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Un personnage de roman se définit-il par rapport à des lieux ?

LE ROMAN

Les lieux, miroirs des sentiments… • Dissertation

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7

Afrique • Juin 2017

Le personnage de roman • 14 points

Les lieux, miroirs des sentiments des personnages

Un personnage de roman se définit-il nécessairement par rapport à des lieux ?

Vous appuierez votre développement sur les textes du corpus, les textes étudiés en classe et vos connaissances personnelles et littéraires.

Se reporter aux textes du corpus.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Le présupposé est : Les personnages de roman se définissent par rapport à des lieux.

Définir signifie « donner une identité à », « caractériser », « révéler », « éclairer ». Le sujet est donc axé sur la construction/création du « personnage de roman » (et non sur le rôle des descriptions de lieux dans le roman).

Reformulez la problématique générale : Comment se construit un personnage de roman ? Qu'est-ce qui révèle un personnage de roman ?

Nécessairement suggère qu'un personnage de roman peut se « définir » par les lieux mais qu'il peut aussi se définir par autre chose. Dépassez le présupposé et cherchez par quels autres éléments le romancier peut caractériser son (ses) personnage(s).

La consigne invite à la discussion.

Chercher des idées

Interrogez-vous sur les éléments d'un roman qui éclairent le personnage : les portraits, les (autres) personnages, l'action, les paroles/dialogues…

Subdivisez la problématique en sous-questions.

En quoi les lieux peuvent-ils définir un personnage de roman ?

Que révèlent-ils de lui et par quels moyens ?

Quels autres éléments d'un roman peuvent aussi définir le personnage ?

De quels autres moyens le romancier dispose-t-il pour construire son personnage ? Par rapport à quoi se construit un personnage ?

Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Le personnage de roman est un être fictif né de l'imagination d'un auteur qui le fait exister grâce à différents éléments, tels les lieux dans lesquels il évolue. [Problématique] Quelle est alors l'importance des lieux par rapport au personnage romanesque ? [Annonce du plan] Certes lieux et décors les éclairent et les révèlent [I]. Mais sont-ils indispensables ? D'autres éléments constitutifs de l'œuvre n'interviennent-ils pas dans la construction du personnage ? Celui-ci ne tire-t-il pas aussi son épaisseur de ses relations avec son auteur et, finalement, avec le lecteur [II] ?

I. Le rôle des lieux dans la construction du personnage de roman

1. L'évolution des descriptions de lieux dans le roman

Avant le xixe siècle, les descriptions de lieux dans le roman se bornent à des informations générales, sans descriptions de paysages. Ainsi, dans La Princesse de Clèves, au xviie siècle, Mme de Lafayette ne décrit pas précisément la cour. C'est au xixe siècle, avec le roman réaliste et naturaliste, que les descriptions deviennent très détaillées et occupent parfois plusieurs pages.

Les descriptions multiplient les précisions et les gros plans sur des détails. Ainsi, Hugo décrit « les vitraux », les « chapiteaux saxons », le « carillon de l'aiguille de la croisée » ; Tournier mentionne « un alvéole profond de cinq pieds », et Romain Gary « un pot de chambre, des sardines, des bougies ».

Les descriptions peuvent aussi être émaillées de noms propres qui désignent des lieux très précis : Gervaise, dans L'Assommoir (Zola), balaie du regard « le boulevard de la Chapelle », puis « l'hôpital de Lariboisière »… Chez Balzac, la première page du Père Goriot permet au lecteur de se diriger précisément dans le quartier de la pension Vauquer, à Paris.

Enfin, les descriptions comportent des mots très techniques, surtout dans les romans naturalistes. Zola, lorsqu'il décrit la mine dans Germinal, parle de « coron, rivelaine, taille, berlines… » ; dans La Bête humaine, il multiplie les termes relatifs au chemin de fer.

2. La description des lieux crée l'illusion romanesque

La description des lieux permet au lecteur d'imaginer le cadre et ainsi de se représenter l'action (les romans réalistes et naturalistes sont aisément adaptables au cinéma).

Comme au théâtre, elle transmet au personnage fictif réalité et épaisseur. C'est une toile de fond qui, par un effet de profondeur de champ, donne du relief au personnage.

Elle confère aussi une apparence de vie individuelle à des « types » qui pourraient paraître trop symboliques. Ainsi, le Père Goriot représente le type du père dévoué, mais la description de son cadre de vie fait de lui un être incarné et unique.

3. Les lieux éclairent la psychologie du personnage

La description du cadre peut remplacer une analyse psychologique : les lieux donnent alors au lecteur des clés pour pénétrer les émotions, les sensations, les sentiments et la personnalité des personnages.

Le lieu, par exemple l'intérieur d'une maison, éclaire le personnage et son histoire, il le reflète. Chez Balzac, la description de la pension Vauquer – sordide et mesquine – au début du Père Goriot « explique » Mme Vauquer. Chez Flaubert, le mal de vivre et l'âme de l'héroïne de Madame Bovary s'inscrivent dans les objets du décor ; dans L'Éducation sentimentale, le désordre de sa chambre en dit long sur Frédéric… Une analogie s'établit entre l'individu et le décor, qui prend une fonction métonymique et métaphorique.

Pour les naturalistes, il y a interaction entre le cadre et le personnage. Celui-ci est indissociable de son milieu, qui le complète et explique ce qui se passe dans « son cerveau et dans son cœur » (Zola).

Parfois même, la description des lieux permet à l'auteur de glisser des informations qui permettent d'anticiper le devenir du personnage. Ainsi, la montée du soleil et la germination des feuilles au dernier chapitre de Germinal (Zola) sont porteuses d'espoir pour Étienne.

Dans certains cas, en focalisation interne, la description donne la vision personnelle du personnage sur le monde qui l'entoure. Le lecteur en apprend alors autant sur celui qui regarde que sur ce qui est décrit. Ainsi, le regard amoureux de Quasimodo sur Notre-Dame-de-Paris révèle sa conception du bonheur, tandis que son regard sur le « monde des hommes » dévoile sa sensibilité, sa détresse, son inadaptation à une société qui le hait.

[Transition] Cependant, si les lieux participent à la construction du personnage de roman, celui-ci se définit aussi par de nombreux autres éléments.

II. D'autres éléments construisent le personnage

1. La « fiche d'identité » et les portraits

Le créateur dote son personnage de caractéristiques qui le définissent « directement », comme une « fiche d'identité » : nom, milieu, pays, origine sociale, fonction dans un groupe particulier. Quasimodo est ainsi le surnom donné au bossu par Frollo, qui le découvre après qu'il a été abandonné par ses parents.

Le personnage se construit aussi au fil des portraits qu'en peint son créateur. Le portrait physique peut être statique (« arrêt sur image » sur le personnage) ou en action (le personnage, vu de l'extérieur, est décrit en mouvement). Le portrait moral (personnalité) est une analyse psychologique qui donne l'impression de connaître le personnage en profondeur et permet d'anticiper sa conduite future. La façon de parler du personnage renseigne sur son niveau social et culturel, son origine géographique, son âge (ex. : Momo, Madame Rosa), sa personnalité, ce qui constitue un portrait en paroles.

2. Les rapports avec les autres personnages

Par leur complémentarité (Rieux et Tarrou dans La Peste, de Camus) ou leur contraste (Quasimodo et « les hommes », Don Quichotte et Sancho Pança chez Cervantès), les personnages s'éclairent les uns les autres.

Les relations entre les personnages éclairent le héros de roman. Certains servent de repoussoir à d'autres en les mettant en valeur (chez Hugo, Javert par rapport à Jean Valjean dans Les Misérables). D'autres sont les initiateurs du personnage, qu'ils guident et révèlent à lui-même (et au lecteur) [Vautrin par rapport à Rastignac dans Le Père Goriot, de Balzac]. D'autres encore sont les victimes d'un personnage dont ils révèlent la puissance, l'ascendant ou la cruauté (Cosette, souffre-douleur des Thénardier dans Les Misérables)…

Le regard des autres personnages définit aussi les différentes facettes du héros de roman, à travers leurs pensées ou des dialogues : le regard de Momo sur Madame Rosa, la discussion des mineurs sur Étienne dans Germinal.

3. Les rapports avec le narrateur, l'auteur, le lecteur

L'image que le lecteur se construit du personnage passe par les relations du héros avec le narrateur, qui intervient et marque son jugement. Il peut intervenir directement, par des commentaires sur le personnage, ou indirectement, à travers des indices de subjectivité (vocabulaire valorisant ou dévalorisant, sous-entendus) comme, dans Le Rouge et le Noir, le regard gentiment ironique du narrateur-auteur Stendhal sur son personnage Julien Sorel.

Le personnage se construit enfin par rapport à son créateur, auquel il est inévitablement lié et par lequel il est influencé.

Le personnage peut être le reflet de l'auteur et se nourrir des préoccupations et des aspirations de celui-ci. La rencontre de Frédéric Moreau et de Mme Arnoux dans L'Éducation sentimentale est une transposition romancée de celle de Flaubert et de Mme Schlesinger.

Dans le roman autobiographique, le personnage est le double de l'auteur auquel il emprunte de nombreux traits, comme Jacques Vingtras dans L'Enfant, qui est l'image de Jules Vallès.

Le personnage peut exprimer les idées de son créateur. Il est alors un porte-parole, comme Jean Valjean dans Les Misérables ou Étienne, porteur des idées socialistes de Zola dans Germinal. À l'inverse, il peut incarner une attitude contraire à l'idéal de l'auteur. Il sert alors de repoussoir, tel Paneloux, le prêtre de La Peste, qui perçoit l'épidémie comme un châtiment divin, alors que Camus, écrivain athée, considère qu'elle révèle l'absurdité de la vie.

Enfin, le lecteur fait prospérer le personnage dans son imagination. Chacun remplit les espaces de liberté laissés par le romancier et se construit son image personnelle du héros de roman. C'est cette marge de liberté qui explique pourquoi l'adaptation d'un roman à l'écran déçoit souvent le lecteur : « Le visage d'Emma Bovary est indéfini et multiple […] : sur l'écran je vois un visage déterminé » (Simone de Beauvoir).

Conclusion

Certes, les lieux participent de multiples façons à l'élaboration du personnage de roman. Cependant, celui-ci tire sa substance de nombreuses autres sources qui, conjointement, lui donnent présence et vie : les portraits, ses actions, les autres personnages qui l'éclairent, ses rapports avec son créateur ou avec le lecteur… [Ouverture] Curieusement, cependant, l'importance des lieux est telle qu'ils deviennent eux-mêmes des personnages à part entière, comme le puits de mine du Voreux dans Germinal (Zola), qui interagit avec les autres personnages et participe activement à l'action.

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