Votre classe participe à un festival de poésie consacré cette année à l’adolescence

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
S’inspirer de sa propre expérience ?
 
 

S’inspirer de sa propre expérience ? • Invention

La poésie

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France métropolitaine • Juin 2012

Écriture poétique et quête du sens • 14 points

Écriture d’invention

> Votre classe participe à un festival de poésie consacré cette année à l’adolescence. Vous êtes invité(e) à composer deux textes :

  • − le premier est un poème inspiré de votre propre expérience à cet âge ;
  • − le second est une argumentation qui développe l’intérêt que vous avez trouvé à utiliser l’écriture poétique pour évoquer cette expérience.

Le premier texte que vous rédigerez sera un poème de la forme de votre choix (en vers, en vers libres ou en prose) de 15 à 20 lignes. Le second comportera plusieurs arguments et ne dépassera pas une trentaine de lignes.

Comprendre le sujet

Analysez la consigne pour en cerner les contraintes.

Attention : cette écriture d’invention vous amène à composer deux textes, très différents.

  • Objets d’étude et genre auxquels se rattachent les deux textes : un poème (texte 1) et une argumentation (texte 2).
  • Thèmes des textes : l’adolescence (texte 1) et l’écriture poétique (texte 2).
  • Types des textes : descriptif (texte 1) et argumentatif (texte 2).
  • Niveau de langue : il se déduit de l’identité des destinataires. Pour le texte 1, bien que vous écriviez en tant qu’adolescent, le langage ne doit pas être trop familier. Vous devez recourir aux procédés d’écriture de la poésie : images, jeux sur les sons, les mots et les rythmes, néologisme… Pour le texte 2, courant ou soutenu (vous participez à un festival de poésie).
  • Registre non précisé.
  • « Définition » des textes à produire, à partir de la consigne :

– Texte 1 : poème en vers, en vers libres ou en prose ? (genre), narratif / descriptif (type de texte), sur une expérience personnelle d’adolescent (thème) pour rendre compte de ses émotions et de ses sentiments d’adolescent (but).

– Texte 2 : texte en prose (genre), éloge (type de texte : argumentatif) de l’écriture poétique (thème), enthousiaste (adjectif) pour montrer les avantages de la poésie et pour rendre compte de son état d’âme d’adolescent (buts).

Chercher des idées

Texte 1

  • Le type de poème : en vers, en vers libres ou en prose (voir corpus). Votre choix doit être en phase avec le fond : pour l’évocation d’une adolescence débridée, choisir plutôt les vers libres ; pour un texte lyrique, choisir des vers réguliers groupés en strophes ; pour un texte ancré dans notre siècle, choisir la prose, etc.
  • Soignez la mise en page, l’utilisation des blancs, de la ponctuation.
  • Votre expérience d’adolescence : il peut s’agir d’une expérience précise (choisissez-la) ou d’un texte qui rende compte de vos sentiments à cet âge (sont-ils positifs ou négatifs ?). Vous pouvez mêler récit et description.
  • Le(s) registre(s) : pathétique, dramatique, humoristique selon l’image que vous donnez de votre adolescence. On attend cependant un certain enthousiasme.

Texte 2

  • Votre marge d’invention est limitée : il faut trouver des arguments pour appuyer la thèse « la poésie est efficace pour parler de l’adolescence ».
  • Cela implique que vous pouvez comparer la poésie à d’autres genres littéraires de ce point de vue, que vous en analysiez la spécificité (type de « regard » sur le monde, mais aussi faits d’écriture).
  • Les arguments : commencez votre recherche d’arguments par « La poésie est efficace pour rendre compte de l’adolescence parce que… » et supprimez le début de la phrase pour ne garder que l’argument. Illustrez chaque argument d’exemples de poèmes (ceux du corpus et d’autres).
  • La forme :
  • structurez votre texte (un paragraphe par idée / exemples) et suivez une progression pour convaincre ;
  • utilisez les procédés d’écriture de l’argumentation pour persuader (implication de vous-même, de votre lecteur ; questions rhétoriques, effets de gradation, jeu sur les rythmes, etc.).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Faire la « définition » d’un texte : voir guide méthodologique.

>La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé

Nous vous proposons le travail composé par un élève en temps limité.

Texte 1

Adolescence, incandescence…

Toi qui entres

Dans cette antre,

Brûlante, incandescente,

De ton adolescence

N’y cherche pas de sens,

Laisse-toi guider par tes sens…

Là tout n’est que folie et chaos

Rêve illusion et absurdité

Pour adultes, parents, censeurs,

Pauvres aveugles !

– Ils n’aiment pas notre musique –

Nous ne sommes plus des enfants…

Comprenez, pauvres aveugles,

Que nous vivons d’espoir

Que notre rêve est idéal

Là tout n’est que folie et chaos

Rêve illusion et absurdité

Vous qui entrez

Dans cette turbulence

Brûlante, incandescente,

De votre adolescence

Criez la mort de votre enfance

Et de l’insouciance !

Comment m’évader de cette prison ?

Comment ne pas perdre la raison

Quand on vous parle de modération

Concentration précautions suspicion

Et qu’on n’est que

Sensation passion déraison ?

Là tout n’est que folie et chaos

Rêve illusion et absurdité

Un jour s’ouvrira la porte de cette déraison…

Et le monde aura les couleurs d’une aurore boréale !

Texte 2

Parler de son adolescence ? Je me souviens que, lorsque nous avons décidé de créer ce festival « L’adolescence, qu’est-ce que t’en penses ? », nous avons hésité sur les productions que nous demanderions aux participants : un récit ? un « bout » d’autobiographie ? une chanson ? L’un d’entre nous a lancé, comme par provocation : « Un poème » ! Ricanements, protestations : « Non mais ça ne va pas ? Tu te prends pour Rimbaud ? Nous n’y arriverons jamais ! »

Et pourtant, aujourd’hui, c’est bien « Des poètes ados vous parlent » que nous inaugurons, et je ne regrette rien ! Car nous avons tous pris nos plumes et relevé le défi que nous croyions impossible. Il faut bien se rendre à l’évidence : les poèmes exposés ici sont de vraies merveilles ! J’avoue que j’ai eu moi-même un grand plaisir à écrire ce poème pour dire mon adolescence turbulente.

Quoi d’étonnant ? À y bien réfléchir, quel art, mieux que la poésie, peut rendre vraiment compte de cette période de l’existence si étrange, si intense et chaotique, mais si riche ? Je dirais même que poésie et adolescence sont presque synonymes… Provocateur, moi ? Non… Car c’est en dressant le portrait de l’adolescent que j’ai compris pourquoi l’écriture poétique est faite pour parler de l’adolescence.

Un adolescent, c’est un être plein de déraison, traversé de contradictions, un être d’imagination et non de raison… Or la poésie privilégie l’imagination et ne s’embarrasse pas des contradictions les plus folles.

Moi-même, quand j’ai écrit mon poème, j’ai pu me laisser aller à mes émotions ; peu importait, puisque j’écrivais de la poésie, que mes phrases n’aient pas de verbes, que je change, sans crier gare, d’interlocuteurs… Tout est permis en poésie : c’est un vaste champ de liberté. Rien à voir avec l’écriture d’un roman ! La liberté que nous n’avons pas dans la vie… voilà ce que m’a apporté l’écriture de mon poème. La folie que Rimbaud revendiquait : « À moi l’histoire d’une de mes folies ». Pas de mots interdits, les formes les plus folles : vers, prose, calligramme…

Un adolescent, c’est aussi un être en proie à tous les émois sensuels, excessif, exalté… Or le lyrisme de la poésie est particulièrement propre à rendre compte de l’exaltation. J’ai pu, dans mon poème, multiplier les exclamations, répéter les mots qui m’obsèdent, bousculer le rythme de mes phrases, exagérer, pour rendre compte de mes douleurs, mes angoisses. L’adolescent, c’est une hyperbole vivante et l’adolescence est la période de tous les excès !

Un adolescent c’est un être centré sur lui-même qui manie le « je », le « moi » à tous bouts de champ ! Quoi de plus adapté à cela que le lyrisme poétique ? Les poètes eux aussi disent « je ». Apollinaire, Éluard, Aragon… Moi, j’ai choisi de parler de moi, mais aussi de nous, tous les adolescents. La poésie m’a permis ce détour : me dire à travers les autres, dire les autres à travers moi…

Un adolescent, c’est un être plein de pudeur qui ne sait ou ne veut pas dire, qui a du mal à communiquer. Dans un poème justement, on peut suggérer, prendre des détours pour s’exprimer.

Un adolescent, c’est un être épris d’idéal, doux rêveur qui « vit la vie à côté ». Or, écrire un poème, c’est une « invitation au voyage » dans des mondes merveilleux qui font oublier les réalités quotidiennes, où l’on peut dire, le temps d’un rêve « La terre est bleue comme orange » ou bien « Et le monde aura les couleurs d’une aurore boréale ! ».

D’ailleurs, j’ai senti en écrivant mon poème comme la poésie est proche de la musique. Elle épouse le rythme du cœur, tantôt calme et doux, tantôt agité et fiévreux. J’ai presque eu l’impression d’écrire une chanson, j’ai pu modeler mes vers sur les pulsations de mon corps et accorder mes images à mes visions. J’avais une palette infinie à ma disposition pour essayer de peindre mon vécu d’adolescent. Je ne crois pas qu’il y ait d’art aussi riche et complet que la poésie. Et je suis sûr que vous tous, vous avez ressenti cela en écrivant vos poèmes.