Verne, Vingt mille lieues sous les mers

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Verne, Voyage au centre de la Terre – Science et fiction
Type : Commentaire littéraire | Année : 2019 | Académie : Inédit


Sujet d’écrit • Commentaire

Verne, Vingt mille lieues sous les mers

4 heures

20 points

Intérêt du sujetJules Verne, précurseur de la science-fiction, puise son inspiration dans les nouvelles technologies de son époque pour transporter son lecteur dans un monde fantastique.

Commentez ce texte de Jules Verne, extrait de Vingt mille lieues sous les mers, en vous inspirant du parcours de lecture ci-dessous.

Montrez comment le texte valorise le capitaine Nemo.

Analysez les éléments qui contribuent à donner du Nautilus une image extraordinaire.

DOCUMENT

Dans cet extrait, le capitaine Nemo fait visiter au narrateur, le scientifique Aronnax, les différents espaces de son sous-marin.

Je suivis le capitaine Nemo à travers les coursives1 situées en abord, et j’arrivai au centre du navire. Là, se trouvait une sorte de puits qui s’ouvrait entre deux cloisons étanches. Une échelle de fer, cramponnée à la paroi, conduisait à son extrémité supérieure. Je demandai au capitaine à quel usage servait cette échelle.

« Elle aboutit au canot, répondit-il.

– Quoi ! vous avez un canot ? répliquai-je, assez étonné.

– Sans doute. Une excellente embarcation, légère et insubmersible, qui sert à la promenade et à la pêche.

– Mais alors, quand vous voulez vous embarquer, vous êtes forcé de revenir à la surface de la mer ?

– Aucunement. Ce canot adhère à la partie supérieure de la coque du Nautilus, et occupe une cavité disposée pour le recevoir. Il est entièrement ponté2, absolument étanche, et retenu par de solides boulons. Cette échelle conduit à un trou d’homme percé dans la coque du Nautilus, qui correspond à un trou pareil percé dans le flanc du canot. C’est par cette double ouverture que je m’introduis dans l’embar­ca­tion. On referme l’une, celle du Nautilus ; je referme l’autre, celle du canot, au moyen de vis de pression ; je largue les boulons, et l’embarcation remonte avec une prodigieuse rapidité à la surface de la mer. J’ouvre alors le panneau du pont, soigneusement clos jusque-là, je mâte3, je hisse ma voile ou je prends mes avirons, et je me promène.

– Mais comment revenez-vous à bord ?

– Je ne reviens pas, monsieur Aronnax, c’est le Nautilus qui revient.

– À vos ordres !

– À mes ordres. Un fil électrique me rattache à lui. Je lance un télégramme, et cela suffit.

– En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n’est plus simple ! »

Après avoir dépassé la cage de l’escalier qui aboutissait à la plate-forme, je vis une cabine longue de deux mètres, dans laquelle Conseil et Ned Land4, enchantés de leur repas, s’occupaient à le dévorer à belles dents. Puis, une porte s’ouvrit sur la cuisine longue de trois mètres, située entre les vastes cambuses5 du bord.

Là, l’électricité, plus énergique et plus obéissante que le gaz lui-même, faisait tous les frais de la cuisson. Les fils, arrivant sous les fourneaux, communiquaient à des éponges de platine une chaleur qui se distribuait et se maintenait régulièrement. Elle chauffait également des appareils distillatoires6 qui, par la vaporisation, fournissaient une excellente eau potable. Auprès de cette cuisine s’ouvrait une salle de bains, confortablement disposée, et dont les robinets fournissaient l’eau froide ou l’eau chaude, à volonté.

À la cuisine succédait le poste de l’équipage, long de cinq mètres.

Mais la porte en était fermée, et je ne pus voir son aménagement, qui m’eût peut-être fixé sur le nombre d’hommes nécessité par la manœuvre du Nautilus.

Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, 1871.

1. Coursive : couloir étroit à l’intérieur d’un navire.

2. Ponté : qui est muni d’un pont.

3. Mâter : installer le mât d’un bateau.

4. Conseil et Ned Land sont deux compagnons d’expédition d’Aronnax.

5. Cambuse : pièce de stockage des réserves de nourriture sur un bateau.

6. Appareil distillatoire : appareil permettant de purifier l’eau.

 

Les clés du sujet

Définir le texte

fra1_1900_00_09C_01

Construire le plan

022_PLAN

Corrigé

Corrigé Guidé

Les titres en couleur ou entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation du contexte] À la fin du xixsiècle, Jules Verne invente le « roman de la science », une encyclopédie romanesque du savoir moderne avec des héros aventuriers lancés dans des voyages imaginaires, dans des mondes connus ou ignorés, dans les profondeurs de la terre ou des mers…

[Présentation du texte] L’épopée mythique du capitaine Nemo et de son sous-marin le Nautilus est une nouvelle Odyssée : au cyclope Polyphème qu’il vient d’aveugler, Ulysse crie qu’il s’appelle « Personne » ; Nemo, le nom latin que s’est donné ce mystérieux capitaine, signifie justement « personne » ! Nemo a recueilli à bord du Nautilus trois naufragés, dont un scientifique, le professeur Aronnax, auquel il fait visiter son sous-marin.

[Annonce du plan] Nemo est un être exceptionnel par ses qualités et ses connaissances techniques [I]. Elles lui ont permis de concevoir et de réaliser le Nautilus, une création extraordinaire [II].

I. Nemo, capitaine et homme d’exception

Le secret de fabrication

Il s’agit ici d’analyser, à partir du dialogue entre Aronnax et le capitaine Nemo, les qualités de ce dernier, qualités humaines, intellectuelles, scientifiques et techniques.

1. Les certitudes d’un capitaine expérimenté

Il se dégage de Nemo une autorité naturelle qui en impose à ceux qui l’approchent. Le narrateur – le professeur Aronnax – est impressionné par l’ascendant que Nemo exerce sur lui. Le capitaine lui fait l’honneur d’une visite guidée et commentée du sous-marin, dans lequel il se déplace avec aisance. Aronnax l’interroge, l’accompagne (« je suivis ») et l’écoute avec respect et attention, tel un élève écoutant son maître.

Nemo a une connaissance parfaite du Nautilus et il en explique avec précision le fonctionnement, comme celui du canot qui sert d’annexe au sous-marin. Son exposé, relativement long, est d’une grande clarté. Il se met en scène à la première personne, sans forfanterie ni fausse modestie : il est le sujet d’une longue série de verbes d’action au présent d’énonciation, décrivant des manœuvres successives (« je m’introduis, je referme, je largue, j’ouvre, je mâte… »). On a l’impression de suivre des gestes de routine qui se déroulent impeccablement parce que tout a été pensé, prévu, calculé.

Nemo n’a pas le moindre doute sur les capacités de son engin et de nombreux termes superlatifs soulignent le soin apporté à tous les détails : le canot est une « excellente » embarcation, il est maintenu par de « solides boulons » « entièrement ponté », « absolument étanche », « soigneusement clos »…

2. Une autorité sereine, froide et courtoise

Le capitaine semble tout maîtriser et tout lui obéit. Le Nautilus, personnifié, est à ses « ordres » et revient le chercher quand il a fini sa pêche ou sa promenade à la surface de l’océan. Même l’électricité qui fait vivre et fonctionner le sous-marin a été choisie comme source d’énergie parce qu’elle est « plus obéissante ». La seule volonté du capitaine « suffit » pour que ses ordres soient exécutés et, dès lors, « rien n’est plus simple » que la vie à bord.

conseil

Autant que possible, intégrez les mots ou expressions du texte cités dans la structure de vos propres phrases (entre guillemets).

Nemo peut paraître un peu froid, mais il s’adresse avec courtoisie au professeur et lui donne du « Monsieur Aronnax ». Psychologue, il a reconnu chez le scientifique un homme de valeur, un pair capable de comprendre et d’apprécier les qualités du Nautilus. On pourrait même déceler un peu d’amusement chez Nemo devant la stupéfaction d’Aronnax quand il décrit, avec un léger humour, l’énorme sous-marin qui « revient » le chercher lors de ses sorties en mer, comme un chien obéissant.

3. Un inventeur génial

Ce capitaine est aussi un ingénieur, un inventeur génial. Esprit novateur, il a su tirer parti des découvertes les plus récentes, comme l’électricité, et des propriétés d’un matériau rare, la « mousse de platine ». Il a trouvé des solutions aux défis posés par les lois physiques, notamment les énormes pressions que le sous-marin subit quand il est en plongée, et il a inventé des « appareils distillatoires » pour assurer l’autonomie en eau du Nautilus.

Il se sert de termes techniques précis qui donnent l’impression de lire des schémas d’une extrême clarté : là où Aronnax décrit d’une façon approximative « une sorte de puits qui s’ouvr[e] entre deux cloisons étanches », Nemo donne des éclaircissements avec les mots justes : « trou d’homme », « vis de pression ».

Il partage son savoir en utilisant un discours pédagogique clair, didactique mais sans excès, avec des phrases déclaratives. L’écoute admirative du professeur Aronnax donne la mesure de l’étendue des compétences techniques de Nemo : il s’avoue « grisé par ces merveilles » que lui expose le capitaine-ingénieur et son étonnement se marque dans la forme exclamative de ses phrases et quelques interjections.

II. Le Nautilus, une création extraordinaire

Le secret de fabrication

Cette partie s’attache à montrer l’impression que produit le Nautilus, présenté comme une invention extraordinaire, et en quoi il appartient à un univers de science-fiction.

Le Nautilus est une création extraordinaire. L’admiration des visiteurs témoigne des « merveilles » qu’ils découvrent, et Aronnax, qui est un savant au fait des plus récentes découvertes, n’a pas de mots assez forts pour exprimer sa stupéfaction : il est « grisé » alors que ses camarades, plus terre à terre, sont « enchantés » par leur repas.

1. Un microcosme autonome, protecteur et mystérieux

Le Nautilus est un véritable univers flottant, un microcosme autonome et protecteur tout entier au service exclusif de Nemo et de son équipage. Tout y est parfaitement fonctionnel et répond aux besoins physiologiques et hygiéniques de ses occupants ainsi qu’à leurs loisirs.

Il est adapté à la taille de l’homme, à son confort, à ses déplacements à l’intérieur (par exemple pour accéder au canot, grâce à une échelle, à des « trous d’homme ») et à l’extérieur (pour avoir la possibilité de quitter le sous-marin et d’y revenir). Il tire de la mer toutes ses ressources (boisson, nourriture, hygiène) et fonctionne à l’électricité, une énergie « obéissante » et propre au service de Nemo et de l’équipage.

Le bâtiment conserve cependant une dimension mystérieuse : on pourrait se perdre dans le labyrinthe de ses « vastes » coursives et seul le capitaine y retrouve son chemin. Des portes restent fermées et gardent le secret sur les pièces auxquelles elles donnent accès, sur « le nombre d’hommes nécessité par la manœuvre du Nautilus ».

2. Une réalisation technique impressionnante

Quelques indications permettent à Aronnax d’évaluer les dimensions impressionnantes du sous-marin : « vastes cambuses », « cabine longue de deux mètres », « trois mètres » pour la cuisine, « cinq mètres » pour le poste d’équipage.

Le Nautilus est pourvu des équipements les plus modernes. Le bois – matériau traditionnel des bateaux – est ici remplacé par le « fer », dont l’utilisation se généralise au xixsiècle (chemins de fer, viaducs, tour Eiffel). Le « canot » qui lui sert d’annexe s’intègre parfaitement à son architecture. Le gaz, dont l’utilisation est pourtant récente, est supplanté par l’électricité, combinée à des matériaux rares et aux propriétés récemment découvertes comme la « mousse de platine ». On trouve à bord des appareils sophistiqués de désalinisation, à l’image de ceux qui équipent actuellement les sous-marins nucléaires pour assurer leur autonomie. Enfin, même si l’intranet n’existe pas encore, on communique à bord par « télégramme » !

Conclusion

Cette page – comme l’ensemble du roman – est un hymne au progrès.

On peut cependant avoir quelques inquiétudes quant à cette prodigieuse réussite. En effet, cette harmonie est autosuffisante : Nemo, paradoxalement, est un solitaire, en lutte contre la société dont il veut se venger. Le Nautilus est son refuge, mais c’est aussi une arme dont il peut se servir avec une extrême violence, ce qui résume bien l’ambiguïté, la dualité de la science.