Annale corrigée Contraction de texte et essai

Un peuple du désert inspirant

Sujet d’écrit • Contraction – Essai

Un peuple du désert inspirant

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Ce sujet vous invite à réfléchir à ce qu’apporte la confrontation à une manière de vivre austère, radicalement différente de celle que nous connaissons dans nos contrées occidentales.

 

1. Contraction • Vous résumerez ce texte en 191 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre travail comptera au moins 172 mots et au plus 210 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.

2. Essai • Dans quelle mesure peut-on réellement découvrir et comprendre un autre univers culturel que le sien ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Lettres d’une Péruvienne de Françoise de Graffigny, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du xvie au xviiie siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Document 

Le Clézio et sa femme Jemia, d’origine marocaine, partent au Sahara, sur les traces des Aroussiyine, les ancêtres de Jemia. Ils y rencontrent les « Gens des nuages », une tribu de nomades sahariens à la poursuite de la pluie.

Ces gens vivent de très peu. Quand on vient, comme nous, d’un pays de nantis1 où l’eau est abondante, où ne manquent ni les fruits ni les légumes, où les enfants sont habillés de neuf, ont des cahiers de classe, des crayons à bille de toutes les couleurs, des jouets, des postes de télé. Quand on vient d’un pays où il y a un médecin pour cinq cents habitants, des vaccins, des hôpitaux, où plus aucun enfant ne meurt de la coqueluche, du faux croup2, de la rougeole. Un pays où l’avenir brille comme l’eau neuve des robinets chromés. Où ni la faim ni la dysenterie3 ne gonflent les ventres, ne dessèchent les cheveux. Cela donne à penser.

Le Sahara, ce n’est pas seulement la beauté des crépuscules, l’ondu­la­tion sensuelle des dunes, les caravanes des mirages. C’est aussi un pays dont le niveau de vie est l’un des plus bas du monde, où la mortalité infantile est la plus élevée (trente-cinq pour cent, contre moins d’un pour mille dans les pays industrialisés). Où l’eau des puits est amère ; où l’on se délecte de l’eau, plus douce, de la pluie.

Vivre au désert, ce n’est pas seulement devenir semblable à un monde dur, hostile, impitoyable. Cela, c’est la légende de l’homme bleu4, guerrier indomptable, capable de survivre sur une terre où la chaleur dépasse cinquante degrés, où le taux d’hygrométrie5 est voisin de celui de la Lune. Capable de reconnaître son chemin sans repères, en regardant le ciel et les étoiles, capable de distinguer un caillou à des distances vertigineuses. Un homme courageux, généreux et cruel comme le monde qu’il habite.

Vivre au désert, c’est aussi être sobre, apprendre à supporter la brûlure du soleil, à porter sa soif tout un jour, à survivre sans se plaindre aux fièvres et aux dysenteries, apprendre à attendre, à manger après les autres, quand il ne reste plus sur l’os du mouton qu’un tendon et un bout de peau. Apprendre à vaincre sa peur, sa douleur, son égoïsme. C’est découvrir un jour, au hasard d’une excursion à Smara6, à Laayoune6 ou à Agadir7, qu’on est différent, comme d’une autre espèce.

Mais c’est aussi apprendre la vie dans un des endroits les plus beaux et les plus intenses du monde, vaste comme la mer ou comme la banquise.

[…]

Les Gens des nuages ont pris du progrès ce qui leur convenait. Pour le reste, ils ont choisi de continuer à vivre selon leurs traditions, guidés par un sentiment religieux – c’est-à-dire par le respect scrupuleux des règles imposées par le lieu où ils vivent, et par la foi en leur ancêtre Sidi Ahmed el Aroussi.

Ce qui caractérise la vie des nomades, ce n’est pas la dureté ni le dénuement, mais l’harmonie.

C’est leur connaissance et leur maîtrise de la terre qui les porte, c’est-à-dire l’estimation exacte de leurs propres limites.

Pour nous dont la connaissance est bornée par le conformisme, ce simple savoir est difficilement accessible et compréhensible.

Nous vivons dans un univers rétréci par les conventions sociales, les frontières, l’obsession de la propriété, la faim des jouissances, le refus de la souffrance et de la mort ; un monde où il est impossible de voyager sans cartes, sans papiers, sans argent, un monde où l’on n’échappe pas aux idées reçues ni au pouvoir des images. Eux sont tels que les a rencontrés Sidi Ahmed el Aroussi, quand il est arrivé au désert, sans aucun des droits ni aucun des devoirs de la société urbaine.

Ils sont les derniers nomades de la Terre, toujours prêts à lever le camp pour aller plus loin, ailleurs, là où tombe la pluie, là où les appelle une nécessité millénaire et impérieuse8. Ils sont liés au vent, au ciel, à la sécheresse. Leur temps est plus vrai, plus réel, il se calcule sur le mouvement des astres et les phases de la Lune, non suivant des plans établis à l’avance. Leur espace n’a pas de limites, il loge dans leurs yeux, dans leur volonté d’aller au gré de leurs routes. Leur regard a développé une acuité qui leur permet de discerner le moindre changement des pierres ou du sable, et de découvrir de la diversité et de la beauté là où les autres hommes ne ressentiraient que de l’ennui ou de la crainte.

Sans doute n’avons-nous compris qu’une part infime de ce que sont les Gens des nuages et n’avons-nous rien pu leur donner en échange. Mais d’eux, nous avons reçu un bien précieux, l’exemple d’hommes et de femmes qui vivent – pour combien de temps encore ? – leur liberté jusqu’à la perfection.

Jean-Marie-Gustave Le Clézio, Jemia Le Clézio, Gens des nuages, © Éditions Stock, 1997.

1. Nantis : riches.

2. Faux croup : infection virale des voies respiratoires.

3. Dysenterie : maladie infectieuse intestinale qui peut être grave.

4. Homme bleu : périphrase qui désigne ici les Gens des nuages, vêtus de bleu.

5. Hygrométrie : humidité dans l’air.

6. Smara, Laayoune : villes du Sahara.

7. Agadir : ville marocaine, située sur la côte atlantique.

8. Impérieuse : à laquelle on ne peut résister.

 

Les clés du sujet

Observer le texte à contracter

Énonciation

Texte à la 1re personne.

Thèse

La découverte d’une tribu du désert, dont les valeurs sont radicalement différentes de notre monde, est instructive.

Composition

1. Les Gens des nuages vivent dans une grande précarité (l. 1-16, §1-2).

2. Magnifique, le Sahara est un milieu particulièrement éprouvant pour l’être humain qu’il façonne (l. 17-32, §3-4).

3. Fidèle à ses traditions, ce peuple se distingue par son mode de vie beaucoup plus authentique que le nôtre, rythmé par le caprice des éléments ­naturels (l. 33-45, §5-8).

4. Leur liberté est inspirante (l. 46-71, §9-12).

Chercher des idées pour l’essai

1. La fascination exercée par un univers culturel différent

Montrez que l’on peut avoir un regard admiratif sur d’autres cultures.

En quoi des modes de vie différents des nôtres peuvent-ils être fascinants ?

2. Les limites de la compréhension de cet univers différent

Soulignez ce qui entrave la possibilité de comprendre totalement la culture d’autrui.

Montrez que les contrastes moraux ou sociaux sont parfois si forts qu’ils peuvent susciter de l’opposition.

3. L’expérience de l’altérité : un apprentissage

Comment la confrontation à autrui peut-elle enrichir notre regard sur le monde ?

En quoi la découverte d’autres cultures nous fait-elle réfléchir sur nous-mêmes ?

1. Contraction

La grande précarité matérielle et sanitaire dans laquelle vivent les nomades sahariens, qui manquent des ressources les plus élémentaires, ne peut que laisser songeurs de riches Occidentaux comme nous.

à noter

L’énonciation de la contraction doit reprendre l’énonciation du texte original. N’hésitez pas à vous mettre à la place de celui ou celle qui parle.

Grandiose et fantasmatique, le désert reste un lieu austère, peu propice à la vie humaine ; ce peuple s’y est pourtant [50] adapté, en s’en accommodant, au point de lui ressembler.

Le Sahara, véritable école de vie, forge des êtres capables d’endurer une existence frugale, éprouvante, qui pousse au dépassement de soi et à la connaissance de la nature.

Pieux et restés largement fidèles à leurs traditions, les « Gens des [100] nuages » s’en tiennent au mode de vie incarné par leur ancêtre Sidi Ahmed el Aroussi ; ils vivent donc en osmose avec ce lieu qu’ils ont apprivoisé.

Notre civilisation urbaine repose sur des normes, des conventions, des préoccupations qui nous coupent d’un rapport au monde sain et authentique tel [150] que le connaît encore cette tribu.

Rythmée par la recherche de la pluie, l’existence de ce peuple se déploie en harmonie avec l’espace hostile, infini et subtil qu’il arpente et qu’il sait déchiffrer dans les moindres détails.

Ce peuple mystérieux incarne une liberté très inspirante.

199 mots

2. Essai

Les titres des parties ne doivent pas figurer dans votre copie.

Introduction

La découverte d’un autre univers culturel est une expérience complexe. Elle nous confronte à la richesse de l’altérité, mais peut également souligner les limites de notre compréhension. Dans quelle mesure pouvons-nous réellement saisir un autre univers culturel que le nôtre ? Nous étudierons cette question en montrant tout d’abord l’attrait et la fascination que nous pouvons ressentir face à une culture différente de la nôtre ; puis nous verrons que la compréhension de cette altérité peut être limitée, mais que cette expérience est néanmoins toujours source d’enrichissement.

I. La fascination exercée par un univers culturel différent

Faire l’expérience de la découverte d’un univers culturel différent peut aiguiser notre admiration. Ainsi Jémia et J.M.G. Le Clézio dépeignent-ils avec émerveillement les paysages inhabituels du Sahara, auxquels les nomades ont su s’adapter malgré leur hostilité : « la beauté des crépuscules, l’ondulation sensuelle des dunes, les caravanes des mirages ». Au contact des nomades, les auteurs finissent par percevoir la beauté dans des détails ignorés jusque-là.

Cette fascination est décrite également dans les Lettres d’une Péruvienne de Graffigny. La protagoniste Zilia exprime son étonnement face à la culture européenne et admire l’ingéniosité des Français, comme en témoigne sa découverte de la longue-vue. À son arrivée en Europe, Zilia est également surprise de se découvrir dans un miroir.

Dans L’Usage du monde (1963), Nicolas Bouvier raconte son voyage à travers l’Asie. Son émerveillement face à l’altérité culturelle est palpable, notamment lorsqu’il visite le musée de Kaboul où est exposé un simple pullover « tricoté main », typique des pays occidentaux ! Cette découverte est vécue comme une véritable leçon de relativisme et de décentrement du regard : les choses qui nous paraissent familières peuvent être étonnantes pour d’autres peuples.

Dès le xvie siècle, dans son Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil, Jean de Léry décrivait déjà avec admiration les modes de vie du peuple Tupinamba : leur courage, leur forme physique, leur langage. Jean de Léry avait choisi de vivre à leurs côtés pour mieux les connaître, afin de transmettre un témoignage exact à ses contemporains.

pour aller + loin

La mode des récits de voyage se développe à la Renaissance, grâce notamment aux Grandes Découvertes et à l’exploration du « Nouveau Monde ». Nombreux sont les écrivains à vouloir transmettre leur ­expérience personnelle d’un voyage dans une contrée méconnue.

La rencontre avec l’altérité nous fascine et nous surprend parce qu’elle bouleverse nos repères et notre cadre habituel. Mais parfois, le changement de valeurs est tel qu’il est incompris.

II. Les limites de la compréhension de cet univers différent

La confrontation à d’autres univers culturels demeure souvent difficile. Le Clézio admet ses limites face à la compréhension de la culture des nomades du désert : « Sans doute n’avons-nous compris qu’une part infime de ce que sont les Gens des nuages et n’avons-nous rien pu leur donner en échange. » Graffigny montre que la compréhension de l’autre passe en grande partie par l’apprentissage de la langue : sans cette initiation, il s’avère impossible de saisir totalement un autre monde culturel et social.

Notre mode de vie influence notre manière de voir le monde. Les Gens des nuages vivent en harmonie totale avec leur environnement, en respectant la nature, dans un temps « plus vrai, plus réel, [qui] se calcule sur le mouvement des astres et les phases de la Lune ». En contraste, nos sociétés modernes sont marquées par l’exploitation à outrance de la nature. Nos cadres de compréhension du monde et nos différences de valeurs nous limitent dans la pleine compréhension de l’autre.

Les différences peuvent choquer la morale, comme c’est le cas pour Jean de Léry qui se heurte aux pratiques cannibales du peuple amérindien au sein duquel il vit. Dans ses Essais (1580), Montaigne donne cependant une leçon de relativisme : le cannibalisme est certes condamnable, mais les véritables « sauvages » et « barbares » ne sont-ils pas plutôt les Européens qui perpétuent des massacres dans des guerres de religion, et qui exterminent les peuples du « Nouveau Monde » en les colonisant ?

Notre propre civilisation ne peut-elle paraître tout aussi étrange à ceux qui la découvrent ? C’est ce que montre Denis Diderot dans un extrait du Supplément­ au Voyage de Bougainville (1796). Les Tahitiens repoussent les Européens, qui ne se sont pas comportés en accord avec leurs propres valeurs et mode de vie : « Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n’es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? ».

III. L’expérience de l’altérité : un apprentissage

Malgré ces difficultés et ces limites, la découverte de l’altérité culturelle offre des occasions d’apprentissage et d’enrichissement mutuel. Pour Jémia et J.M.G. Le Clézio, la liberté des Gens des nuages est une leçon de vie essentielle. Cette rencontre est une invitation à reconsidérer nos modes de vie qui font la part belle à une consommation de plus en plus effrénée.

La rencontre avec d’autres cultures permet donc d’éclairer la nôtre et d’enrichir notre réflexion personnelle. Dans les Lettres d’une Péruvienne, Zilia élargit sa compréhension du monde en la confrontant à la culture française. Elle acquiert ainsi une vision plus juste de son pays et en perçoit mieux ses défauts et ses qualités. Sa décision de rester en France, à la fin du roman, montre aussi qu’il est possible de s’épanouir au sein d’une autre culture.

Graffigny s’inspire pour cet exercice de décentrement du regard des Lettres persanes (1721) de Montesquieu où les Persans, Usbek et Rica, découvrent la société française avec un regard critique. Les excès de la monarchie absolue les indignent, de même que la corruption de la cour et la puissance démesurée de l’autorité du Pape.

pour aller + loin

Montesquieu utilise l’argumentation indirecte afin de critiquer de manière détournée les injustices et les imperfections de la société française, en passant par la fiction d’un regard étranger. Ce procédé lui permet d’échapper à la censure.

Dans un contexte plus contemporain, la confrontation avec d’autres cultures peut faire naître des dénonciations tout aussi véhémentes. Dans le Discours sur le colonialisme (1950), Aimé Césaire critique l’attitude des nations européennes vis-à-vis des peuples africains, le pillage des ressources et l’exploitation des populations locales. L’expérience de l’altérité se fait alors dans la violence et la déshumanisation.

Conclusion

Découvrir et comprendre un autre univers culturel que le nôtre est donc une expérience enrichissante, malgré les difficultés liées aux différences de valeurs et de perception du monde. La découverte d’une autre culture peut susciter un émerveillement, même si une compréhension totale du pays et de ses mœurs demeure souvent une illusion. Mais ces rencontres sont essentielles car elles nous permettent de questionner nos propres modes de vie et notre vision du monde, d’aiguiser notre esprit critique et d’éviter tout égoïsme ethnocentrique.

Pour lire la suite

Je m'abonne

Et j'accède à l'ensemble
des contenus du site

Commencez vos révisions !

  • Toutes les matières du programme
  • Les dernières annales corrigées et expliquées
  • Des fiches de cours et cours vidéo / audio
  • Des conseils et méthodes pour réussir ses examens
  • Pas de publicité

J'accède gratuitement à
3 contenus au choix

S'inscrire

J'accède dès 7,49€ / mois
à tous les contenus

S'abonner