Victor Hugo, Les Misérables

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - L'épreuve orale
Type : Sujet d'oral | Année : 2011 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Victor Hugo, Les Misérables
 
 

Oral • Le personnage de roman

Sujets d’oral

fra1_1100_00_52C

 

Sujet d’oral n° 1

Le personnage de roman

> Montrez comment Hugo transforme cette marche dans la forêt en une entrée dans un monde terrifiant et dites quel sens, à travers la généralisation, il donne à l’expérience de Cosette.

Document

Les Misérables

Cosette, âgée de huit ans, a été envoyée la nuit remplir un seau d’eau à une source située en plein bois, loin de toute habitation.

Au-dessus de sa tête, le ciel était couvert de vastes nuages noirs qui étaient comme des pans de fumée. Le tragique masque de l’ombre semblait se pencher vaguement sur cet enfant. L’enfant regardait d’un œil égaré cette grosse étoile qu’elle ne connaissait pas et qui lui faisait peur. La planète, en effet, était en ce moment tout près de l’horizon et traversait une épaisse couche de brume qui lui donnait une rougeur horrible. La brume, lugubrement empourprée, élargissait l’astre.

On eût dit une plaie lumineuse.

Un vent froid soufflait de la plaine. Le bois était ténébreux, sans aucun froissement de feuilles, sans aucune de ces vagues et fraîches lueurs de l’été. De grands branchages s’y dressaient affreusement. Des buissons chétifs et difformes sifflaient dans les clairières. Les hautes herbes fourmillaient sous la bise comme des anguilles. Les ronces se tordaient comme de longs bras armés de griffes cherchant à prendre des proies : quelques bruyères sèches, chassées par le vent, passaient rapidement et avaient l’air de s’enfuir avec épouvante devant quelque chose qui arrivait. De tous côtés il y avait des étendues lugubres.

L’obscurité est vertigineuse. Il faut à l’homme de la clarté. Quiconque s’enfonce dans le contraire du jour se sent le cœur serré. Quand l’œil voit noir, l’esprit voit trouble. Dans l’éclipse, dans la nuit, dans l’opacité fuligineuse1, il y a de l’anxiété, même pour les plus forts. Nul ne marche seul la nuit dans la forêt sans tremblement… On éprouve quelque chose de hideux comme si l’âme s’amalgamait à l’ombre.

Cette pénétration des ténèbres est inexprimablement sinistre dans un enfant.

Les forêts sont des apocalypses ; et le battement d’ailes d’une petite âme fait un bruit d’agonie sous leur voûte monstrueuse.

Victor Hugo, Les Misérables, II, 3, chap. 5, 1862.

1 Qui évoque la couleur de la suie.

1 Qui évoque la couleur de la suie.

Préparation

> Tenir compte de la question

  • Les mots clés de la question sont : « transforme » et « terrifiant » d’une part, « généralisation » et « sens » d’autre part.
  • Vous devez utiliser ces mots dans les intitulés de vos axes.

> Trouver les idées directrices

Utilisez les pistes que vous ouvre la question. Composez aussi la « définition » du texte.

Extrait de roman (genre) romantique (mouvement), qui décrit (type de texte) une forêt la nuit (thème), dramatique, fantastique (registres), terrifiante (adjectif), pour rendre compte de l’angoisse de Cosette et donner une vision du monde (buts).

> Première piste : un monde terrifiant et fantastique

  • « transforme » : montrez que Victor Hugo modifie le réel. Relevez les éléments réels du décor et analysez en quoi ils sont métamorphosés.
  • Dites ce qui rend ce cadre terrifiant.
  • « comment » : recherchez les procédés stylistiques par lesquels Hugo opère cette transformation (point de vue, couleurs, termes affectifs…).

> Deuxième piste : le sens de cette expérience

  • Repérez les procédés de la généralisation (fait de donner à un événement une portée universelle et éternelle) : temps verbaux, pronoms/adjectifs indéfinis, déterminants, adverbes, termes abstraits, construction des phrases…
  • « quel sens » : dégagez la portée symbolique de la « clarté » et de l’« obscurité », et analysez la conception du monde que cette antithèse révèle.
  • Reformulez l’idée (niveau de la pensée) qu’exprime Hugo à travers cet épisode narratif (niveau du récit).

Pour bien réussir l’oral : voir guide méthodologique.

Le roman : voir mémento des notions.

Présentation

Introduction

[Amorce et présentation du texte] Parmi tous les personnages « misérables » peints par Hugo, ce sont surtout les enfants qui suscitent sa bienveillance et sa pitié : Gavroche, mais aussi Cosette, âgée de huit ans, qu’il décrit alors que ses tuteurs, les Thénardier, l’ont envoyée en pleine nuit dans la forêt voisine pour remplir un seau d’eau.

[Annonce des axes] Pour rendre compte de l’angoisse de l’enfant, Hugo métamorphose la forêt en un décor nocturne terrifiant et, par une généralisation caractéristique de la vision romantique du monde, donne à la marche de la fillette une forte valeur symbolique.

I. La métamorphose terrifiante du monde

Hugo peint une forêt la nuit, les « nuages noirs », « une grosse étoile » et la végétation (« grands branchages », « hautes herbes », « ronces », « bruyères sèches »). Mais ce décor est décrit à travers le regard d’une enfant apeurée qui a l’impression d’entrer dans un monde terrifiant.

1. Des éléments inquiétants

  • Certains détails rendent cet environnement hostile : les « nuages », le « vent », la « bise », « l’obscurité » et les « ronces ». La dominante noire (« fuligineuse », « ténèbres », « ombre »), associée à la « rougeur horrible », donne au tableau une atmosphère sinistre.
  • Presque chaque élément du décor est assorti d’un adjectif qui le rend plus effrayant : les « nuages » sont « noirs », le « vent » est « froid ». Tout est rapporté à la petite taille de Cosette et prend une allure gigantesque : les « nuages » sont « vastes », les « branchages » « grands », les « herbes » « hautes », les bras des « ronces » « longs » ; Jupiter est une « grosse étoile ».
  • C’est aussi parce que ce monde lui est inconnu qu’il effraie Cosette, « égaré(e) » : ainsi, de la planète Jupiter, Hugo précise qu’« elle ne [la] ­connaissait pas » ; le pronom indéfini « quelque chose (qui arrivait) » semble cacher des réalités effroyables parce qu’indistinctes. « L’épaisse couche de brume », « l’opacité fuligineuse » et les « nuages » masquent tout point de repère. Les autres sens de Cosette essaient de relayer la vue, mais les bruits sont effrayants (« les buissons […] sifflaient »), les sensations tactiles désagréables (« ronces », « griffes »).

2. Un monde laid et monstrueux perçu par une enfant

  • Les comparaisons dessinent un monde de laideur : les « buissons » sont « difformes », la « rougeur » de Jupiter « horrible ». Violence et douleur y règnent (« griffes », « proies », « épouvante » ; Jupiter est comparé à « une plaie lumineuse »).
  • S’y côtoient des êtres déformés et des animaux monstrueux, dont le grouillement a quelque chose d’horrifiant : par le procédé de l’animalisation, les « herbes » sont assimilées à des « anguilles » qui « fourmill[ent] » ; les « buissons » qui « siffl[ent] » rappellent les serpents.
  • Tout est vu à travers « l’œil égaré » de Cosette : les différents éléments naturels du décor, personnifiés, semblent animés de sentiments malveillants : les « ronces » deviennent de « longs bras armés de griffes cherchant à prendre des proies ». Les « bruyères » semblent prises d’« épouvante ». « L’ombre » a les traits d’un acteur sous son « tragique masque » et rappelle les divinités maléfiques qui, dans les contes, se penchent sur le berceau d’un enfant.

3. La présence et l’intervention du narrateur

Enfin, la présence de Hugo est sensible à travers des termes affectifs qui transmettent les impressions ressenties par Cosette : il complète les noms qui désignent les éléments du décor par des adjectifs ou des adverbes du champ lexical de l’effroi : « tragique (masque) », « (rougeur) horrible », « (étendues) lugubres », « (quelque chose de) hideux », « (pénétration) sinistre », « lugubrement », « affreusement ».

[Transition] Hugo visionnaire métamorphose la réalité pour influencer ­l’imagination du lecteur. Mais, dans le dernier paragraphe, il dépasse l’expérience individuelle de Cosette pour donner à cet épisode une portée générale presque philosophique.

II. Le sens « humain » de cette expérience

L’expérience de Cosette représente tous les cas où l’homme se trouve ­confronté à la « nuit », à « l’obscurité », aux « ténèbres ».

1. La généralisation : de Cosette à l’homme

  • À la fin du texte (l. 28), toute allusion précise à Cosette a disparu : elle est mentionnée de façon allusive par l’article indéfini « un (enfant) » qui a remplacé l’article défini de la ligne 3.
  • Le reste du paragraphe tourne autour de « l’homme », au sens philosophique d’être humain, repris par des pronoms indéfinis (« quiconque », « nul [ne…] ») ou par le pronom indéfini « on » (l. 25). Les articles définis donnent une valeur générique au nom qu’ils déterminent : « l’homme », « le contraire… », « l’œil », « l’esprit », « l’âme », « la nuit ». L’article partitif utilisé là où il ne l’est pas ordinairement (devant une abstraction : « il y a de l’anxiété) élargit le champ d’application de la réflexion. Tout repère temporel ou spatial précis a disparu.
  • Le présent de vérité générale remplace l’imparfait de la description : « Il faut à l’homme de la clarté » (l. 20-25). Les phrases, courtes, ont une structure percutante (« L’obscurité est vertigineuse » ou « Nul ne marche seul la nuit dans la forêt sans tremblement »). Les parallélismes et les symétries bien frappés ont le rythme incisif des maximes (« Quand l’œil voit noir, l’esprit voit trouble »).
  • Les termes abstraits (« l’esprit », « l’âme »), les périphrases telles que « le contraire du jour » renvoient aussi à la généralisation philosophique. Certains noms antithétiques, comme « clarté » et « obscurité », prennent un sens symbolique.

2. Quel sens donner à cet épisode ?

  • Tout d’abord, Hugo constate, au premier degré, que « Quand l’œil voit noir, l’esprit voit trouble » : dans les « ténèbres », l’imagination prend le dessus, l’être perd ce qui fait de lui un homme, c’est-à-dire sa lucidité, ses facultés de raisonnement, lesquelles laissent place aux sentiments incontrôlables, à « l’anxiété ».
  • Mais, au-delà de cette simple constatation, Hugo donne à l’antithèse « jour »/« nuit » une valeur symbolique, presque religieuse (« apocalypses », « âme ») : pour lui, le monde est divisé en deux principes qui se livrent un combat perpétuel, rendu par les antithèses : « l’obscurité » représente l’inconnu, l’ignorance, mais aussi le mal qui règne dans le monde ; la « clarté » représente la connaissance, mais aussi le bien.
  • Dans cet univers de conflit, les victimes – comme l’enfant – sont souvent accablées (« agonie ») par le pouvoir du mal : c’est ce qui révolte Hugo et qu’il dénonce.

Conclusion

En soulignant la fragilité de Cosette, Hugo se fait le défenseur de tous les enfants, mais aussi de tous les hommes victimes des forces obscures.

Entretien

Question

L’examinateur pourrait débuter l’entretien par la question suivante.

Quels points de vue un narrateur peut-il adopter dans un roman et quel peut être l’intérêt de chacun d’eux ?

Il s’agit d’une question de cours. Mais il ne faut pas le « réciter » purement et simplement. Vous devez expliquer et alimenter chaque remarque d’exemples personnels qui l’illustrent.

L’entretien pourra se poursuivre dans diverses directions, par exemple :

> Connaissez-vous d’autres personnages d’enfants dans les romans ?

> Pourquoi aime-t-on les romans ?

Pour réussir l’entretien : voir guide méthodologique.

Le roman : voir mémento des notions.

Pistes pour répondre à la première question

Définir le point de vue (ou focalisation), c’est déterminer qui voit et quelle est la manière de voir du narrateur, sa position. Il existe trois points de vue :

  • le point de vue externe : le narrateur s’efface et est assimilable à un objectif de caméra, il donne de l’authenticité au récit et une impression d’objectivité ;
  • le point de vue interne : le narrateur voit, sait et raconte au lecteur uniquement ce que percevrait un personnage, il permet de comprendre ce que ressent ce dernier ;
  • le point de vue omniscient : le narrateur voit et sait tout dans le temps (il connaît le passé et le présent) et dans l’espace (il sait ce qui se passe dans différents lieux au même moment). Il connaît et retranscrit toutes les pensées des personnages, il donne au lecteur l’impression de dominer l’intrigue et a une valeur explicative.