Annale corrigée Dissertation

Une analyse de la société française actuelle

France métropolitaine, juin 2025 • Jour 2

dissertation

Une analyse de la société française actuelle

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • La question posée ici amène à mener une analyse précise de la structure sociale contemporaine en prenant en compte les classes sociales ainsi que d’autres facteurs de hiérarchisation de l’espace social.

 

 Une approche en termes de classes sociales suffit-elle à rendre compte de la structure de la société française actuelle ?

Document 1Francine Lopes, mère divorcée avec deux enfants

Quand elle a décidé de se séparer de son conjoint, Francine Lopes a dû réorganiser toute sa vie. Ses enfants avaient alors 4 et 8 ans. D’abord changer de logement, malgré elle.

« Nous avions fait construire notre maison, mais pour la garder il me fallait rembourser 900 euros par mois. Ça, plus la taxe foncière et la taxe d’habitation, c’était impossible », explique-t-elle, entourée de ses deux chiens, sur le canapé de son logement social, un trois-pièces d’une cité d’Égly, dans l’Essonne. « J’aurais bien voulu vivre ailleurs, dit-elle en jetant un regard au-dehors. Mais je n’avais pas le choix, et j’ai eu la chance que la mairie me le propose au bout de six mois. »

Pour cette ancienne caissière, devenue vendeuse produits et services à l’accueil d’un hypermarché à vingt kilomètres de chez elle, « le plus compliqué » fut cependant de trouver comment faire garder ses enfants, dont elle assume seule la charge, alors que son planning l’oblige aux horaires décalés : « Je finissais déjà régulièrement à 22 heures, je travaillais le week-end et certains jours fériés pour joindre les deux bouts et, malgré cela, payer une nounou me revenait trop cher. Ma sœur m’a aidée les premières années. Mais je les ai laissés très tôt, très seuls. C’est pour ça qu’ils m’ont demandé des chiens : avec eux, personne ne vous embête. »

Les obstacles, comme les sacrifices, furent nombreux. Avec un salaire mensuel de 1 600 euros, complété par seulement 210 euros d’une pension alimentaire versée souvent en retard, pour payer cantine, titres de transport, téléphones, assurances, paires de lunettes et semelles orthopédiques, et aucun effort de son employeur pour adapter son planning. Il n’y eut jamais de vacances en famille. Et il a fallu aussi souscrire un crédit pour financer les études des enfants.

Francine décrit néanmoins ces péripéties avec un grand calme, presque comme une évidence. C’est que son frère, sa meilleure amie, plusieurs collègues et voisines sont, comme elle, séparés avec enfants. Et jonglent avec les plannings et les pensions. Leur situation n’a en effet plus rien d’exceptionnel.

Source : Solène Cordier et Aline Leclerc, www.lemonde.fr, publié le 8 mai 2024.

Document 2 Localisation des actifs occupés selon la PCS (en %)

Grands centres urbains

Centres urbains intermédiaires

Petites villes

Ceintures urbaines

Bourgs ruraux

Rural à habitat dispersé

Rural à habitat très dispersé

Total

Agriculteurs exploitants

2,2

3,7

3,9

4,4

21,6

43,7

20,6

100

Artisans, commerçants et chefs d’entreprise

31,5

11,0

6,6

11,1

17,3

19,0

3,5

100

Cadres et professions intellectuelles supérieures

56,5

9,1

4,1

10,3

10,1

9,0

1,1

100

Professions intermédiaires

38,8

11,9

5,6

11,4

15,4

15,0

1,9

100

Employés

37,4

13,3

6,0

10,2

15,8

15,1

2,2

100

Ouvriers

28,4

13,5

6,6

9,4

19,0

20,0

3,0

100

Ensemble

38,6

11,9

5,7

10,3

15,5

15,6

2,4

100

Source : d’après Olivier Bouba-Olga, www.blogs.univ-poitiers.fr (données Insee, recensement de la population), le 20 septembre 2023.

Note : En raison des arrondis, le total peut être légèrement différent de 100.

Document 3 Consommation de tabac selon la catégorie socio-économique en France en 2019 (en %)

sesT_2506_07_00C_01

Source : d’après l’Insee (données Eurostat), 2019.

Lecture : En France, 28,1 % des salariés peu qualifiés consomment du tabac quotidiennement, dont 8,2 % à raison de vingt cigarettes ou plus par jour.

Champ : France métropolitaine, personnes en emploi, âgées de 15 ans ou plus.

1. Un grand fumeur est un consommateur quotidien de 20 cigarettes ou plus par jour.

Document 4 Écarts de salaire entre les femmes et les hommes dans le secteur privé en 2022

Caractéristiques

Salaire mensuel net (en euros)

Femmes

Hommes

Écart (en %)

Catégorie socioprofessionnelle

Cadres1

4 021

4 769

15,7

Professions intermédiaires

2 399

2 724

11,9

Employés

1 855

1 930

3,9

Ouvriers

1 723

1 992

13,5

Âge

Moins de 25 ans

1 683

1 766

4,7

De 25 à 39 ans

2 276

2 475

8,0

De 40 à 49 ans

2 585

3 008

14,1

De 50 à 59 ans

2 593

3 236

19,9

60 ans ou plus

2 748

3 719

26,1

Ensemble

2 402

2 794

14,0

Source : d’après l’Insee, base Tous salariés, 2022.

Lecture : En 2022, les femmes salariées du secteur privé gagnent en moyenne 14,0 % de moins que les hommes.

Champ : France hors Mayotte, salariés du privé, y compris bénéficiaires de contrats aidés et de contrats de professionnalisation ; hors apprentis, stagiaires, salariés agricoles et salariés des particuliers employeurs.

Note : Les salaires mensuels nets sont présentés à temps de travail égal.

1. Y compris chefs d’entreprise salariés.

 

Les clés du sujet

Analyser la consigne et dégager une problématique

sesT_2506_07_00C_02

Problématique. Si une approche en termes de classes sociales peut être pertinente pour rendre compte de la structure sociale actuelle, pour autant ne faut-il pas la compléter par d’autres éléments d’analyse ?

Exploiter les documents

Document 1. Cet article décrit la situation économique et sociale de Francine Lopes. Sa situation illustre l’existence de facteurs de structuration de l’espace social alternatifs aux classes sociales : composition du ménage, lieu de résidence. Mais il montre aussi la pertinence d’une approche en termes de classes sociales à travers une référence à l’identification subjective (ou classe pour soi).

Document 2. Ce tableau expose la localisation géographique des actifs occupés selon leur catégorie socioprofessionnelle (CSP). On déduit des données que le lieu de résidence est un facteur de structuration alternatif aux classes sociales. Mais les données montrent aussi que le lieu de résidence est une expression du maintien des distances inter-classes.

Document 3. Ce graphique dévoile la consommation de tabac selon la CSP en France en 2019. Il souligne l’existence d’une consommation différenciée socialement et par conséquent le maintien des distances inter-classes à travers l’existence d’inégalités sociales de consommation et de santé.

Document 4. Ce tableau identifie des facteurs de structuration alternatifs aux classes sociales, comme la position dans le cycle de vie et le sexe. Mais il montre aussi le maintien des distances inter-classes à travers l’existence d’inégalités salariales entre CSP.

Définir le plan

I. Une approche pertinente…

Rappelez que le maintien de certaines inégalités permet toujours d’analyser la société en termes de classes sociales (documents 2 et 3).

Montrez aussi que l’identification subjective est toujours présente (documents 1 et 2).

II. … mais insuffisante

Expliquez que des facteurs socio-économiques hiérarchisent et structurent l’espace social (documents 1 et 4).

Détaillez les facteurs sociodémographiques qui hiérarchisent et structurent l’espace social (documents 1, 2 et 4).

Les titres des parties ne doivent pas figurer sur votre copie.

Introduction

[accroche] Depuis les années 1950, sous l’effet notamment de la désindustrialisation et de la tertiarisation, la structure socioprofessionnelle en France a profondément transformé l’espace social. La part des ouvriers dans la population active, dont l’identité de classe a été longtemps très marquée, a été divisée par deux tandis que celle des employés est désormais la plus importante. [présentation du sujet] Si certains voient dans cette évolution l’émergence d’une nouvelle classe populaire composée d’ouvriers et d’employés aux conditions d’existence relativement proches, d’autres critiquent une vision trop simpliste de la réalité sociale. En effet, désormais, interviennent pour définir sa place dans l’espace social, le lieu de résidence, l’âge, le diplôme ou le sexe. [problématique] Aussi, dans quelle mesure l’approche en termes de classes sociales développée notamment par Karl Marx au xixe siècle reste-t-elle pertinente au vu de ces évolutions sociétales ? [annonce du plan] Nous montrerons ainsi qu’une approche en termes de classes sociales peut être pertinente pour rendre compte de la structure sociale actuelle, mais qu’elle est incomplète.

Le secret de fabrication

Attention c’est une dissertation faussement facile ! En effet les documents portent sur les facteurs de structuration de l’espace social, alors que la question s’intéresse à la pertinence d’une approche en termes de classes sociales. Donc dans la première partie, il faut partir de ses connaissances et envisager la façon de les illustrer avec les documents – qui n’y font pas référence explicitement.

I. Une approche en termes de classes sociales reste pertinente pour rendre compte de la structure sociale

1. Le maintien de certaines inégalités sociales

L’existence d’une classe en soi est attestée par la persistance de distances inter-classes, c’est-à-dire d’écarts séparant les groupes sociaux entre eux. Par exemple, la part des cadres (56,5 %) habitant les grands centres urbains est le double de celle des ouvriers (28,4 %) (document 2). Cette occupation de l’espace atteste bien d’un maintien des distances inter-classes, compte tenu notamment du prix de l’immobilier dans les grandes villes.

Les distances inter-classes demeurent aussi à cause du maintien d’inégalités de consommation et les conséquences sur la santé et l’espérance de vie qu’elles engendrent, comme le montre la consommation de tabac selon la place dans le processus de production (document 3). Ainsi 35 % des ouvriers qualifiés en 2019 consomment du tabac chaque jour contre 22 % des cadres dirigeants, soit un écart de 13 points.

2. Une identification subjective toujours présente

Les forts écarts de niveau de vie au sein du salariat, la polarisation des emplois, l’importance de l’emploi non qualifié et l’inégale exposition des groupes socioprofessionnels au chômage et à la précarité participent au durcissement des frontières sociales. Ces phénomènes alimentent à la fois les distances inter-classes, mais aussi une identification subjective à un groupe social dominé, comme le montre l’exemple de Francine Lopes qui voit sa situation et ses difficultés vécues également par ses proches (document 1).

mot clé

L’identification subjective désigne le sentiment d’adhésion et d’appartenance à un groupe social, participant à son identité. C’est la conscience de classe et la classe pour soi chez Marx.

Cette logique se manifeste aussi du côté des catégories supérieures. L’entre-soi de la bourgeoisie est renforcé par des stratégies résidentielles comme en atteste le processus de gentrification des grandes agglomérations (document 2).

II. Mais de multiples facteurs de structuration complètent cette approche

1. Des facteurs socio-économiques

Plus que l’appartenance à une classe sociale, c’est davantage la catégorie socioprofessionnelle et le niveau de diplôme qui structurent l’espace social aujourd’hui. Ces facteurs permettent d’expliquer les différences de revenus entre individus. Par exemple, les hommes cadres dans le secteur privé en 2022 ont un revenu 2,4 fois supérieur à celui des ouvriers (document 4).

Ces différences de revenus ont des incidences sur l’accès à la consommation et aux styles de vie. Ainsi Francine Lopes avoue qu’il est difficile de « joindre les deux bouts » et ne peut ni faire garder ses enfants pendant qu’elle travaille, ni partir en vacances (document 1).

2. Des facteurs sociodémographiques

conseil

Dans cette seconde partie, les documents illustrent les différents facteurs de structuration de l’espace social. La difficulté est de ne pas les utiliser de façon redondante avec la première partie.

La composition des ménages apparaît comme un facteur déterminant de la structuration de l’espace social. Ainsi les familles monoparentales, dont le revenu est issu d’un seul parent, sont celles qui sont les plus exposées aux difficultés financières. C’est le cas de Francine Lopes, mère divorcée avec deux enfants (document 1).

La position dans le cycle de vie est un autre facteur de structuration de l’espace social. Les jeunes sont plus défavorisés que les adultes en termes d’accès­ aux ressources économiques. Ils ont généralement les revenus les plus faibles : en 2022, les hommes âgés de plus de 60 ans ont un salaire plus de 2 fois supérieur à celui des moins de 25 ans (document 4).

Le sexe est à l’origine d’indicateurs socio-économiques différenciés Les femmes ne touchent pas les mêmes salaires que les hommes, particulièrement parmi les cadres où l’écart de salaire est de 15,7 % en faveur de ces derniers (document 4).

Le lieu de résidence, ou le lieu de vie habituel, participe également à la structuration de l’espace social. Il agit fortement sur les trajectoires scolaires, professionnelles et de vie (documents 1 et 2).

Conclusion

[bilan] La persistance des inégalités et le renforcement des distances inter-classes relancent l’intérêt de l’analyse de la société en termes de classes sociales. Pour autant, la dynamique de la société actuelle nécessite de tenir compte de la multiplicité des facteurs qui caractérisent la structure sociale. [ouverture] L’individualisation à l’œuvre aujourd’hui, tout comme l’augmentation des écarts intra-classes, rendent encore plus nécessaires la prise en compte de ces différents critères et leur complexification.

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