Une fois cyclone passé… (texte de Chamoiseau, photo d'A. Catan)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Agir dans la cité : individu et pouvoir
Type : Sujet complet | Année : 2017 | Académie : France métropolitaine

AGIR dans la cité

Agir dans la cité : individu et pouvoir

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D’après France métropolitaine • Septembre 2017

100 points

Une fois cyclone passé…

document A Texte littéraire

Patrick Chamoiseau évoque sa petite enfance dans la capitale martiniquaise, Fort-de-France, en compagnie de sa mère, Man Ninotte. Dans cette scène, le petit garçon (désigné par l’expression « le négrillon ») découvre sa ville après le passage d’un cyclone.

À son réveil, il comprit ce que l’on avait attendu. La ville gisait1 défaite, frappée de boues, d’inondations et d’étrangetés. Des tôles jonchaient les rues, des arbres tombés levaient de cauchemardesques racines dans une dérive d’eau noire, des cochons blancs et des poules sans plumes et des bœufs sans cornes cherchaient sous l’hébétude2 un ordre posé du monde. Les devantures défoncées libéraient un vomi de naufrages. De gros fils électriques tressautaient sous les décharges de leurs propres étincelles. Posés partout : des armoires orphelines, de hauts miroirs brisés, un coffre-fort flotteur, mille tiroirs sans passés, d’énormes livres étouffés d’eau, bric-à-brac d’un panier caraïbe insensé, l’absolue mise à sac, au rapt, au vrac des poches du ciel, des cœurs et des greniers. Par-dessus, la consternation criarde des premiers arrivés découvrait ce que les vieux-nègres appellent (ou plus exactement crient) : an tyou-manman3, et Césaire: un désastre.

Cyclone c’est vent aveugle. Il bouleverse les affaires des békés5 et mulâtres6, il écorce la vie, et durant quelques jours redistribue les parts. En ville, le monde recommençait sous une mer de boue élevée haut comme ça. Les gens des sept mornes7, généralement épargnés, couraient-venir trouver une chance dans les magasins éventrés. […]

Le négrillon passait les journées à la fenêtre, suivant des yeux Man Ninotte à travers le quartier. Man Ninotte n’était jamais plus à l’aise que dans l’apocalypse. S’il n’y avait plus d’eau, elle ramenait de l’eau. S’il n’y avait plus de poissons, elle brassait du poisson. Elle trouvait du pain chaud. Elle trouvait des bougies. Elle trouvait des paquets de rêves et les charriait en équilibre dessus son grand chapeau. Et surtout, elle ramenait par poignées des vêtements d’argile, des souvenirs de toiles pris dans un ciment noir, des objets perdus sous une gangue8 sans prénom. Cela s’empilait dans la cour dans l’attente du nettoyage. Il la voyait disparaître au bout de la rue, réapparaître à l’autre, massive et puissante sous les ailes de son chapeau, parlant fort, saluant tous, distribuant des conseils que nul ne demandait. Pour cette adversaire des déveines9, le désastre était un vieil ami. Elle s’y démenait à peine plus que d’habitude, et nous en extrayait le meilleur. […] Mais, une fois cyclone passé, elle s’élançait dans la bataille comme si elle en avait été le stratège, et, soulevant chaque malheur, elle dénichait chaque chance. En ce temps-là, la nature bouleversée versait du côté de qui n’en avait pas.

Patrick Chamoiseau, Une enfance créole I, Antan d’enfance, 1993, © Éditions Gallimard, www.gallimard.fr.

1. Gisait : était étendue sans mouvement.

2. Hébétude : engourdissement des facultés à la suite d’un choc émotif.

3. An tyou-manman : expression créole familière équivalente à « un sacré foutoir ».

4. Aimé Césaire (1913-2008) : écrivain et homme politique, maire de Fort-de-France.

5. Békés : riches propriétaires descendant des premiers colons européens.

6. Mulâtres : notables et commerçants métissés descendant des grands propriétaires d’origine européenne.

7. Mornes : collines.

8. Gangue : substance enveloppante.

9. Déveines : malchances.

document B Carte postale ancienne, photographie d’Adolphe Catan

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Ph © Fonds privé Photos CATAN/Photo-Cat’ (Guadeloupe)

Guadeloupe, après le cyclone de 1928. Bateau échoué dans les rues de Pointe-à-Pitre.

Travail sur le texte littéraire et sur l'image 50 points • 1 h 10

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Grammaire et compétences linguistiques

1. « Posés partout […] des cœurs et des greniers. » (l. 8-12)

a) Faites deux remarques sur la construction de cette phrase. (3 points)

b) Quel est l’effet produit par le choix de cette construction ? (3 points)

2. Lignes 20 à 37.

a) À quel temps les verbes du dernier paragraphe sont-ils conjugués ? Pourquoi ce temps est-il employé ici ? (2 points)

b) Quel est le sujet de la plupart des verbes dans ce dernier paragraphe ? (1 point)

c) En observant ces verbes, quel autre point commun pouvez-vous remarquer ? (3 points)

3. a) Réécrivez la phrase suivante en mettant « ville » au pluriel. (5 points)

« La ville gisait défaite, frappée de boues, d’inondations et d’étrangetés. » (l. 1-2)

b) Réécrivez le passage suivant en mettant les verbes conjugués au futur. (5 points)

« Cyclone c’est vent aveugle. Il bouleverse les affaires des békés et mulâtres, il écorce la vie, et durant quelques jours redistribue les parts. En ville, le monde recommençait sous une mer de boue élevée haut comme ça. » (l. 15-18)

Compréhension et compétences d’interprétation

4. « La ville gisait défaite, frappée de boues, d’inondations et d’étrangetés. » (l. 1-2)

a) Comment comprenez-vous cette phrase ? (3 points)

b) Comment cette phrase est-elle développée dans la suite du premier paragraphe ? Répondez en vous appuyant sur le texte. (5 points)

5. « Cyclone, c’est vent aveugle » (l. 15) : comment comprenez-vous cette phrase ? Vous pourrez répondre à cette question en vous appuyant notamment sur la phrase qui suit. (4 points)

6. Dans le dernier paragraphe, Man Ninotte apparaît aux yeux du petit garçon comme un personnage extraordinaire. Montrez-le en vous appuyant sur vos réponses à la question 2 et sur d’autres éléments du texte. (8 points)

7. a) Quels rapports pouvez-vous établir entre l’image et le texte ? (4 points)

b) Êtes-vous davantage touché(e) par la photographie (document B) ou par le texte littéraire (document A) ? Justifiez votre réponse. (4 points)

dictée 10 points • 20 min

Le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre et le mot « Superdôme » sont écrits au tableau au début de la dictée.

Laurent Gaudé

Ouragan

Actes Sud, 2010

Lorsqu’ils arrivent aux abords du stade, ils découvrent une foule immense. Il y a des hommes et des femmes partout, épuisés, en haillons, le linge encore mouillé sur les épaules. Des vieillards perdus, le regard vide, des femmes donnant la tétée à des nourrissons. C’est une humanité à ciel ouvert, pauvre, peureuse, affamée. Il y a des serviettes étendues à même le sol, des draps pour tenter de faire des lits. Certains, à bout de forces, se sont allongés, d’autres gémissent tant ils ont faim. Ils […] pénètrent dans le Superdôme. Une fois à l’intérieur, ils embrassent du regard le stade immense et ce n’est que là qu’ils ont le sentiment d’être à la fin des mondes.

rédaction 40 points • 1 h 30

Vous traiterez au choix l’un des sujets suivants. Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).

Sujet de réflexion

Qu’est-ce qu’être un héros ou une héroïne pour vous ? Vous répondrez à cette question dans un développement organisé et argumenté en vous appuyant sur votre expérience personnelle, sur vos connaissances et sur vos lectures.

Sujet d’imagination

À votre tour, vous évoquerez l’action d’un personnage extraordinaire dans une situation de crise (catastrophe naturelle, climatique, industrielle, guerre…). Comme dans le texte de Patrick Chamoiseau, vous commencerez par décrire cette situation exceptionnelle, puis vous raconterez les actions du personnage.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Patrick Chamoiseau est un écrivain antillais dont les œuvres révèlent un intérêt marqué pour la culture populaire martiniquaise. Il obtient le prix Goncourt en 1992 pour son roman Texaco. Le texte présenté est issu d’Une enfance créole, trilogie autobiographique dans laquelle l’auteur évoque son enfance.

L’image (document B)

Cette carte postale est une photographie qui montre une rue de Pointe-à-Pitre, l’une des principales villes de Guadeloupe, après le passage d’un cyclone, en 1928. Les personnages présents semblent partagés entre la détresse et la résignation. Le point central de la photographie reste la ­présence aberrante d’un bateau dans les rues, amené en pleine ville par des vents que l’on imagine extrêmement violents.

Rédaction (sujet de réflexion)

Recherche d’idées

Le mot « héros » a plusieurs sens. Il peut désigner un demi-dieu (mythologie grecque), un personnage hors du commun (fictif ou réel), ou encore le personnage principal d’un récit. Quel est le point commun entre tous ces « héros » ? Qu’est-ce qui est le plus important, selon toi, pour être qualifié de « héros » : posséder des qualités extraordinaires ? réaliser des exploits ? avoir un destin hors du commun ? être un modèle à suivre ?

Conseils de rédaction

Tu peux organiser ton devoir autour de deux axes :

1. Les héros de fiction : distingue parmi eux les héros aux qualités hors du commun et les personnages principaux de récits qui peuvent avoir des qualités plus ordinaires.

2. Les héros de la vie réelle : tu peux évoquer d’abord les personnes de ton entourage que tu considères comme des héros du quotidien, et présenter ensuite les personnes érigées en « héros » par la société (« grands hommes », résistants…).

Le fil directeur de ton texte pourra être le désir d’identification que ces différents héros font naître chez toi.

Rédaction (sujet d’imagination)

Recherche d’idées

Choisis une situation que tu pourras décrire : des livres, des films, des reportages, des images d’actualité (cyclone Irma, inondations…), peuvent t’aider à te représenter ces situations de crise que sont les catastrophes naturelles ou les guerres. N’hésite pas à t’en inspirer.

Conseils de rédaction

Le sujet ne précise pas si tu dois écrire un texte à la 1re ou à la 3e personne. Si tu fais du narrateur un personnage, il sera alors un témoin direct des événements, et pourra d’autant mieux souligner le caractère extraordinaire des actions du héros.

Corrigé

Corrigé

travail sur le texte littéraire et sur l’image

Grammaire et compétences linguistiques

1. a) La phrase est construite de manière particulière. Il n’y a pas de verbe principal : seul le participe passé est présent, l’auxiliaire être est omis. On attend en effet : « Étaient posés partout… » Si l’on rétablit cette construction, on s’aperçoit que le sujet, une longue énumération de groupes nominaux, est inversé.

b) La longue énumération donne à voir au lecteur le spectacle de cet immense bric-à-brac à tous vents produit par le cyclone, où des objets sans aucun lien les uns avec les autres se côtoient. Le cyclone a tout balayé.

2. a) Le temps principalement employé est l’imparfait de l’indicatif, qui sert à décrire la scène à travers les yeux de l’enfant, mais surtout à citer des actions répétées : à chaque cyclone ou événement apocalyptique, Man Ninotte trouve de l’eau, des poissons, des bougies, etc.

b) La plupart des verbes ont pour sujet le pronom « elle », qui désigne Man Ninotte, la mère du petit garçon. Celle-ci déploie une grande activité en ces périodes troublées.

c) Les verbes dont le sujet est Man Ninotte sont des verbes d’action. On remarque que certains sont répétés plusieurs fois : « ramenait » (2 occurrences) et « trouvait » (3 occurrences) : il s’agit d’insister sur la débrouillardise un peu hors norme du personnage qui réussit à faire l’impossible (« S’il n’y avait plus d’eau, elle ramenait de l’eau »).

3. Les modifications sont en couleur.

a) « Les villes gisaient défaites, frappées de boues, d’inondations et d’étrangetés. »

remarque

N’oublie pas le « e » qui, dans le verbe « redistribuer », ne s’entend pas au futur.

b) « Cyclone ce sera vent aveugle. Il bouleversera les affaires des békés et mulâtres, il écorcera la vie, et durant quelques jours redistribuera les parts. En ville, le monde recommencera sous une mer de boue élevée haut comme ça. »

Compréhension et compétences d’interprétation

4. a) La ville semble sortir d’une bataille qu’elle a perdue : elle est « défaite », « frappée », et gît au sol. L’auteur utilise donc une personnification. Les armes qui l’ont vaincue sont les boues et les inondations, mais aussi les choses étranges produites par ce chaos.

b) La suite du premier paragraphe développe essentiellement ces choses étranges qui flottent dans « une dérive d’eau noire » : le paysage apocalyptique d’une ville comme dévastée par une guerre (« des tôles jonchaient les rues », « les devantures défoncées », « l’absolue mise à sac ») s’accompagne de spectacles saugrenus : « bœufs sans cornes », « coffre-fort flotteur » ; les associations inédites culminent avec le rapprochement des « cœurs » (objets sentimentaux) et des « greniers » (objets au rebut).

5. Le cyclone est un vent aveugle : il ne fait pas de distinction et balaye tout sur son passage, y compris les gens appartenant aux classes privilégiées (békés et mulâtres) : c’est « la vie » dans son ensemble qui est touchée, et ce grand nettoyage contribue à une temporaire redistribution des richesses : le « cyclone redistribue les parts ». La particularité de cette phrase repose sur l’absence de déterminants : « cyclone » apparaît ainsi comme un nom propre.

6. Man Ninotte apparaît aux yeux du petit garçon comme un personnage extraordinaire : non contente de réussir des missions impossibles (ramener des denrées rares), elle est forte (« massive et puissante »), omniprésente (« parlant fort, saluant tous, il la voyait disparaître au bout de la rue, réapparaître à l’autre ») ; mais surtout elle combat le désastre (« adversaire des déveines, s’élançait dans la bataille ») et réussit à le vaincre (« elle trouvait des paquets de rêves » et « dénichait chaque chance »). Elle transforme une catastrophe en victoire.

7. a) Le texte et l’image offrent tous deux le spectacle d’une ville des Antilles françaises touchée par un cyclone. La dévastation est présente dans les deux documents : « les tôles » qui jonchent les rues et « les devantures dévastées » mentionnées dans le texte sont en effet visibles sur la photographie. Les « étrangetés » mentionnées par Patrick Chamoiseau sont aussi illustrées sur la photographie par la présence de ce bateau échoué au milieu de la ville, dont le caractère incongru est manifeste.

remarque

Il n’est pas nécessaire de faire une réponse nuancée à la question 7. b). En revanche, ton avis, quel qu’il soit, doit être justifié.

b) La photographie, en présentant concrètement les désastres produits par le cyclone, peut sembler plus frappante et à ce titre peut toucher davantage le lecteur. Mais elle est datée et fait référence à une époque qui n’est plus la nôtre. Le texte en revanche, en donnant la possibilité à chacun de se représenter la scène, peut revêtir un aspect plus actuel que la photographie.

dictée

Point méthode

1 Veille à l’accord des verbes conjugués à la 3e personne du pluriel, au présent. Si le sujet au pluriel est aisément repérable pour certains verbes, grâce à la liaison (ils arrivent, ils embrassent), ce n’est pas le cas pour ils pénètrent qu’il faut bien mettre au pluriel.

2 Attention aux accords du participe passé : employé sans auxiliaire, il fonctionne comme un adjectif qualificatif.

3 Distingue bien les homophones a et à, se et ce.

Lorsqu’ils arrivent aux abords du stade, ils découvrent une foule immense. Il y a des hommes et des femmes partout, épuisés, en haillons, le linge encore mouillé sur les épaules. Des vieillards perdus, le regard vide, des femmes donnant la tétée à des nourrissons. C’est une humanité à ciel ouvert, pauvre, peureuse, affamée. Il y a des serviettes étendues à même le sol, des draps pour tenter de faire des lits. Certains, à bout de forces, se sont allongés, d’autres gémissent tant ils ont faim. Ils […] pénètrent dans le Superdôme. Une fois à l’intérieur, ils embrassent du regard le stade immense et ce n’est que là qu’ils ont le sentiment d’être à la fin des mondes.

rédaction

Voici un exemple de rédaction sur chacun des deux sujets.

Attention les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur ta copie.

Sujet de réflexion

Les héros nous impressionnent par leurs capacités hors normes ou leurs qualités exceptionnelles. Il peut s’agir de personnages de fiction comme de ­personnes réelles. Mais dans les deux cas, le héros éveille souvent en nous un désir d’identification.

[Les héros de fiction] Dans les récits mythologiques, les héros, souvent issus de l’union d’un dieu et d’une mortelle, accomplissent des exploits qu’une personne ordinaire ne saurait réaliser. Leur valeur se révèle dans l’adversité. Hercule, par exemple, accomplit ses douze travaux pour se faire pardonner le meurtre de sa femme. C’est en effet dans les malheurs que le héros peut vraiment montrer tout son courage et toute son intelligence.

conseil

Comme le suggère le sujet, choisis des exemples issus de différents domaines : lectures (d’Artagnan), expériences personnelles (voisine), connaissances (l’abbé Pierre).

Aujourd’hui le terme de « héros » désigne plus communément le personnage principal d’un récit, qui n’est pas forcément héroïque : il a des défauts et des qualités. Mais il possède souvent des traits sympathiques qui permettent de nous identifier à lui. À la lecture des Trois mousquetaires, j’ai ainsi ressenti une attirance immédiate pour le personnage de d’Artagnan : bien qu’intelligent et courageux, il apparaît sous un jour légèrement ridicule dans les premières pages, ce qui le rend proche et sympathique.

[Les héros de la vie réelle] Mais le terme de « héros », selon moi, fait aussi référence à ces personnes réelles que nous côtoyons parfois et que nous admirons, car elles font preuve dans les moments difficiles d’un courage que nous ne sommes pas sûrs d’avoir. Je pense par exemple à ma voisine, une femme qui s’est retrouvée veuve très jeune, seule pour élever cinq enfants, avec un tout petit salaire de femme de ménage. Sans jamais se plaindre, elle leur a inculqué le goût de l’effort et le respect d’autrui.

À une autre échelle, les personnes qui font le choix de l’altruisme plutôt que de l’individualité sont à mes yeux les plus grands des héros : l’abbé Pierre, fondateur d’Emmaüs, en fait partie.

[Conclusion] Les héros ne sont donc pas seulement des êtres de fiction qui nous font rêver. Ce sont aussi des personnes réelles qui nous montrent les exemples à suivre.

Sujet d’imagination

[Description de la situation] Les obus pleuvaient. Dans l’espoir d’y échapper, nous nous enfoncions chaque fois un peu plus dans la boue. Les ­tranchées débordaient : d’hommes, de cadavres, de terre. Le bruit incessant de la canonnade nous empêchait de réfléchir ; entre deux secousses, seuls les plus braves parvenaient encore à prier pour que cela s’arrête. La pluie, qui commençait à tomber, faisait s’écrouler les parapets trop hâtivement dressés.

conseil

Tu peux t’inspirer des lectures effectuées au cours de l’année pour choisir le cadre de ton récit : ici, l’horreur des tranchées pendant la Première Guerre mondiale.

[Action du personnage extraordinaire] Le caporal Denis, dont dépendait mon unité, était notre seul espoir. La quarantaine, massif, barbu comme nous tous, un peu brusque en apparence, mais sa bienveillance était connue de nous tous. Trois jours auparavant, il avait gagné, pour toujours, notre reconnaissance et notre fidélité, en accomplissant une action extraordinaire. Petit Luc, le plus jeune de notre groupe, avait complètement perdu l’esprit. La peur l’avait fait basculer dans la folie, et c’est ainsi qu’au plus fort de la mitraille il était sorti de la tranchée, s’aventurant sur ce terrible no man’s land où il se retrouva pris entre le feu des deux camps. Le caporal nous avait immédiatement ordonné de cesser les tirs. Mais Petit Luc restait sourd à nos appels et continuait à avancer. C’est alors que le caporal avait enjambé le parapet, avait rampé jusqu’à Petit Luc, dont l’équipement s’était pris dans les barbelés, et l’avait dégagé. Il avait chargé le frêle petit corps sur son dos, et malgré ses protestations l’avait ramené jusqu’à notre tranchée, sans se retourner une seule fois, indifférent aux tirs ennemis de plus en plus nourris.

[Conclusion] Le caporal était un père pour nous, il nous protégerait jusqu’au dernier. En sa présence nous nous autorisions à avoir un peu d’espoir : peut-être allions-nous survivre à cet enfer… Pensée partagée par Petit Luc qui, prostré depuis l’épisode, avait l’œil qui s’allumait lorsqu’il entendait la voix du caporal.