Une liberté nouvelle (texte de S. De Beauvoir, tableau de V. Matteo Corcos)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Se raconter, se représenter
Type : Sujet complet | Année : 2017 | Académie : Pondichéry

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Pondichéry • Mai 2017

50 points

Une liberté nouvelle

1re partie • Comprendre, analyser et interpréter – Réécriture (1 h 10)

Document A Texte littéraire

Simone de Beauvoir vient d’avoir vingt ans : en s’installant à Paris, dans une pension tenue par sa grand-mère, elle obtient enfin la liberté dont elle avait tant rêvé pendant ses années d’études… Elle raconte cette installation au deuxième tome de son œuvre autobiographique.

Ce qui me grisa lorsque je rentrai à Paris, en septembre 1929, ce fut d’abord ma liberté. J’y avais rêvé dès l’enfance, quand je jouais avec ma sœur à « la grande jeune fille ». Étudiante, j’ai dit avec quelle passion je l’appelai. Soudain, je l’avais ; à chacun de mes gestes, je m’émerveillais de ma légèreté. Le matin, dès que j’ouvrais les yeux, je m’ébrouais, je jubilais. Aux environs de mes douze ans, j’avais souffert de ne pas posséder à la maison un coin à moi. Lisant dans Mon journal1 l’histoire d’une collégienne anglaise, j’avais contemplé avec nostalgie le chromo2 qui représentait sa chambre : un pupitre, un divan, des rayons couverts de livres ; entre ces murs aux couleurs vives, elle travaillait, lisait, buvait du thé, sans témoin : comme je l’enviai ! J’avais entrevu pour la première fois une existence plus favorisée que la mienne. Voilà qu’enfin moi aussi j’étais chez moi ! Ma grand-mère avait débarrassé son salon de tous ses fauteuils, guéridons, bibelots. J’avais acheté des meubles en bois blanc que ma sœur m’avait aidée à badigeonner d’un vernis marron. J’avais une table, deux chaises, un grand coffre qui servait de siège et de fourre-tout, des rayons pour mettre mes livres, un divan assorti au papier orange dont j’avais fait tendre les murs. De mon balcon, au cinquième étage, je dominais les platanes de la rue Denfert-Rochereau et le lion de Belfort. Je me chauffais avec un poêle à pétrole rouge et qui sentait très mauvais : il me semblait que cette odeur défendait ma solitude et je l’aimais. Quelle joie de pouvoir fermer ma porte et passer mes journées à l’abri de tous les regards ! Je suis très longtemps restée indifférente au décor dans lequel je vivais ; à cause, peut-être, de l’image de Mon journal je préférais les chambres qui m’offraient un divan, des rayonnages ; mais je m’accommodais de n’importe quel réduit : il me suffisait encore de pouvoir fermer ma porte pour me sentir comblée. Je payais un loyer à ma grand-mère et elle me traitait avec autant de discrétion que ses autres pensionnaires ; personne ne contrôlait mes allées et venues. Je pouvais rentrer à l’aube ou lire au lit toute la nuit, dormir en plein midi, rester claquemurée vingt-quatre heures de suite, descendre brusquement dans la rue. Je déjeunais d’un bortsch chez Dominique3, je dînais à la Coupole d’une tasse de chocolat. J’aimais le chocolat, le bortsch, les longues siestes et les nuits sans sommeil, mais j’aimais surtout mon caprice. Presque rien ne le contrariait. Je constatai joyeusement que le « sérieux de l’existence », dont les adultes m’avaient rebattu les oreilles, en vérité ne pesait pas lourd. Passer mes examens, ça n’avait pas été de la plaisanterie ; j’avais durement peiné, j’avais eu peur d’échouer, je butais contre des obstacles et je me fatiguais. Maintenant, nulle part je ne rencontrais de résistances, je me sentais en vacances, et pour toujours.

Simone de Beauvoir, La Force de l’Âge, 1960, © Éditions Gallimard, www.gallimard.fr.

1. Mon journal : mensuel de l’époque, pour filles et garçons de cinq à dix ans.

2. Chromo : illustration en couleur.

3. Dominique : restaurant russe qui servait entre autres choses le bortsch, un potage traditionnel de l’Est.

Document B Vittorio Matteo Corcos, Rêves, 1896

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questions 20 points

Les réponses aux questions doivent être entièrement rédigées.

Sur le texte littéraire (document A)

1. Lignes 1 à 6 : relevez trois mots qui illustrent le sentiment dominant de ce passage. Quelle en est la cause ? (2 points)

2. « J’aimais le chocolat, le bortsch, les longues siestes et les nuits sans sommeil, mais j’aimais surtout mon caprice. » (lignes 35 à 37)

Quels sont les goûts évoqués par la narratrice dans cette phrase ? Lequel est mis en avant et comment ? (3 points)

3. « j’y avais rêvé dès l’enfance » (ligne 2)

Dans cette proposition, à quel temps le verbe est-il conjugué ? Expliquez son emploi. (2 points)

4. « j’avais durement peiné, j’avais eu peur d’échouer, je butais contre des obstacles et je me fatiguais. Maintenant, nulle part je ne rencontrais de résistances, je me sentais en vacances, et pour toujours. » (lignes 40 à 43)

a) Quel est le rapport logique entre ces deux phrases ?

b) Transformez ces deux phrases en une phrase complexe contenant une proposition subordonnée. (2 points)

5. Que représente la nouvelle chambre dans la vie de la narratrice ? Vous développerez au moins deux idées. (4 points)

6. Quelle est la place de la lecture dans la liberté nouvelle de la narratrice ? Justifiez en citant le texte. (3 points)

Sur le texte littéraire et l’image (documents A et B)

7. Décrivez l’attitude de la jeune femme dans ce tableau. Quelle image particulière de la lectrice introduit-il ? Cette vision rejoint-elle celle que propose le texte ? (4 points)

réécriture 5 points

« Je suis très longtemps restée indifférente au décor dans lequel je vivais ; à cause, peut-être, de l’image de Mon journal je préférais les chambres qui m’offraient un divan, des rayonnages ; mais je m’accommodais de n’importe quel réduit […] » (l. 24-28)

Réécrivez ce passage en remplaçant la 1re personne du singulier (« je ») par la 1re personne du pluriel (« nous ») désignant la narratrice et sa sœur. Vous ferez toutes les modifications nécessaires.

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue (1 h 50)

dictée 5 points

Le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre, ainsi que le nom « Herbaud » sont écrits au tableau au début de la dictée.

Simone de Beauvoir

Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958

© Éditions Gallimard, www.gallimard.fr

Voilà pourquoi en rencontrant Herbaud j’eus l’impression de me trouver moi-même : il m’indiquait mon avenir. Ce n’était ni un bien-pensant, ni un rat de bibliothèque, ni un pilier de bar ; il prouvait par son exemple qu’on peut se bâtir, en dehors des vieux cadres, une vie orgueilleuse, joyeuse et réfléchie : telle exactement que je la souhaitais. Cette fraîche amitié exaltait les gaietés du printemps. Un seul printemps dans l’année, me disais-je, et dans la vie une seule jeunesse : il ne faut rien laisser perdre des printemps de ma jeunesse.

travail d’écriture 20 points

Vous traiterez au choix le sujet A ou B.

Sujet A

En quoi la lecture peut-elle être selon vous une source de liberté ?

Vous répondrez à cette question en envisageant notamment différentes pratiques ou différents supports de la lecture.

Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).

Sujet B

La narratrice rencontre sa grand-mère dans la pension : cette dernière exprime ses sentiments face à la liberté et au bonheur de sa petite fille. Elle lui raconte ce qu’était sa vie au même âge.

Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ) et mêlera dialogue et narration.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Simone de Beauvoir, philosophe et romancière, fut une femme engagée, célèbre pour ses écrits féministes. Dans le deuxième tome de son autobiographie, La Force de l’Âge, elle commence par raconter les premiers temps de sa vie de femme active et indépendante, dans les années 1930, lorsqu’elle quitte le domicile familial.

L’image (document B)

Le tableau de Vittorio Matteo Corcos évoque, par son rendu, les photographies de l’époque. Il fit sensation la première fois qu’il fut exposé : la femme représentée semble revendiquer indépendance et liberté d’esprit.

Travail d’écriture (Sujet A)

Recherche d’idées

Tu dois montrer que la lecture est une source de liberté. Pars de tes propres pratiques de lecteur. Que lis-tu : romans imposés par l’école, livres proches de tes intérêts personnels, documentaires ? Comment lis-tu : des heures d’affilée, quelques minutes par jour, sur des supports imprimés ou numériques ? Pourquoi lis-tu : pour te distraire, t’informer ? À partir de tes réponses à ces questions, réfléchis à ce que cette activité peut apporter.

Conseils de rédaction

Voici un déroulement possible pour ton devoir :

1. La lecture offre une évasion dans l’imaginaire.

2. La lecture représente une ouverture aux autres et au monde.

3. La lecture permet d’accéder au savoir.

Travail d’écriture (Sujet B)

Recherche d’idées

Commence ton devoir par un passage narratif pour évoquer la rencontre entre la narratrice et sa grand-mère. La jeunesse de la grand-mère se situe vraisemblablement dans la seconde moitié du xixsiècle. Imagine ce qu’était la vie d’une jeune fille de bonne famille à cette époque : pouvait-elle vivre seule et exercer une activité professionnelle ?

Conseils de rédaction

Comme le texte de départ, ton devoir sera rédigé à la 1re personne : c’est la narratrice qui s’exprimera dans tous les passages narratifs.

Dans le dialogue, les interventions de la grand-mère seront les plus longues.

Tu dois utiliser le vocabulaire des sentiments et des émotions, exprimant au choix : l’envie, la fierté, le regret ou la réprobation.