Union économique et monétaire et politiques conjoncturelles

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Mondialisation et intégration européenne
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2014 | Académie : Pondichéry
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Union économique et monétaire et politiques conjoncturelles
 
 

Mondialisation, finance internationale et intégration européenne

sesT_1404_12_01C

Ens. spécifique

15

CORRIGE

 

Pondichéry • Avril 2014

raisonnement • 10 points

> À l’aide du dossier documentaire et de vos connaissances, vous montrerez que l’union économique et monétaire renforce les interdépendances entre les politiques conjoncturelles des États membres.

DOCUMENT 1

 

L’Union économique et monétaire (UEM) mise en place en 1999 avec la création de l’euro vient d’être confrontée au cas d’école qu’on pouvait redouter. Est-elle bien armée pour gérer une crise économique majeure avec, d’un côté, une politique monétaire unique axée sur la stabilité des prix· et, de l’autre, des politiques budgétaires nationales encadrées par le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) ? […]. La Banque centrale européenne (BCE) a reçu pour mission d’assurer, en toute indépendance des pouvoirs politiques, la stabilité des prix dans la zone euro. Les traités européens sont formels sur la priorité de cet objectif. Pour le respecter, la BCE s’est dotée d’une stratégie qu’elle a appliquée scrupuleusement depuis la naissance de l’euro. D’ailleurs, elle n’a eu de cesse, en régime normal, d’insister sur la cohérence de toutes ses décisions au regard de la stabilité des prix. […] Le Pacte de stabilité et de croissance s’inscrit dans le cadre général de la coordination des politiques économiques prévue par les traités depuis la création de l’euro. Il répond aux dispositions stipulant que les États membres « évitent les déficits excessifs ». Le PSC entend imposer aux participants à la zone euro une culture de stabilité des finances publiques. Il s’agit d’empêcher que la situation budgétaire d’un État entraîne une fragilisation de l’ensemble de la zone monétaire en diffusant, à travers des effets de débordement, des pressions inflationnistes, des tensions sur les taux d’intérêt et une perte de la valeur externe de l’euro. En effet, un déficit public et l’accroissement de la dette d’un État membre peuvent entraîner, pour l’ensemble de la zone euro, des pressions sur les prix (par une augmentation de la demande de biens et services) et sur les taux d’intérêt (par un surcroît de demande de financement), tout cela risquant de générer, en plus, des impacts négatifs sur la valeur externe de la monnaie unique. De fait, le PSC vient largement en appui de la politique de stabilité des prix pilotée par la BCE.

Michel Devoluy, « L’euro et le PSC dans la tourmente », Cahiers français n° 359, novembre-décembre 2010.

DOCUMENT 2

 

L’adoption d’une même monnaie par différents pays supprime l’ensemble des coûts liés aux variations des taux de change1 des monnaies entre elles. De ce fait, les échanges entre les différents pays de la zone sont facilités par la seule suppression des taux de change. Le poids du commerce intrazone augmente, ce qui favorise la transmission des fluctuations d’une économie à l’autre. En effet, une accélération de la croissance dans un des pays accroît les importations en provenance des autres pays, tirant ainsi la croissance du reste de la zone dans son sillage. Les fluctuations des économies nationales tendent ainsi à devenir similaires, tout en se synchronisant. L’adoption d’une monnaie unique permet ainsi une convergence des fluctuations économiques, cette convergence permettant en retour la définition d’une seule politique monétaire pour l’ensemble des pays de la zone.

Patrick Artus et Isabelle Gravet, La crise de l’euro, 2012.

1. Taux de change d’une monnaie : prix de cette monnaie par rapport à une autre.

DOCUMENT 3

Déficit (–) ou excédent (+) public dans cinq pays de l’Union économique et monétaire européenne (en % du PIB)

 

2008

2009

2010

2011

2012

Allemagne

− 0,1

− 3,1

− 4,1

− 0,8

+ 0,2

Danemark

+ 3,2

− 2,7

− 2,5

− 1,8

− 4,0

Espagne

− 4,5

− 11,2

− 9,7

− 9,4

− 10,6

France

− 3,3

− 7,5

− 7,1

− 5,3

− 4,8

Italie

− 2,7

− 5,5

− 4,5

− 3,8

− 3,0

 

Source : Eurostat, 2013.

Entrer dans le sujet

  • L’Union économique et monétaire est l’accord passé entre les pays européens pour mettre en place une monnaie unique. La Banque centrale européenne (BCE) définit la politique monétaire qui s’applique à l’ensemble des pays de la zone euro, alors que la politique budgétaire est décidée au niveau national.
  • Les politiques conjoncturelles sont des politiques économiques visant à agir sur les grands équilibres économiques. Deux instruments principaux sont utilisés : la politique budgétaire et la politique monétaire, l’articulation de ces deux instruments constituant la policy mix.
  • Le raisonnement doit montrer comment les politiques conjoncturelles, et plus particulièrement les politiques budgétaires, ne peuvent plus être totalement autonomes.

Comprendre les documents

Document 1

Ce document met en évidence les contraintes concernant les politiques budgétaires des pays de la zone euro. La politique monétaire mise en œuvre par la BCE contient le taux d’inflation à un niveau inférieur à 2 %. Pour éviter les pressions inflationnistes dans la zone euro, les pays doivent limiter leur déficit budgétaire, d’où le pacte de stabilité et de croissance qui limite le déficit budgétaire et la dette publique.

Document 2

L’adoption de la monnaie unique permet de réduire les coûts liés aux taux de change, ce qui favorise les échanges entre les pays de la zone euro en renforçant l’interdépendance des conjonctures entre les pays.

Document 3

Ce document montre l’évolution, depuis le début de la crise, du déficit budgétaire de cinq pays de l’Union européenne. Au début de la crise, seuls l’Allemagne, le Danemark et l’Italie répondent aux exigences du pacte de stabilité et de croissance, le déficit budgétaire ne devant pas dépasser 3 % du PIB. Cependant, dès 2009, dans tous les pays, le déficit s’accroît fortement. Cette évolution s’infléchit en 2010, inflexion poursuivie en 2011 et 2012 sauf en Espagne.

Structurer sa réponse

Il faut caractériser les politiques conjoncturelles des pays de l’Union européenne puis expliquer le renforcement de leur interdépendance.

 
Corrigé

Introduction

L’Union économique et monétaire (UEM) est l’accord passé entre les pays de l’Union européenne (UE) pour adopter une monnaie unique remplaçant les monnaies nationales. Cette monnaie unique renforce les interdépendances entre les politiques conjoncturelles des pays concernés, notamment leur politique budgétaire.

I. Une seule politique monétaire

  • Depuis le 1er janvier 1999, la politique monétaire des pays de la zone euro, mise en œuvre par la Banque centrale européenne (BCE), devient unique ; chaque pays conserve cependant une politique budgétaire autonome.
  • La BCE occupe un rôle central dans la gestion de la monnaie unique. Indépendante du pouvoir politique, elle détermine la politique monétaire de tous les pays appartenant à la zone euro.
  • Les statuts de la BCE stipulent que son objectif principal et quasi unique est la stabilité des prix, c’est-à-dire un niveau d’inflation avoisinant les 2 % (document 2). Pour atteindre cet objectif, la BCE agit sur le taux d’intérêt auquel les banques se refinancent auprès de la BCE. Ces taux d’intérêt s’appliquent à tous les pays, quelle que soit la situation de leur conjoncture économique.

II. Des politiques budgétaires nationales

  • Si la politique monétaire décidée par la BCE s’applique à tous les pays de la zone euro, les politiques budgétaires restent autonomes.
  • Le Pacte de stabilité et de croissance (document 1) précise que les pays de la zone euro ne doivent pas avoir un déficit budgétaire supérieur à 3 % du produit intérieur brut (PIB) ni un taux d’endettement supérieur à 60 % du PIB. Si un pays dépasse ces limites, la Commission européenne peut entamer une procédure de déficit excessif pouvant conduire à des pénalités.
  • Cependant, les objectifs du pacte de stabilité ne semblent pas véritablement atteints au moment où survient la crise, puisque seuls l’Allemagne et le Danemark (ce dernier pays n’est pas dans la zone euro) répondent aux exigences du pacte. Après la crise, le déficit budgétaire fait plus que doubler et dépasse même 10 % en Espagne (document 3).

III. Le renforcement des interdépendances entre les politiques conjoncturelles

  • L’adoption de la monnaie unique a accru les échanges entre les pays de l’UE. Dès lors, toute baisse de la demande dans un pays a des effets sur la croissance des autres car ceux-ci exportent moins (document 2) ce qui provoque un choc de demande négatif ; l’inverse est également vrai.
  • Pour faire face à un ralentissement de l’activité et une hausse du chômage, les pays n’ont d’autre moyen que d’accroître les dépenses publiques car la politique monétaire est décidée par la BCE. Or une augmentation du déficit public risque d’avoir des effets inflationnistes entraînant une politique monétaire restrictive. Cette dernière, favorisant la poursuite de la récession et la hausse de l’endettement peut alors mettre en péril l’existence de l’euro.
  • La coordination des politiques conjoncturelles est d’autant plus nécessaire que, pour beaucoup d’économistes, l’UEM ne constitue pas une zone monétaire optimale par manque de mobilité du facteur travail.

Conclusion

La création de l’UEM a renforcé l’interdépendance entre les politiques conjoncturelles des États membres. Ainsi, une politique monétaire menée exclusivement par la BCE suppose des mesures définies par le pacte de stabilité et de croissance incitant les pays à limiter leur déficit public et leur endettement.