Voltaire, L’Ingénu

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re Générale | Thème(s) : Montesquieu, Lettres persanes – Le regard éloigné
Type : Commentaire littéraire | Année : 2019 | Académie : Inédit

Le regard éloigné

littérature d’idées

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Sujet d’écrit • Commentaire

Voltaire, L’Ingénu, « Les deux captifs étaient fort d’accord… »

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Dans le style plaisant qui caractérise les contes philosophiques de Voltaire, cet extrait de L’Ingénu délivre en peu de lignes les principaux messages philosophiques du conte.

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DOCUMENT

Voltaire met en scène un Huron, fraîchement arrivé dans la France du xviie siècle et découvrant de son regard neuf les usages du pays. Débarqué en Bretagne, le héros s’est rendu à Versailles pour y obtenir la récompense de services militaires qu’il a rendus et l’autorisation d’épouser celle qu’il aime. À la suite d’une discussion au sujet de l’Église et du roi, il se retrouve emprisonné à la Bastille avec Gordon, un prêtre janséniste.

 

Les deux captifs étaient fort d’accord sur l’injustice de leur captivité. « Je suis cent fois plus à plaindre que vous, disait l’Ingénu ; je suis né libre comme l’air ; j’avais deux vies, la liberté et l’objet de mon amour : on me les ôte. Nous voici tous deux dans les fers, sans en savoir la raison et sans pouvoir la demander. J’ai vécu Huron vingt ans ; on dit que ce sont des barbares, parce qu’ils se vengent de leurs ennemis ; mais ils n’ont jamais opprimé leurs amis. À peine ai-je mis le pied en France, que j’ai versé mon sang pour elle ; j’ai peut-être sauvé une province, et pour récompense, je suis englouti dans ce tombeau des vivants, où je serais mort de rage sans vous. Il n’y a donc point de lois dans ce pays ? On condamne les hommes sans les entendre ! Il n’en est pas ainsi en Angleterre. Ah ! ce n’était pas contre les Anglais que je devais me battre. » Ainsi sa philosophie naissante ne pouvait dompter la nature outragée dans le premier de ses droits, et laissait libre cours à sa juste colère.Son compagnon ne le contredit point. L’absence augmente toujours l’amour qui n’est pas satisfait, et la philosophie ne le diminue pas. Il parlait aussi souvent de sa chère Sainte-Yves que de morale et de métaphysique. Plus ses sentiments s’épuraient, et plus il aimait. Il lut quelques romans nouveaux ; il en trouva peu qui lui peignissent la situation de son âme. Il sentait que son cœur allait toujours au-delà de ce qu’il lisait. « Ah ! disait-il, presque tous ces auteurs-là n’ont que de l’esprit et de l’art. » Enfin le bon prêtre janséniste devenait insensiblement le confident de sa tendresse. Il ne connaissait l’amour auparavant que comme un péché dont on s’accuse en confession. Il apprit à le connaître comme un sentiment aussi noble que tendre, qui peut élever l’âme autant que l’amollir, et produire même quelquefois des vertus. Enfin, pour dernier prodige, un Huron convertissait un janséniste.

 

Voltaire, L’Ingénu, chapitre XIV, 1767.

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