Verne, Voyage au centre de la terre, "Tout ce monde fossile renaît"

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Verne, Voyage au centre de la Terre – Science et fiction
Type : Sujet d'oral | Année : 2019 | Académie : Inédit

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Sujet d’oral • Explication & entretien

Verne, Voyage au centre de la Terre, « Tout ce monde fossile renaît… »

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.

Puis expliquez-le.

DOCUMENT

Tout ce monde fossile renaît dans mon imagination. Je me reporte aux époques bibliques de la création, bien avant la naissance de l’homme, lorsque la terre incomplète ne pouvait lui suffire encore. Mon rêve alors devance l’apparition des êtres animés. Les mammifères disparaissent, puis les oiseaux, puis les reptiles de l’époque secondaire, et enfin les poissons, les crustacés, les mollusques, les articulés. Les zoophytes de la période de transition retournent au néant à leur tour. Toute la vie de la terre se résume en moi, et mon cœur est seul à battre dans ce monde dépeuplé. Il n’y a plus de saisons ; il n’y a plus de climats ; la chaleur propre du globe s’accroît sans cesse et neutralise celle de l’astre radieux. La végétation s’exagère. Je passe comme une ombre au milieu des fougères arborescentes, foulant de mon pas incertain les marnes irisées et les grès bigarrés du sol ; je m’appuie au tronc des conifères immenses ; je me couche à l’ombre des Sphenophylles, des Asterophylles et des Lycopodes hauts de cent pieds.

Les siècles s’écoulent comme des jours ! Je remonte la série des transformations terrestres. Les plantes disparaissent ; les roches granitiques perdent leur dureté ; l’état liquide va remplacer l’état solide sous l’action d’une chaleur plus intense ; les eaux courent à la surface du globe ; elles bouillonnent, elles se volatilisent ; les vapeurs enveloppent la terre, qui peu à peu ne forme plus qu’une masse gazeuse, portée au rouge blanc, grosse comme le soleil et brillante comme lui !

Au centre de cette nébuleuse, quatorze cent mille fois plus considérable que ce globe qu’elle va former un jour, je suis entraîné dans les espaces planétaires ! mon corps se subtilise, se sublime à son tour et se mélange comme un atome impondérable à ces immenses vapeurs qui tracent dans l’infini leur orbite enflammée !

Quel rêve ! Où m’emporte-t-il ? Ma main fiévreuse en jette sur le papier les étranges détails ! J’ai tout oublié, et le professeur, et le guide, et le radeau ! Une hallucination s’est emparée de mon esprit…

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, chapitre XXXII, 1864.

2. question de grammaire.

Lignes 23 à 25 : repérez les différents verbes conjugués et donnez leur mode et leur temps.

CONSEILS

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Le passage est marqué par l’exaltation du narrateur : faites-le entendre.

Soyez attentif à la ponctuation : certaines phrases sont très longues. Il faut placer votre respiration en fonction des pauses ménagées par les virgules ou points-virgules.

Situer le texte, en dégager l’enjeu

Après avoir rappelé le contexte de parution du Voyage au centre de la terre, situez l’extrait dans l’œuvre.

L’extrait a pour particularité de relater un rêve, voire une hallucination : insistez sur l’importance donnée à l’imagination dès l’introduction.

2. La question de grammaire

Repérez les différents verbes conjugués et leurs sujets.

S’agit-il de temps simples ou de temps composés ?

Identifiez le mode de ces verbes (indicatif, conditionnel, subjonctif…).

Corrigé

PRÉSENTATION

1. L’explication de texte

Introduction

[Présenter le contexte] Le xixe siècle, siècle d’or du roman, est une période de développement scientifique et technique intense. Les récits d’aventure de Jules Verne témoignent de cette vitalité scientifique et de l’impact qu’elle a sur l’imaginaire.

[Situer le texte] Ainsi, Voyage au centre de la Terre, publié en 1864, raconte l’exploration des entrailles du globe par le professeur Lidenbrock et son neveu Axel. Alors qu’ils s’approchent du noyau terrestre, les personnages découvrent une véritable mer sous la croûte terrestre. Le voyage sur cette mer souterraine suscite chez Axel une longue rêverie. Après avoir imaginé les espèces animales disparues qui pourraient peupler les contrées souterraines, le jeune homme se laisse aller à une rêverie cosmique autour des origines du monde.

[En dégager l’enjeu] Dans cet extrait, l’exaltation du personnage donne lieu à une rêverie poétique dans lequel il assiste aux origines de l’univers.

Explication au fil du texte

« La terre incomplète » (premier paragraphe, l. 1-6)

La première phrase explicite le fantasme du personnage, à travers l’opposition entre le terme « fossile » et le verbe « renaître » : il imagine la terre peuplée d’espèces disparues. Le narrateur se « reporte » ensuite « aux époques bibliques de la création ». La mention de la Bible, qui côtoie des éléments scientifiques et archéologiques précis, est étonnante, et traduit sans doute la diversité des sources qui viennent nourrir son « imagination ». Dès le début de l’extrait, l’emploi du présent permet de rendre actuel cette rêverie.

Le « rêve » s’écarte des « êtres animés ». À travers une longue énumération qui s’étend des lignes 3 à 5 on remonte le cours du temps. Chacune des espèces évoquées renvoie à une période, des mammifères aux « reptiles de l’époque secondaire » puis aux « mollusques » et aux « articulés », jusqu’aux « zoophytes de la période de transition ». Verne s’appuie ici sur les connaissances scientifiques de son temps sur l’évolution de la faune.

« Ce monde dépeuplé » (premier paragraphe, l. 6-12)

Le lexique scientifique s’accompagne d’accents presque poétiques, et on retrouve une inspiration romantique lorsque le narrateur affirme « toute la vie de la terre se résume en moi ». Le rêve d’un « monde dépeuplé » où errerait « seul » un témoin unique des temps disparus projette le lecteur dans ce que l’on sait alors des origines du monde. L’emploi du présent de narration rend plus sensible ce passage inversé du temps : soudain, « il n’y a plus de saisons, il n’y a plus de climats ».

mot clé

Le lyrisme est un registre qui traduit l’intensité des sentiments du locuteur, par divers moyens (métaphores et comparaisons, procédés d’insistances, etc.). Le lyrisme est souvent associé à l’expression de sentiments comme l’amour, l’exaltation, la communion avec la nature.

La fascination de l’auteur pour les mondes naturels, et végétaux en particulier, transparaît ici, dans le lyrisme de la description des « marnes irisées » et des « grès bigarrés du sol ». La fin du paragraphe mélange ainsi évocation poétique d’une solitude romantique et terminologie botanique propice à la rêverie, par exemple dans la proposition « je me couche à l’ombre des Sphenophylles, des Asterophylles et des Lycopodes hauts de cent pieds ». L’emploi de ce lexique opaque pour le néophyte participe à la dimension merveilleuse de cette évocation d’un monde disparu.

Les « transformations terrestres » (deuxième paragraphe)

Le deuxième paragraphe s’intéresse aux « transformations terrestres », qui sont évoquées dans une longue phrase accumulative où les propositions sont juxtaposées par des points-virgules, ce qui crée un effet d’accélération alors que « les siècles s’écoulent ». Ici également, l’évocation associe un vocabulaire scientifique précis (« roches granitiques », « état liquide », « vapeurs », « masse gazeuse ») et un travail sur les rythmes et les sonorités qui confère une dimension poétique au texte.

La ponctuation exclamative traduit l’exaltation croissante du narrateur alors qu’il donne à lire en accéléré l’évolution du « globe » terrestre en remontant jusqu’à son état premier de « masse gazeuse ».

« Les espaces planétaires » (troisième paragraphe)

Le troisième paragraphe vient achever le retour en arrière en évoquant la « nébuleuse », état premier de ce « ce globe qu’elle va former un jour », et en projetant le lecteur dans « les espaces planétaires ». La rêverie du personnage « entraîné » par son imagination s’étend à une dimension cosmique. Le narrateur en vient à rêver sa propre disparition, en imaginant son corps qui « se sublime à son tour » et « se mélange » « à ces immenses vapeurs ».

On remarque que les paragraphes sont de plus en plus courts, comme si le texte imitait ce progressif retour au néant. En outre, ici aussi, l’emphase domine à travers la ponctuation exclamative et les termes hyperboliques (« immenses », « à l’infini », « enflammée »…). Ainsi, la rêverie nourrie de références scientifiques rejoint le fantasme romantique d’une fusion de l’individu et de la nature.

Retour au réel (quatrième paragraphe)

Le dernier paragraphe est le retour au réel. L’exclamation « Quel rêve ! » rompt l’évocation hallucinée des paragraphes précédents. La ponctuation interrogative et exclamative, ainsi que les points de suspension finaux traduisent le trouble du personnage. L’accumulation « et le professeur, et le guide, et le radeau » insiste sur la confusion qui « s’est emparée » de l’esprit du narrateur et qui a provoqué cette longue digression aux accents cosmiques.

On peut aussi lire ce paragraphe comme une confession de l’auteur : la « main fiévreuse » qui trace sur le papier les « étranges détails » et qui a « tout oublié » de l’histoire qu’il devait raconter au profit d’une « hallucination », c’est peut-être Verne lui-même.

Conclusion

[Faire le bilan de l’explication] Pour conclure, dans cet extrait, on voit bien comment la fascination pour les sciences naturelles peut nourrir la fiction et lui conférer une dimension poétique. Ce détour dans l’intrigue donne à la fiction une ampleur supplémentaire, en attachant au récit d’aventures une réflexion sur le rapport au temps et à la nature.

[Mettre l’extrait en perspective] Verne fait ainsi de son Voyage au centre de la Terre une initiation du lecteur aux mystères de l’Univers et des sciences qui s’y attachent.

2. La question de grammaire

Le passage comprend quatre verbes conjugués. Les temps employés dans ce paragraphe sont le présent et le passé composé. Il s’agit de temps du récit. Le mode des verbes est l’indicatif, mode personnel qui implique que l’action est considérée comme réelle.

Présent

Passé composé

« emporte-t-il »

« Ma main fiévreuse en jette »

« J’ai tout oublié »

« Une hallucination s’est emparée »

Des questions pour l’entretien

Lors de l’entretien, vous devrez présenter une autre œuvre que vous avez lue au cours de l’année. L’examinateur introduira l’échange et peut vous poser des questions sous forme de relances. Les questions ci-dessous ont été conçues à titre d’exemples.

1 Sur votre dossier est mentionnée la lecture cursive d’un autre roman : La Planète des Singes de Pierre Boulle. Pouvez-vous le présenter brièvement ?

2 Que pensez-vous de la réflexion sur la condition humaine proposée par l’auteur ?

3 Avez-vous apprécié cette lecture ? Que vous a-t-elle apporté en complément de celle du Voyage au centre de la terre ?

4 Avez-vous aimé lire de la science-fiction ? Quels sont les intérêts de ce genre de roman selon vous ?