu nous inculque sa façon de voir le monde. La culture est en ce sens un ensemble de « faits sociaux », comme le dit Durkheim. Ce sont des représentations collectives, à mi-chemin entre les phénomènes physiologiques et psychiques. Elles prennent aux premiers leur caractère nécessaire et aux seconds leur dimension spirituelle. L’individu les assimile inconsciemment dès son plus jeune âge.

B. Transmettre pour conserver

Info

La fin du paragraphe justifie le passage à une autre partie.

Ainsi s’acquiert notre premier sentiment d’identité. Ce n’est pas un hasard. Cultiver vient du verbe latin colere qui signifie « prendre soin de ». Il est normal que les plus anciens intègrent les plus jeunes en les dirigeant. Ils les forment afin qu’ils reproduisent le lien social. La culture implique ainsi les notions de conservation et de transmission. Cela dit, une difficulté se pose.

La socialisation implique que nous recevions les pensées des plus âgés comme autant d’évidences. Nous les imitons pour appartenir à un groupe hors duquel nous n’avons pas de repères, mais les idées que nous reprenons sont finalement des préjugés car, même si elles sont justes, nous ne les avons pas pensées par nous-mêmes. Il y a de plus le risque que la vision du monde diffusée par notre culture d’origine nous ferme aux autres approches. Il faut donc être conscient que cette première étape ne suffit pas à définir une existence humaine accomplie.

2. Enfermement et ouverture

A. L’enfermement dans sa particularité culturelle

L’appartenance culturelle est indispensable au développement de soi mais notre culture devient un facteur d’enfermement. Les différences entre les coutumes conduisent parfois les hommes à se mépriser, à s’affronter. Les ethnologues ont relevé que ce trait est présent dès l’origine. Dans Race et Histoire, Lévi-Strauss note que les tribus indiennes se traitent mutuellement de « singes de terre » ou « d’œufs de pou », ce qui revient à dénier le statut d’être humain et à se projeter dans la nature. Ce réflexe s’est retrouvé à une autre échelle, lorsque les Européens hiérarchisèrent les groupes humains en « sauvages », « barbares » et « civilisés ». Il y a donc une façon violente de définir son identité culturelle. Le préjugé ethnocentrique est solidement enraciné dans tous les groupes humains. Il doit être combattu par une éducation qui fasse reconnaître à l’esprit la nécessité d’admettre la diversité du phénomène humain au lieu de la considérer comme un accident malheureux.

B. L’ouverture aux autres

Conseil

Articulez les deux notions qui s’opposent.

C’est en ce point que l’acte de se cultiver peut consister à s’affranchir de sa culture d’origine. Une personne fournit un effort pour acquérir des savoirs variés qui produisent une ouverture de son esprit. Montaigne, dans ses Essais, montre un goût très vif pour les récits des voyageurs et des historiens. La lecture des textes anciens ou contemporains permet de se libérer du préjugé qui nous pousse à croire que notre culture est la seule valable et qu’elle doit être la norme pour juger les autres. Nous prenons spontanément pour naturel ce à quoi nous sommes accoutumés. Se cultiver consiste alors à dépasser l’étroitesse de ce point de vue et à se rendre capable de comprendre que chaque société a élaboré des règles de fonctionnement. Les connaissances contribuent ainsi à une formation du jugement et à un examen de nos préjugés. L’esprit cultivé est apte à saisir le sens des différences et des ressemblances entre les sociétés. Son ouverture lui permet de découvrir l’unité de l’humaine condition.

Cette démarche a donc une portée universelle et une valeurhumaniste. Il ne s’agit pas de tous se ressembler, car aucune culture n’a le droit d’imposer ses traits spécifiques, mais de communiquer, d’échanger. Se cultiver, c’est simultanément défendre sa particularité et l’ouvrir sur celle des autres dont elle a aussi à apprendre.

3. La culture entre enracinement et ouverture à l’universel

A. L’humanité de l’homme

Le désir de connaître par nous-mêmes, en nous instruisant, permet de développer nos qualités d’esprit et de nous modifier. La sensibilité éduquée sera plus apte à percevoir les finesses d’une œuvre quand la personne fruste en restera à une approche sans nuance. Sur des sujets moraux ou de société, une approche réfléchie, sensible à la diversité des opinions et des principes, évitera des jugements hâtifs. La définition classique de la culture la justifie en disant qu’elle contribue à former l’humanité présente en chaque homme. La notion de culture est liée à l’idéal d’un homme éclairé, sociable, affable et honnête. Nous retrouvons ainsi l’autre dimension du verbe « cultiver ». Il s’agit d’éduquer en prenant soin des potentialités de chacun pour qu’il développe des qualités morales et intellectuelles et s’affirme comme une personne. Nous prenons du recul par rapport à nos particularités culturelles pour favoriser le dialogue entre les hommes.

B. Une tension entre le particulier et l’universel

Info

On donne maintenant la position que l’on juge la plus précise.

Se cultiver signifie donc sortir de soi pour revenir à soi en se considérant différemment. Dès lors qu’est-ce que la culture d’un homme ? On ne doit pas sacrifier une des dimensions à l’autre. Nous sommes, quoi que nous pensions, marqués par notre appartenance d’origine. Mais si rejeter sa culture d’origine est un geste abstrait, la vénérer en méprisant celle des autres est barbare. Se cultiver est justement un processus qui doit nous empêcher d’éviter ces écueils et cette ouverture définit aussi notre culture. Ce que nous avons acquis par notre effort est bien nôtre. Nous voyons ainsi que la situation est complexe. Il est envisageable qu’un individu puisse être traversé par un conflit entre sa tradition et ce qu’il découvre au contact d’autres pensées, tout comme l’appartenance à une double culture peut être d’emblée vécue comme une chance. Le sujet est délicat car il concerne la définition de notre humanité.

Conclusion

Ce sujet montre l’existence de deux sens du mot culture et la possibilité d’une opposition entre eux. Un homme se définit partiellement par sa culture, si on conçoit celle-ci comme une réalité qui le limite à n’être que le membre d’une histoire nationale ou d’une tradition. La définition achevée de notre humanité implique le désir de se cultiver pour nouer des liens avec d’autres sociétés.

En ce sens, un homme se définit par sa culture, c’est-à-dire sa curiosité d’esprit, l’étendue de ses connaissances et la force de son jugement.