Un metteur en scène désapprouve la conception trop directive des interventions de Ionesco dans la mise en scène des Chaises...

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2013 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Un divertissement complet
 
 

Un divertissement complet • Invention

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Le Théâtre

16

CORRIGE

 

Polynésie française • Septembre 2013

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Écriture d’invention

> Un metteur en scène désapprouve la conception trop directive des interventions de Ionesco dans la mise en scène des Chaises (textes C et D). Dans une lettre adressée à un collègue fidèle aux indications de Ionesco (texte D), il défend sa propre conception de la mise en scène et sa liberté par rapport aux auteurs. Il s’appuie sur des exemples précis d’autres représentations. Rédigez cette lettre.

Comprendre le sujet

Une analyse précise de la consigne permet d’en dégager les contraintes.

  • Sujet/thème du texte : « la mise en scène des Chaises » et, plus généralement, des pièces où les auteurs multiplient les directives (didascalies notamment) ;
  • Perspective sur le thème : « conception […] directive… » ou « liberté » d’interprétation.
  • Genre : « lettre ». Il faut en respecter les caractéristiques : formule d’adresse, implication de l’auteur et du destinataire (la 1re et 2e personnes).
  • Type de texte : « désapprouve », « défend sa conception » indiquent que le texte est argumentatif.
  • Situation d’énonciation : qui ? « un metteur en scène » ; à qui ? « un collègue », c’est-à-dire un metteur en scène.
  • Niveau de langue : correct ou soutenu.
  • Le registre : « Il défend » suggère un ton enthousiaste, voire polémique.
  • « Définition » du texte à produire.
 

Lettre (genre), qui argumente sur (type de texte) la marge de liberté à laisser à la troupe par un auteur (thème), ? (registre), pour défendre sa part dans la création théâtrale (buts du locuteur).

Chercher des idées

  • La problématique est : Faut-il ou non suivre les directives de l’auteur d’une pièce ? Deux thèses s’opposent :
  • celle du collègue : l’auteur de théâtre a le droit d’imposer aux acteurs leur interprétation, c’est lui le vrai créateur de la pièce. C’est la thèse de Ionesco (document D) : elle n’est pas à soutenir dans votre devoir, mais le metteur en scène doit y faire référence pour la réfuter.
  • celle du metteur en scène : Les metteurs en scène doivent être libres d’interpréter une pièce, ils ont leur part dans la création d’une pièce ».
  • Il s’agit en fait d’une sorte de dissertation déguisée… en lettre.
  • Il faut chercher des arguments et des exemples (voir la dissertation).
  • Les arguments
  • La pièce n’appartient plus à l’écrivain après qu’il l’a écrite.
  • Il faut adapter la pièce au contexte, à la sensibilité du public.
  • On a le droit de moderniser une pièce, sans quoi elle tombe dans l’oubli.
  • Le choix des exemples : Puisez-les dans la scène des Chaises, le document D mais aussi dans des pièces que vous avez lues et vues.

> Pour réussir l’écriture d’invention : voir lexique méthodologique.

> Le théâtre : voir lexique des notions.

Corrigé

Le corrigé n’est pas entièrement rédigé. Des indications en rouge entre crochets suggèrent comment le développer. Un devoir trop court est pénalisé.

Cher confrère,

Je viens d’assister à votre mise en scène des Chaises de Ionesco. Je n’ai pu en discuter avec vous de vive voix [donner une raison]. Je vous écris donc pour vous donner mon sentiment. Par respect pour notre amitié, je serai franc : je n’ai pas apprécié votre travail. Pour moi, « mettre en scène » exige une véritable réflexion, une interprétation. Or, vous vous êtes borné à suivre les indications maniaques de Ionesco. Une pièce de théâtre est comme une partition. C’est le metteur en scène, ce sont les interprètes qui la rendent vivante, lui donnent son souffle, son rythme, son atmosphère. Nous sommes des êtres de chair, pas des haut-parleurs désincarnés. Je refuse de « m’annuler », de me « laisser modeler par la pièce », comme dit Ionesco !

Je sais bien qu’il défend ses didascalies [utiliser le document D]. Je conçois que ses « chaises » aient une portée hautement symbolique. J’ai consulté le schéma scénographique qu’il a dessiné pour noter les 35 chaises à disposer et j’ai constaté que vous aviez scrupuleusement respecté ce nombre. Qu’il y ait des chaises, soit, mais qu’importe combien… Sans compter que le respect rigoureux des didascalies vous a posé un gros problème pratique : les chaises empêchaient vos acteurs d’évoluer à leur aise [exemples de ce qui s’est produit sur scène]. En suivant à la lettre les indications de Ionesco, vous avez commis une erreur parce que vous ne disposiez pas du même type d’espace que lui quand il a créé la pièce.

Pour moi, adapter est le mot-clé ! La mise en scène ne doit pas être servile. L’auteur, avec son texte, a indiqué une « façon de faire » mais c’est à chaque mise en scène de recréer chaque soir la pièce. Une fois écrite, elle n’appartient plus à son auteur. Ainsi je voudrais qu’on puisse dire : « J’ai vu Les Chaises de Luc Robin en 2013 » [développer sur le thème : une création marquée de son empreinte par le metteur en scène]. Racine, lui, a eu la sagesse de n’écrire pratiquement aucune directive pour ses interprètes. Cela a permis de multiplier les Phèdre, au gré du metteur en scène ou de l’interprète et des sensibilités [exemples de différentesPhèdre]. Aujourd’hui, vous le savez comme moi, nous sommes confrontés à des auteurs tatillons qui veulent tout contrôler. Ainsi j’ai vu une vidéo où Samuel Beckett supervisait, à Berlin, les répétitions d’un de ses ouvrages : le passage du texte écrit au texte joué devenait un rituel étouffant [évoquer l’absence de liberté des comédiens].

Bien sûr, je ne défends pas les inventions absurdes de metteurs en scène ou d’acteurs qui opèrent de graves déformations et tombent dans le contresens [donner des exemples de mises en scène qui trahissent un texte]. Ma conviction est que le metteur en scène doit faire la synthèse entre deux exigences : le respect de l’œuvre et sa recréation vivante sur le plateau. L’équilibre est difficile à trouver mais là est la beauté de notre métier !

J’espère, cher confrère, que vous prendrez ma lettre comme un appel sincère à dialoguer sur ce qui nous passionne tous deux : l’art de la mise en scène. Venez donc à ma première du Misanthrope et passez me voir après la représentation. Vous me direz avec la même franchise que moi ce que vous en aurez pensé.

Bien cordialement,

Luc Robin