Une insoumise (texte d'Anouilh, photo d'une mise en scène par la Comédie-Française)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Agir dans la cité : individu et pouvoir
Type : Sujet complet | Année : 2016 | Académie : Inédit

 

8

Sujet inédit • Agir dans la cité : individu et pouvoir

50 points

Une insoumise

Ce sujet regroupe tous les exercices de français de la 2de épreuve écrite.

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents (1 heure)

Document A Texte littéraire

Anouilh revisite le mythe antique d’Antigone, fille d’Œdipe, déjà raconté par le dramaturge grec Sophocle. Les deux frères d’Antigone, Étéocle et Polynice, se sont entretués pour accéder au pouvoir. Créon, le nouveau roi, refuse que Polynice, le cadet, soit enterré. Quiconque bravera cet interdit sera condamné à mort.

Créon (à Antigone). – Où t’ont-ils arrêtée ?

Le garde. – Près du cadavre, chef.

Créon. – Qu’allais-tu faire près du cadavre de ton frère ? Tu savais que j’avais interdit de l’approcher.

Le garde. – Ce qu’elle faisait, chef ? C’est pour ça qu’on vous l’amène. Elle grattait la terre avec ses mains. Elle était en train de le recouvrir encore une fois.

Créon. – Sais-tu bien ce que tu es en train de dire, toi ?

Le garde. – Chef, vous pouvez demander aux autres. On avait dégagé le corps à mon retour ; mais avec le soleil qui chauffait, comme il commençait à sentir, on s’était mis sur une petite hauteur, pas loin, pour être dans le vent. On se disait qu’en plein jour on ne risquait rien. Pourtant on avait décidé, pour être plus sûrs, qu’il y en aurait toujours un de nous trois qui le regarderait. Mais à midi, en plein soleil, et puis avec l’odeur qui montait depuis que le vent était tombé, c’était comme un coup de massue. J’avais beau écarquiller les yeux, ça tremblait comme de la gélatine, je voyais plus. Je vais au camarade lui demander une chique pour passer ça… Le temps que je me la cale à la joue, chef, le temps que je lui dise merci, je me retourne : elle était là à gratter avec ses mains. En plein jour ! Elle devait bien penser qu’on ne pouvait pas ne pas la voir. Et quand elle a vu que je lui courais dessus, vous croyez qu’elle s’est arrêtée, qu’elle a essayé de se sauver peut-être ? Non. Elle a continué de toutes ses forces aussi vite qu’elle le pouvait, comme si elle ne me voyait pas arriver. Et quand je l’ai empoignée, elle se débattait comme une diablesse, elle voulait continuer encore, elle me criait de la laisser, que le corps n’était pas encore recouvert…

Créon (à Antigone). – C’est vrai ?

Antigone. – Oui, c’est vrai.

Le garde. – On a découvert le corps, comme de juste, et puis on a passé la relève, sans parler de rien, et on est venu vous l’amener, chef. Voilà.

Créon. – Et cette nuit, la première fois, c’était toi aussi ?

Antigone. – Oui. C’était moi. Avec la petite pelle de fer qui nous servait à faire des châteaux de sable sur la plage, pendant les vacances. C’était justement la pelle de Polynice. Il avait gravé son nom au couteau sur le manche. C’est pour cela que je l’ai laissée près de lui. Mais ils l’ont prise. Alors, la seconde fois, j’ai dû recommencer avec mes mains.

Le garde. – On aurait dit une petite bête qui grattait. Même qu’au premier coup d’œil, avec l’air chaud qui tremblait, le camarade dit : « Mais non, c’est une bête. » « Penses-tu, je lui dis, c’est trop fin pour une bête. C’est une fille. »

Créon. – C’est bien. On vous demandera peut-être un rapport tout à l’heure. Pour le moment, laissez-moi seul avec elle. […]

Les gardes sont sortis […]. Créon et Antigone sont seuls l’un en face de l’autre. […] Un silence. Ils se regardent.

Créon. – Pourquoi as-tu tenté d’enterrer ton frère ?

Antigone. – Je le devais.

Créon. – Je l’avais interdit.

Antigone. – Je le devais tout de même. Ceux qu’on n’enterre pas errent éternellement sans jamais trouver de repos. Si mon frère vivant était rentré harassé d’une longue chasse, je lui aurais enlevé ses chaussures, je lui aurais fait à manger, je lui aurais préparé son lit… Polynice aujourd’hui a achevé sa chasse. Il rentre à la maison où mon père et ma mère, et Étéocle aussi l’attendent. Il a droit au repos. […]

Créon. – Tu savais le sort qui était promis à celui, quel qu’il soit, qui oserait lui rendre les honneurs funèbres ?

Antigone. – Oui, je le savais.

Jean Anouilh, Antigone, 1944, © Éditions de la Table ronde.

Document B

Bruno Raffaelli et Françoise Gillard apparaissent ici dans la mise en scène de la pièce d’Anouilh par Marc Paquien, au théâtre du Vieux-Colombier (Comédie-Française), en septembre-octobre 2012.

ph © Pascal Victor/ArtComArt

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questions 20 points

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Sur le texte littéraire (document A)

▶ 1. À quel genre littéraire ce texte appartient-il ? Soyez le plus précis possible et justifiez votre réponse à l’aide du texte. (3 points)

▶ 2. a) Quelle tâche Antigone s’impose-t-elle ? (1 point)

b) Pourquoi ? (1 point)

c) Quelle peine encourt-elle ? (1 point)

▶ 3. Quel est le niveau de langage employé par le garde ? Justifiez votre réponse au moyen d’éléments relevés dans le texte. (2 points)

▶ 4. « […] le camarade dit : “Mais non, c’est une bête.” “Penses-tu, je lui dis, c’est trop fin pour une bête. C’est une fille.” » (lignes 41 à 43)

a) De quelle façon les paroles échangées par les deux gardes sont-elles rapportées ? (1 point)

b) À votre avis, pourquoi ce choix ? (2 points)

▶ 5. Que pensez-vous de l’attitude d’Antigone ? A-t-elle raison, selon vous, de refuser d’obéir au pouvoir en place ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le texte mais aussi sur une réflexion personnelle et des exemples historiques. (3 points)

Sur le texte et l’image (documents A et B)

▶ 6. Observez la photographie. Quels sont les choix du metteur en scène concernant le décor, les costumes, l’attitude des personnages ? (3 points)

▶ 7. Ces choix correspondent-ils à l’idée que vous vous faites des personnages et de la scène entre Antigone et Créon ? (3 points)

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue (2 heures)

dictée 5 points

Le titre et la source de l’extrait sont écrits au tableau au début de la dictée.

Jean Anouilh

Antigone, 1944

© Éditions de la Table ronde

Une jeune révoltée

Comprendre… Vous n’avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu’on ne peut pas toucher à l’eau, à la belle et fuyante eau froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Il fallait comprendre qu’on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu’on a dans ses poches au mendiant qu’on rencontre, courir, courir dans le vent jusqu’à ce qu’on tombe par terre et boire quand on a chaud et se baigner quand il est trop tôt ou trop tard, mais pas juste quand on en a envie ! Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre.

réécriture 5 points

« Elle a continué de toutes ses forces aussi vite qu’elle le pouvait, comme si elle ne me voyait pas arriver. Et quand je l’ai empoignée, elle se débattait comme une diablesse. »

Réécrivez le passage en remplaçant « elle » par « elles » et en procédant à toutes les modifications nécessaires.

travail d’écriture 20 points

Vous traiterez au choix le sujet A ou le sujet B.

Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).

Sujet A

Vous avez été amené(e) à vous opposer à une injustice. Vous commencerez par exposer les circonstances de cette expérience. Vous ferez part de vos réflexions, de vos sentiments et surtout des arguments que vous avez employés pour convaincre vos interlocuteurs.

Sujet B

Imaginez le monologue théâtral d’Antigone parlant à son frère défunt pendant qu’elle tente de recouvrir son corps de terre en lui expliquant les raisons de son geste. Vous respecterez la présentation d’une scène de théâtre et vous introduirez quelques didascalies pour indiquer le ton ou les gestes d’Antigone.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Anouilh revisite le mythe antique d’Antigone. Il écrit cette pièce durant la Seconde Guerre mondiale, sous l’occupation allemande : ce contexte donne un éclairage particulier au mythe : comment ne pas associer l’attitude d’Antigone à celle des résistants et à leur refus d’obéissance au gouvernement de Vichy, parfois au sacrifice de leur vie ?

L’image (document B)

Dans cette mise en scène Marc Paquien, fait le choix de la modernité : les costumes sont actuels et non antiques ; Créon ne possède aucun attribut royal ; le décor est dépouillé.

Travail d’écriture (Sujet A)

Recherche d’idées

Décide d’abord de quelle injustice tu veux parler (harcèlement, racket, racisme, etc.). Tu peux t’inspirer d’une expérience vécue ou en imaginer une à partir de reportages ou d’articles que tu as vus/lus.

Choisis ensuite tes arguments : lâcheté, refus de l’autre, de ses différences, non-assistance à personne en danger…

Choisis aussi tes interlocuteurs : camarades de classe, voisins, personnes croisées dans un lieu public…

Conseils de rédaction

Commence par présenter l’injustice en question et tes sentiments à ce sujet (malaise, tristesse, dégoût, révolte…).

Précise les circonstances de ton intervention : heure de vie de classe, cour de récréation, lieu public…

Présente ensuite tes arguments de façon structurée.

Conclus par l’effet de ton intervention sur ton auditoire.

Travail d’écriture (Sujet B)

Recherche d’idées

Demande-toi quelle pouvait être la relation qui unissait Antigone à son frère (tendresse, admiration, connivence…).

Tu dois t’inspirer des arguments employés par Antigone dans l’extrait pour expliquer son geste : qu’il faut accomplir les rites, que c’est son devoir de sœur, qu’un corps sans sépulture ne trouvera jamais le repos.

Conseils de rédaction

Puise à la fois dans le champ lexical des sentiments (chéri, chérir, aimer, tendre, douleur, déchirement…) et dans celui du devoir (nécessité, tâche, rôle, obligation, promesse…).

N’oublie pas la présence des gardes à proximité : cela te permettra d’introduire un sentiment d’urgence et de danger.

Corrigé

Corrigé

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents

questions

▶ 1. Ce texte est une scène de théâtre, comme le montrent les noms des personnages placés devant les répliques et les didascalies en italique.

Elle est extraite d’une tragédie antique revisitée par un auteur moderne. Les personnages sont de condition royale, à l’exception du garde.

Il y est question de devoir, de vie et de mort. Le dénouement de la pièce s’annonce fatal : l’héroïne est prête à sacrifier sa vie pour ne pas renoncer à ce qu’elle pense être son devoir.

▶ 2. a) Antigone tente de recouvrir de terre le corps de son frère Polynice, laissé sans sépulture sur l’ordre du roi Créon.

b) Elle s’impose cette tâche, car elle veut que Polynice trouve le repos dans la mort : elle considère que cela relève de son devoir de sœur.

c) Elle encourt la peine de mort.

▶ 3. Le garde s’exprime dans un niveau de langage familier. Il emploie des constructions et des expressions familières, comme par exemple l’oubli du premier élément de la négation : « je voyais plus » à la place de « je ne voyais plus ». Ou bien encore : « Je vais au camarade lui demander une chique pour passer ça. »

▶ 4. a) Les paroles sont rapportées au discours direct, telles qu’elles ont été prononcées, entre guillemets.

b) Cela rend la scène plus vivante, plus naturelle et conserve au dialogue des gardes toute sa truculence.

▶ 5. On peut bien sûr penser que le geste d’Antigone est inutile face à l’intransigeance de Créon. Son sacrifice peut sembler vain : elle devrait plutôt choisir de vivre. Cependant, s’il n’existait pas d’Antigone pour s’opposer à l’inacceptable, que serait le monde dans lequel nous vivons ? Ainsi, le sacrifice des résistants ou les risques pris par certains Français pour protéger des familles juives pendant la Seconde Guerre mondiale ne doivent pas être oubliés.

Sans aller jusqu’au sacrifice de sa vie, il faut être capable de ne pas se laisser aller à de petites lâchetés et de ne pas se taire lorsque l’on est témoin d’une injustice, d’un racket ou d’une agression par exemple.

▶ 6. Dans cette version d’Antigone, le metteur en scène a opté pour un décor simple, dépouillé, dans des teintes de gris.

Les costumes sont modernes : Antigone porte un pantalon gris et une chemise d’homme, et les cheveux courts à la garçonne. Créon est en costume-cravate, mais sans sa veste, en bras de chemise et bretelles, la cravate de travers. Rien ne rappelle ses fonctions de roi, ni sceptre ni couronne.

Antigone, derrière Créon, semble révoltée et déterminée. Son visage exprime une sensibilité à fleur de peau, à la fois souffrance et conviction. Créon, lui, semble fatigué, accablé par sa tâche de roi et par son impuissance à faire entendre raison à la jeune insoumise.

▶ 7. Bien sûr, il existe bien d’autres possibilités de mise en scène : certains pourront préférer des costumes antiques, d’autres insisteront sur le contexte de l’occupation nazie. Cependant, cette version épurée, pleine de sobriété, nous emmène au plus proche de l’universalité du mythe.

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue

dictée

Point méthode

1 Attention aux terminaisons verbales. Tu ne dois pas confondre :

– la deuxième personne du pluriel du présent de l’indicatif : vous n’avez ;

– la troisième personne du singulier de l’imparfait : il fallait (action passée) ;

– l’infinitif des verbes du premier groupe : toucher, manger, donner, se baigner.

2 Ne confonds pas les homophones : ce et se ; a et à.

Comprendre… Vous n’avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu’on ne peut pas toucher à l’eau, à la belle et fuyante eau froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Il fallait comprendre qu’on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu’on a dans ses poches au mendiant qu’on rencontre, courir, courir dans le vent jusqu’à ce qu’on tombe par terre et boire quand on a chaud et se baigner quand il est trop tôt ou trop tard, mais pas juste quand on en a envie ! Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre.

réécriture

Les modifications sont mises en couleur.

Attention !

Le participe passé empoignées est employé avec l’auxiliaire avoir et s’accorde donc avec le pronom COD les, féminin pluriel.

« Elles ont continué de toutes leurs forces aussi vite qu’elles le pouvaient, comme si elles ne me voyaient pas arriver. Et quand je les ai empoignées, elles se débattaient comme des diablesses. »

travail d’écriture

Voici un exemple de rédaction sur chacun des deux sujets.

Attention les titres en couleur ne doivent pas figurer sur ta copie.

Sujet A

[Présentation de l’injustice et des sentiments ressentis] L’an dernier, j’ai été témoin d’une injustice : un nouvel élève était arrivé dans la classe ; très vite, il est devenu le bouc émissaire de tous. Pour moi, la situation était intolérable : je ne supporte pas les injustices. Aussi, ai-je décidé d’en parler. Ce n’était pas facile, car je suis plutôt timide. Cependant, je n’avais pas le choix : cela me tourmentait, m’empêchait de dormir. Je ne voulais pas être témoin et encore moins complice d’un tel acharnement.

Conseil

Varie les moyens de rapporter les paroles : discours indirect, discours indirect libre et discours direct. N’oublie pas les guillemets au discours direct.

[Les circonstances de la prise de parole] Un jour, à l’heure de la vie de classe, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai décidé de prendre la parole. J’ai commencé par parler d’Antigone, la pièce d’Anouilh que nous étions en train d’étudier. J’ai rappelé à mes camarades qu’il fallait parfois savoir dire non. Nous en étions tous d’accord. Eh bien, le moment était venu d’en faire nous-mêmes l’expérience.

[1er argument : les différences de chacun sont source de richesse] « Nous ne pouvons plus continuer à harceler Paul, ai-je dit. C’est l’un des nôtres. Nous sommes tous différents, c’est ce qui fait la richesse de notre classe. Apprenons à mieux le connaître.

[2e argument : s’attaquer à plus faible que soi est lâche et cruel] De plus, ai-je continué, c’est lâche de s’en prendre à quelqu’un de plus faible, qui est seul contre tous. C’est tellement facile ! On dirait une meute de chiens qui s’acharne sur une proie. En réalité, c’est vous qui êtes faibles, sans honneur, sans dignité. »

Quelques rires ont fusé, quelques plaisanteries ont été lancées, mais très vite le silence s’est fait.

[3e argument : le harcèlement peut mettre en danger de la vie d’autrui] « Et surtout, je refuse d’être complice : Paul est absent aujourd’hui, comme souvent. Il semble profondément affecté par toutes les méchancetés qu’il subit sans cesse. J’ai peur pour lui. N’avez-vous pas vu à la télévision la campagne contre le harcèlement : les conséquences peuvent être tragiques et nous serons tous coupables. »

[Conclusion] Alors, d’autres ont pris la parole. Nous avons décidé de téléphoner, d’envoyer des textos ou des mails le soir même à Paul pour lui demander de nous excuser.

Sujet B

Attention !

Place bien le nom du personnage devant sa tirade sans guillemets ni verbe introducteur et pense aux didascalies.

[Évocation des souvenirs heureux, de la complicité passée] Antigone (penchée sur le corps de son frère) Polynice, mon frère, toi qui as partagé mes secrets, toi qui m’as initiée aux jeux les plus intrépides, toi qui m’as tiré les cheveux quand nous nous disputions, mais qui savais aussi me protéger, comment pourrais-je t’abandonner, solitaire et rejeté de tous, condamné à être dévoré par les corbeaux, sous les yeux de ces deux gardes stupides qui ne savent qu’obéir ? (Elle regarde dans leur direction) Il faut que je fasse vite avant d’être découverte.

Conseil

N’oublie pas de faire allusion aux gardes qui peuvent à tout moment arrêter Antigone.

[Explication, justification de son geste] De toute façon, je préfère braver la mort que de vivre avec le remords de t’avoir renié : comment pourrais-je profiter du jour, de la caresse du soleil, de la douceur de la pluie, de la sérénité de la nuit, si je te sais errant sans sépulture dans les ténèbres de la mort ? Et si ta sœur, ta petite Antigone, ne le fait pas, qui le fera ? (Chuchotant d’une voix douce) Regarde, j’ai pris la petite pelle sur laquelle papa avait gravé ton nom et avec laquelle nous faisions des châteaux dans le sable. Je te revois, les cheveux pleins de sel et le corps hâlé. Tu étais mon héros, j’étais ta princesse.

[Révolte d’Antigone devant la mort de ses frères] Quelle tristesse que ce pouvoir maudit vous ait poussés à vous battre à mort, vous, mes deux frères chéris, Polynice et Étéocle ! Quelle est cette soif dévorante qui a fait se déchirer deux frères jadis si complices ?

[Dernière promesse] Dors en paix, mon Polynice. Et ne t’inquiète pas, s’ils viennent te découvrir, je reviendrai, s’ils m’emmènent, je m’échapperai et s’ils m’enferment, je serai là par la pensée. Antigone sera toujours avec toi.