Verne, Voyage au centre de la terre, "Mais mon oncle continua"

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Verne, Voyage au centre de la Terre – Science et fiction
Type : Sujet d'oral | Année : 2019 | Académie : Inédit

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Sujet d’oral • Explication & entretien

Verne, Voyage au centre de la Terre, « Mais mon oncle continua de plus belle… »

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.

Puis expliquez-le.

DOCUMENT

Mais mon oncle continua de plus belle et m’instruisit, malgré moi, de choses que je ne tenais guère à savoir.

« Les runes, reprit-il, étaient des caractères d’écriture usités autrefois en Islande, et, suivant la tradition, ils furent inventés par Odin lui-même ! Mais regarde donc, admire donc, impie, ces types qui sont sortis de l’imagination d’un dieu ! »

Ma foi, faute de réplique, j’allais me prosterner, genre de réponse qui doit plaire aux dieux comme aux rois, car elle a l’avantage de ne jamais les embarrasser, quand un incident vint détourner le cours de la conversation.

Ce fut l’apparition d’un parchemin crasseux qui glissa du bouquin et tomba à terre. Mon oncle se précipita sur ce brimborion1 avec une avidité facile à comprendre. Un vieux document, enfermé peut-être depuis un temps immémorial dans un vieux livre, ne pouvait manquer d’avoir un haut prix à ses yeux.

« Qu’est-ce que cela ? » s’écria-t-il.

Et, en même temps, il déployait soigneusement sur sa table un morceau de parchemin long de cinq pouces2, large de trois, et sur lequel s’allongeaient, en lignes transversales, des caractères de grimoire.

En voici le fac-similé exact. Je tiens à faire connaître ces signes bizarres, car ils amenèrent le professeur Lidenbrock et son neveu à entreprendre la plus étrange expédition du dix-neuvième siècle :

Le professeur considéra pendant quelques instants cette série de caractères ; puis il dit en relevant ses lunettes :

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« C’est du runique ; ces types sont absolument identiques à ceux du manuscrit de Snorre Turleson ! Mais… qu’est-ce que cela peut signifier ? »

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, chapitre II, 1864.

1. Brimborion : un brimborion est un objet de petite taille et qui a peu de valeur.

2. Un pouce équivaut à environ 2,5 cm.

2. question de grammaire.
Dans la phrase simple figurant l. 9 à l. 10, repérez les différents groupes syntaxiques puis analysez leur fonction.

CONSEILS

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Les passages au discours direct ont pour but de dynamiser le récit : votre lecture doit le faire sentir.

Veillez à faire ressortir l’humour présent au début du passage.

Situer le texte, en dégager l’enjeu

Après avoir rappelé le contexte de parution du Voyage au centre de la terre, situez l’extrait dans l’œuvre.

Cet extrait correspond à un moment clé du récit : signalez-le dès l’introduction.

2. La question de grammaire

Identifiez d’abord le verbe conjugué et son sujet.

Repérez ensuite les autres groupes et leurs noyaux, avant de préciser leur fonction.

Corrigé

PRÉSENTATION

1. L’explication de texte

Introduction

[Présenter le contexte] Le xixe siècle est marqué par la diversification croissante des types de romans, alimentée par le développement de certains champs du savoir.

[Situer le texte] Ainsi, certains romans d’aventures de Jules Verne appartiennent à la science-fiction, un type de récit qui croise imaginaire et sciences. Dans Voyage au centre de la Terre, l’auteur imagine une expédition jusqu’au cœur de la planète. Ce voyage fantastique, mené par le professeur Lidenbrock et son neveu, Axel, qui est aussi le narrateur, est suscité par la découverte d’un manuscrit mystérieux, que notre extrait relate. On est encore au début du roman, et le lecteur découvre aussi les caractères des personnages.

[En dégager l’enjeu] Dans l’extrait, la découverte d’un document mystérieux lance les personnages dans l’aventure.

Explication au fil du texte

Leçon de runes (l. 1-8)

L’observation du « manuscrit runique » donne lieu à un dialogue autour des runes. C’est à ce dialogue que succède notre extrait. Comme dans l’ensemble du récit, la narration est à la première personne, et adopte le point de vue d’Axel, d’où la présence du possessif « mon ». La première phrase est dominée par l’humour, à travers la proposition « m’instruisit, malgré moi, de choses que je ne tenais guère à savoir ». C’est ici du comique de caractère, fondé sur l’opposition permanente entre l’enthousiasme du professeur qui veut partager son savoir et les réticences du neveu peu sensible aux efforts pédagogiques de son oncle.

Un passage au discours direct, signalé par l’emploi de guillemets et un verbe de parole (« reprit-il ») permet à l’auteur de donner au lecteur des informations sur les « runes ». La mention de l’« Islande » et du dieu viking « Odin » ne peut que créer une dimension fantastique à ces caractères d’écriture. Le lecteur se trouve projeté dans un univers de légende.

La ponctuation exclamative domine dans ce passage. Cela montre l’enthousiasme du professeur, transporté par cette découverte, et participe à l’effet comique, mais permet aussi à l’auteur de dynamiser un passage où il expose au lecteur des savoirs, via son personnage. L’effet comique est renforcé par l’accumulation d’impératifs (« regarde donc, admire donc ») et l’apostrophe « impie », adressée à Axel.

Dans le troisième paragraphe, le lecteur suit les pensées d’Axel qui, « faute de réplique », envisage de se « prosterner » face à son oncle. Ce détour humoristique, qui adopte presque un ton de moraliste avec la mention impertinente des « dieux » et des « rois », permet de retarder le moment de « l’incident », et de donner du rythme au récit. Le passé simple (« vint ») montre qu’un événement de premier plan est évoqué.

Une « apparition » (l. 9-13)

Le changement de paragraphe dramatise cette « apparition ». Le terme « parchemin » renvoie à un imaginaire médiéval et donne une aura de mystère à cet objet. Cet effet est renforcé par les deux verbes au passé simple « qui glissa du bouquin et qui tomba à terre ». Il faut noter l’emploi d’un lexique assez dépréciatif (« crasseux », « bouquin », « brimborion »), qui traduit sans doute le dédain ou le désintérêt d’Axel pour ce livre qui fascine son oncle.

Cela contraste également avec l’« avidité » du professeur, qui se « précipit[e] » pour ramasser le parchemin. La phrase suivante insiste sur la fascination que peut susciter un « vieux document », « enfermé peut-être depuis un temps immémorial dans un vieux livre » pour un savant. On peut lire ici une référence à la fascination du xixe siècle pour la paléographie, l’étude des documents anciens, et plus largement pour l’archéologie et l’histoire. L’auteur reprend également un code narratif du récit d’aventure en relatant la découverte d’un parchemin mystérieux.

La question au discours direct « Qu’est-ce que cela ? », dramatisée par l’emploi du verbe « s’écrier », crée du suspense et suscite la curiosité.

« Signes bizarres » (l. 14-19)

mot clé

L’ésotérisme renvoie à une doctrine ou une pratique qui n’est accessible qu’à un petit groupe d’initiés (l’alchimie par exemple), ou plus largement à quelque chose qui reste inaccessible, incompréhensible.

Le récit décrit plus précisément ce « morceau de parchemin », en donne les dimensions (« long de cinq pouces, large de trois »), et détaille comment y sont disposés les « caractères ». Cette précision permet au lecteur de se représenter très clairement le document et souligne l’importance de ce qui s’y trouve. La référence au « grimoire », comme le terme « parchemin », suggère un univers ésotérique, proche de la magie ou de l’alchimie.

La présence du « fac-similé » de ces caractères joue avec cet imaginaire et ce goût des lecteurs du xixe siècle pour le mystère. La phrase qui suit exagère encore l’importance de ce message, puisque ces « signes bizarres » sont présentés comme la cause de « la plus étrange expédition du dix-neuvième siècle ». L’emploi du superlatif crée un fort effet d’attente, dans un passage qui se trouve encore au début du roman. Par ailleurs, l’auteur cherche ici à créer un effet de réel, comme si cette expédition avait véritablement eu lieu à l’époque contemporaine de la publication du roman.

En outre, le récit est mis à distance, notamment parce qu’Axel n’utilise plus la première personne mais passe à la troisième. Cette rupture participe à l’effet de réel, en donnant une dimension presque documentaire au propos, puisque le lecteur est invité à examiner lui-même les « signes bizarres ».

Un mystère (l. 20-23)

La fin de l’extrait se concentre sur « le professeur » qui « considèr[e] » sans les comprendre « cette série de caractères ». La proposition « il dit en relevant ses lunettes » rappelle un des attributs habituellement associé au savant.

La dernière réplique du professeur ajoute encore au mystère de ces « caractères » : il confirme que « c’est du runique » et qu’ils sont « identiques » au « manuscrit » dans lequel le parchemin a été découvert, mais ne semble pas en connaître le sens. L’emploi du connecteur « mais », qui exprime l’opposition, ainsi que les points de suspension, préparent la question que se pose également le lecteur : « qu’est-ce que cela peut signifier ? ».

Conclusion

[Faire le bilan de l’explication] Pour conclure, cet extrait remplit plusieurs fonctions. D’abord, il complète le portrait des deux personnages principaux, Lidenbrock et son neveu. Ensuite, il introduit le document dont va découler toute l’intrigue. Enfin il suscite, à l’entrée du roman, suspense et mystère, notamment en jouant avec le goût des lecteurs pour les messages cryptés et les chasses au trésor. Tout cela contribue à créer un fort effet d’attente.

[Mettre l’extrait en perspective] Jules Verne utilise au seuil d’un roman où la science est omniprésente la fascination de son temps pour les secrets des textes anciens et pour les savoirs ésotériques.

2. La question de grammaire

« Mon oncle » est le groupe nominal sujet de la phrase. Il est composé d’un pronom possessif masculin singulier de la première personne et d’un nom commun, noyau du groupe nominal.

Le groupe verbal a pour noyau le verbe conjugué « se précipita », qui est un verbe conjugué au passé simple de l’indicatif, à la troisième personne du singulier.

Ce groupe verbal est construit avec un complément indirect, le groupe prépositionnel « sur ce brimborion », composé d’une préposition noyau, « sur », d’un démonstratif singulier, « ce », et d’un nom commun, « brimborion »

Le groupe prépositionnel « avec une avidité facile à comprendre » a pour noyau la préposition « avec » et est complément indirect du groupe verbal.

Des questions pour l’entretien

Lors de l’entretien, vous devrez présenter une autre œuvre que vous avez lue au cours de l’année. L’examinateur introduira l’échange et peut vous poser des questions sous forme de relances. Les questions ci-dessous ont été conçues à titre d’exemples.

1 Sur votre dossier est mentionnée la lecture cursive d’un autre roman de science-fiction : La Nuit des temps de Barjavel. Pouvez-vous le présenter brièvement ?

2 Quel rôle jouent les sciences dans ce roman ?

3 Avez-vous apprécié cette lecture ? Que vous a-t-elle apporté en complément de celle du Voyage au centre de la terre ?

4 Quelles visions de l’histoire humaine apparaissent dans ces deux récits ? Pouvez-vous les comparer ?