Victor Hugo, Les Misérables

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - Le commentaire littéraire
Type : Commentaire littéraire | Année : 2012 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Les fins de roman
 
 

Les fins de roman • Commentaire

Le roman

fra1_1206_13_09C

 

Polynésie française • Juin 2012

Le personnage de roman • 14 points

Commentaire

> Vous commenterez le texte de Victor Hugo en vous aidant du parcours de lecture suivant.

a) Montrez que Victor Hugo fait de cet adieu un tableau chargé d’émotions.

b) Analysez comment Victor Hugo fait de son personnage un modèle d’humanité.

Trouver les idées directrices

  • Appuyez-vous sur le parcours de lecture donné dans le sujet.
  • Faites aussi la « définition » du texte.

Fin de roman (genre) romantique (mouvement littéraire) qui raconte (type de texte) la mort du héros (thème) pathétique, didactique, lyrique, épique (registres), poignant, édifiant (adjectifs) pour émouvoir le lecteur, mettre un terme à la destinée du héros, donner une image du héros (buts).

Pistes de recherche

Première piste : une scène chargée d’émotions

  • Analysez l’atmosphère de la scène : décor, identité des personnages présents, gestes et attitudes.
  • Étudiez le ton et la teneur du discours de Jean Valjean. Qu’est-ce qui le rend pathétique ?
  • Comment Hugo fait-il partager les sensations et les sentiments des personnages ?
  • Comment marque-t-il la progression de l’agonie ?

Deuxième piste : Jean Valjean, un modèle d’humanité

  • Comment Hugo rend-il sensible son admiration pour son personnage ?
  • En quoi la vie de Jean Valjean est-elle présentée comme exemplaire, presque sainte ?
  • Quelles sont les valeurs qu’il prône ?

>Réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] La fin d’un roman coïncide souvent avec la mort du protagoniste, qui donne son sens à l’œuvre : par exemple, Manon Lescaut à la fin du roman de l’abbé Prévost. [Présentation du texte] Au xixe siècle, Victor Hugo clôt Les Misérables par le récit de l’agonie de l’ancien forçat racheté, Jean Valjean, qui adresse ses dernières paroles à Cosette, sa fille adoptive, et à son mari. [Annonce des axes] Cette scène d’adieu est chargée d’émotions et de grandeur [I]. Derrière le portrait de son héros mourant, véritable modèle d’humanité, Hugo transmet au lecteur sa vision du monde [II].

I. Une scène chargée d’émotions

1. Le décor et les personnages

  • Le lecteur est plongé dans une chambre mortuaire familiale et intime. Cette intimité est soulignée par les contrastes avec les autres décors mentionnés dans ses souvenirs (« le bois », « les ruisseaux », « les forêts », « les arbres ») et la perspective du « ciel ». Hugo joue sur des effets de luminosité pour créer une atmosphère émouvante : la « lueur des deux chandeliers » (l. 40), « dans l’ombre » (l. 44), « nuit sans étoiles et profondément obscure » (l. 43).
  • Les attitudes des personnages prennent aussi une valeur symbolique : « mets-toi à genoux » (l. 22), « tombèrent à genoux » (l. 37), « couvrir ses mains de baisers » (l. 42), « têtes bien-aimées, que je mette mes mains dessus » (l. 36). Les gros plans sur les « mains augustes », la « face blanche » et les visages « étouffés de larmes » du jeune couple ont un fort pouvoir émotif. Ce sentiment est accentué par les oppositions entre la jeunesse du couple et la vieillesse et l’agonie du héros, entre malheur et bonheur, entre passé et présent, symbolisés par les « mains rouges » de Cosette enfant et les « mains blanches » de Cosette adulte.
  • La scène baigne dans une atmosphère religieuse : elle est dominée par la figure tutélaire de Dieu qui « est là-haut ». Le champ lexical et les éléments de la religion parcourent tout le texte : « bénis » (l. 34), « tombèrent à genoux » (l. 37) ; les « chandeliers » sont un rappel des chandeliers que Jean Valjean a reçus de l’évêque qui l’a hébergé à sa sortie du bagne au début du roman ; l’« ange » et la mention de « l’âme » terminent le roman sur une note mystique.

2. Le discours testament d’un mourant

  • La situation d’énonciation contribue à créer l’émotion : Jean Valjean implique ses « enfants » par des indices personnels répétés (du « tu » au « vous » appuyé d’un respectueux et amusé « mademoiselle »). Il les apostrophe en utilisant des appellations chargées d’affection : adjectifs possessifs (« mes enfants », « ma Cosette »), métonymies (« chères têtes aimées »), un diminutif tendre pour désigner Cosette enfant (« pauvre petite main »), la métaphore religieuse « mon doux ange ». Le lyrisme s’exprime à travers les exclamations et les interjections (« Ô ma Cosette », « Ah ! »), les adverbes intensifs (« tu avais bien peur », l. 5 ; « elle était si froide », l. 7 ; « bien blanches », l. 8) et l’abondance de termes affectifs.
  • Le moment prend une solennité plus grande encore avec les révélations sur le nom et le passé de la mère de Cosette, sur la raison de l’absence de Jean Valjean et ce qu’ont été « tous ces temps-ci » (l. 29). Jean Valjean y dévoile sa souffrance, restée secrète pour épargner ses proches, et sa déception soulignée par la constatation désabusée : « je m’étais imaginé » (l. 18).
  • Ainsi, la progression de l’agonie est vécue en direct. Jean Valjean exprime lui-même ses sensations physiques et morales : « voici que je ne vois plus très clair » (l. 32), « je ne sais pas ce que j’ai » (l. 34), « je vois de la lumière » (l. 34). Quand le personnage ne peut plus parler, c’est le narrateur qui poursuit avec la sécheresse d’une constatation irrévocable : « il était mort » (l. 42).

3. Le rappel nostalgique du passé

Le jeu sur le temps structure le discours de Jean Valjean.

  • Il effectue un retour en arrière qui rappelle les moments-clés : tout un passé resurgit à partir de l’anaphore lyrique « te rappelles-tu ? » destinée à faire revivre ces temps heureux.
  • L’évocation du bonheur passé rend le présent encore plus pathétique. Hugo joue sur les temps verbaux à travers l’imparfait qui fait revivre dans la durée les souvenirs mais les renvoie dans le passé, et le passé composé de « c’est fini » marqué du sceau de l’inéluctable. Cette situation de non-retour poignante est confirmée par : « ce sont là des choses du passé » (l. 15).
  • L’évocation du futur rend la scène encore plus émouvante : proche, imminent et certain pour Jean Valjean (« je vais donc m’en aller », l. 24), il est lointain et voulu radieux pour le couple.

II. Un modèle d’humanité

Toute cette mise en scène vise à mettre en lumière le personnage principal dont le parcours s’achève avec le roman qui prend une tonalité épique.

1. Un portrait élogieux : de l’homme au saint

  • L’admiration de Hugo pour son personnage se révèle par différents moyens : par l’attitude respectueuse des jeunes gens, silencieux et émus, mais aussi par des marques de la subjectivité du narrateur (mots mélioratifs et hyperboliques : « augustes »). L’auteur souligne la dignité du personnage par la sérénité avec laquelle il accueille la mort.
  • Hugo divinise son héros à travers ses attitudes qui en font presque un saint : Jean Valjean bénit ses enfants ; au moment de sa mort, il est « éclairé », « regardant le ciel » comme un Christ crucifié qui a souffert pour autrui.
  • L’amplification épique apparaît dans le tableau final qui fait passer le lecteur d’une scène terrestre à une scène céleste. Le regard se porte au loin sur une nuit « sans étoiles et profondément obscure » (l. 43) et le lecteur assiste à la vision merveilleuse d’un être surnaturel à l’attitude solennelle et symbolique : un « ange immense debout, les ailes déployées » (l. 44).

2. Un discours en forme de sermon

Les dernières volontés de Jean Valjean résonnent comme un sermon.

  • Elles en ont la solennité (« Voici le moment venu », l. 20) ; Jean Valjean y multiplie les impératifs (« retiens », « aimez-vous ») et les phrases qui prennent l’allure de paroles d’évangile, à travers le présent de vérité générale, les pluriels et les tournures impersonnelles (« ce sont les partages de Dieu » l. 24 ; « Il n’y a guère autre chose que cela dans le monde », l. 26-27).
  • Ces dernières volontés ont une structure étudiée et didactique : se succèdent un retour sur le passé (« choses du passé », l. 15), une évocation du présent (« voici le moment venu », l. 20), des considérations générales, et enfin une projection vers l’avenir (« vous penserez quelquefois », l. 27-28).
  • Jean Valjean y trace un programme de vie future pour le jeune couple, élaboré à la lumière du passé, des leçons à tirer de sa propre expérience et de celle des gens qu’il a côtoyés (Fantine est un modèle pour sa fille alors que les Thénardier sont des contre-modèles).

3. Le comportement et les valeurs d’un modèle d’humanité

  • La vie et la mort de Jean Valjean sont exemplaires : très sensible à la souffrance (« Elle a bien souffert », l. 23), touché par le malheur d’autrui, il a la discrétion de ne pas importuner ses proches par l’évocation de son propre sort, malgré sa souffrance intolérable (« cela me fendait le cœur », l. 29-30 ; « j’étais comme fou », l. 31), et de réconforter les siens, alors que c’est lui que l’on devrait soutenir (« mes enfants, ne pleurez pas », l. 2). Il garde un profond respect pour les morts (s’agissant du nom de Fantine : « mets-toi à genoux toutes les fois que tu le prononceras », l. 22) et demande en retour que l’on se souvienne de lui (« vous penserez quelquefois au pauvre vieux qui est mort ici », l. 27-28). Sa sérénité et sa dignité devant la mort forcent le respect.
  • Malgré sa grandeur, il affirme sa soumission à Dieu et à sa sagesse toute-puissante, avec humilité et fatalisme (« ce sont les partages de Dieu », l. 24) ; et son émerveillement face à la création (« ses grandes étoiles », l. 25), qu’il faut admirer même si on ne les comprend pas toujours.
  • Enfin, sa vie est régie par des valeurs essentiellement chrétiennes : le respect des humbles et la vertu du pardon (« Il faut leur pardonner », l. 20). Le principe essentiel qui doit, selon lui, régir le monde est la règle d’amour, celle-là même édictée par le Dieu du Nouveau Testament, à travers son fils. « Aimez-vous les uns les autres » devient ici « Aimez-vous bien toujours » (l. 26), vœu appuyé par une vérité générale : « Il n’y a guère autre chose que cela dans le monde : s’aimer » (l. 27).

Conclusion

Conseil

En ouverture dans la conclusion, pensez aux liens possibles avec les autres arts (sculpture, peinture, musique) et avec les adaptations cinématographiques ou les réécritures littéraires.

Ce tableau émouvant qui clôt Les Misérables est aussi l’adieu plein de respect de Hugo à son personnage qui représente un idéal de simplicité et de générosité. Hugo incarne en lui sa vision du monde et mène son combat d’écrivain romantique pour un monde meilleur. Jean Valjean touche encore les lecteurs d’aujourd’hui : la multiplicité des adaptations cinématographiques du roman témoigne qu’il n’est pas vraiment mort.