Un train raconte son voyage à travers des paysages, réels ou rêvés

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens
Type : Écriture d'invention | Année : 2017 | Académie : France métropolitaine

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France métropolitaine • Juin 2017

La poésie et le rêve • 14 points

La poésie et le rêve

Écriture d’invention

Un train raconte son voyage à travers des paysages, réels ou rêvés, en exprimant ses sensations et ses pensées.

Votre texte sera écrit à la première personne du singulier. Il comprendra une quarantaine de lignes au minimum.

Voir le texte de A. De Noailles

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Type(s) de texte : « raconte… » texte narratif ; « paysages » le récit doit comporter des descriptions ; « pensées » texte en partie argumentatif.

Situation d’énonciation : un train qui s’exprime à la 1re personne (« je ») ; le sujet ne précise pas à qui il s’adresse.

Le genre et le registre ne sont pas précisés.

Caractéristiques du texte à produire.

Texte qui raconte (type de texte) un voyage (thème) et décrit (type de texte) des paysages (thème), qui rend compte (type de texte : argumentatif) de ses sensations et pensées (thème), pour se remémorer son voyage, se confier et faire partager son ressenti (buts).

Chercher des idées

Les choix à faire

Le genre littéraire : choisir un genre qui favorise le récit à la 1re personne : lettre, autobiographie, journal intime, monologue intérieur, dialogue ou interview…

Déterminer, s’il y a lieu (lettre ou dialogue), le destinataire/l’interlocuteur, humain ou non.

L’identité du train : d’autrefois (à vapeur, au diesel…) ou moderne (Eurostar, TGV). Le contexte : populaire ou de luxe ; vrai ou fictif (paysages « rêvés ») ; historique (trains des camps nazis) ; mythique (le Train bleu qui transporte des stars, des milliardaires, des rois…) ; littéraire (la Lison de La Bête humaine, de Zola ; l’Orient-Express d’Agatha Christie)…

Le voyage/l’itinéraire/les paysages : ils dépendent de l’identité du train. Exemples : le Transsibérien (1898) la Sibérie ; l’Orient-Express (1883) Paris, Vienne, Venise, Constantinople ; Bombay Express (1890) Inde ; California Zephir Californie-Chicago ; train Dakar-Bamako Afrique ; Trinichellu Corse.

Le registre : il dépend de ce qui est décrit et du ressenti du train ; il peut être lyrique (beauté des paysages, ivresse du voyage…) ; pathétique (pays pauvres, habitants démunis…)…

La forme

Respectez les caractéristiques formelles du genre et du registre que vous aurez choisis : journal intime dates ; lettre désignation et implication du correspondant, indices personnels des 1re et 2e personnes… Registre lyrique exclamations, questions rhétoriques, gradations, jeu sur les rythmes, mots mélioratifs.

Rendez sensible l’implication du train (indices personnels de la 1re personne, vocabulaire affectif). Utilisez des personnifications.

Le lexique : utilisez le champ lexical (parfois technique) du chemin de fer, vocabulaire des sensations (vue, ouïe, toucher, odorat), de l’affectivité, de la réflexion et du jugement.

Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé

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Extrait du carnet de bord du Maharajas’ Express

26 août 2017

Agra, Jaïpur, Jodhpur, Jaisalmer, Mumbai, Tadoba, Ajanta… Tant de noms enchanteurs aux sonorités exotiques qui s’appellent comme des échos infinis et mystérieux. Je suis un train privilégié, c’est vrai. Songez aux tristes trains de banlieues européens, condamnés à traverser inlassablement les mêmes quartiers enfumés sous le même ciel bas et lourd.

Ma route à moi n’est, à chaque fois, « ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ». À la lueur voilée du matin, dans la lumière tremblante d’un midi ardent ou sous le bleu fouillis des claires étoiles, Agra et son Taj Mahal ne sont jamais les mêmes…

À la première pluie de lumière du matin, j’aperçois, nimbée par l’aurore, la ville rose de Jaïpur, issue de l’imagination débridée des maharajas dont j’ai hérité mon nom…

Là-bas, se dresse le Hawa Hamal, ou palais des vents. Merveille ajourée toute de légèreté, palais des mille et une nuits hindoues : à notre première rencontre, mes roues se sont figées devant tant de majesté. Décor de théâtre en grès rouge et rose sable, gardien aux 953 fenêtres, qui ne succombe pas sous ton charme imposant ?

Apparences trompeuses et traîtresses ! Au fil de mes passages, j’ai appris la vie. J’ai compris que cette orgueilleuse construction n’est qu’une mince façade dissimulant de lourds secrets : ses dentelles de fenêtres ajourées n’étaient-elles pas les uniques perspectives consenties aux femmes, qu’aucun regard d’homme ne devait approcher ? Prison dorée, mes riches passagers, confortablement installés dans leur cabine privée aux bois précieux, ne voient en toi qu’un joyau… En te contemplant, il me prend l’envie de semer à tous vents le conseil de l’illustre auteur : « Garde-toi, tant que tu vivras,/ De juger les gens sur la mine. »

Mais je m’égare dans cette gare… Reprenons notre pèlerinage ferroviaire.

Jal Mahal, palais de l’eau, salut !

Posé comme un nénuphar au beau milieu du lac artificiel Man Sagar, tu trempes tes pieds dans l’eau pour te rafraîchir sous les traits du soleil torride de l’été. En automne, tu sembles flotter comme une île, lorsque deux de tes étages jouent au sous-marin sous l’eau émeraude. Mais, quand revient l’hiver, comment puis-je te reconnaître ? Les pieds au sec, tu parades, découvrant fièrement tous tes étages qui règnent alors sur la terre sèche. Joyau sur l’eau, caches-tu toi aussi sous ta splendeur quelque mensonge ? Non ! Les jardins verdoyants dont tu es couronné, couverts d’or, ont la franchise des paysages naturels qui me rassurent : la nature ne ment pas !

Cependant les monts Aravalli m’appellent au loin. Oh ! ce ne sont pas des colosses, ni « les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes ». Cependant, sous la modestie de leurs courbes harmonieuses, ils savent me protéger de la mousson et des redoutables vents de sable du désert du Thar. Sur leur crête, ourlée par la lumière orangée du crépuscule, se découpe, en ombre chinoise, la silhouette d’un maharaja hiératique sur son éléphant mythique : tous deux contemplent la splendeur infinie de ces confins que la civilisation ravageuse n’a pas encore salis. Sont-ils réels ou le mirage du créateur qui veille ?

À chaque fois émerveillé, les roues fatiguées, je reprends mon souffle et m’immobilise. Quoi d’étonnant à ce qu’un train… traîne ? Je dépose lentement, dans ce décor d’origine du monde, ma cargaison de passagers distingués. Sauront-ils oublier le tohu-bohu de leurs villes pour communier avec ce ciel existentiel ?

Me voilà enfin seul… Je réclamais le soir, il descend, le voici. Quelle douce tristesse m’envahit ?

Avez-vous remarqué, passagers distraits, mon modeste compagnon, le train des pauvres, auquel s’agrippent des voyageurs en grappes débordantes ? Il vient de nous croiser mais vous regardiez ailleurs. Le cœur me point quand, sous mon fanal, j’aperçois au loin ces silhouettes harassées et penchées vers la terre qu’elles grattent pour subsister.

Un proverbe de chez nous dit : « Il faut trois vies pour connaître l’Inde ». Non, il faut l’éternité !

Train privilégié, mais train poète, j’ai acquis ma sagesse dans les eaux du Gange et c’est là, peu importe la fange, que je veux que reposent mes cendres.