Vous décidez de réécrire la dernière page d'un roman que vous avez apprécié et/ou étudié.

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re S - 1re L - 1re ES | Thème(s) : L'écriture d'invention - Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Hors Académie

La dernière page d'un roman

 Écriture d'invention

 Les textes du corpus livrent la méditation finale d'un personnage sur ce qu'il a vécu. Vous décidez de réécrire la dernière page d'un roman que vous avez apprécié et/ou étudié. Après en avoir rappelé en quelques lignes le titre et l'essentiel du dénouement, vous imaginez la méditation du personnage principal qui revient sur l'ensemble de son itinéraire.

Se reporter aux textes du corpus.
 

     LES CLÉS DU SUJET  

Comprendre le sujet

Repérez les contraintes qu'impose la consigne, puis composez la « définition » du texte à produire.

Fin de roman (genre) qui raconte (type de texte) le parcours du personnage principal (thème) et rend compte de (type de texte) la vision de ce qu'il a vécu (thème), pour mettre un terme au roman, faire comprendre le personnage de l'intérieur et rendre compte de sa vision du monde et de la vie (buts).

Chercher des idées

Le fond

  • Le roman :

    • « un roman que vous avez apprécié et/ou étudié » : choisissez un roman que vous connaissez bien (vous devez avoir une idée précise de sa « dernière page ») ;

    • « l'ensemble de son itinéraire » : choisissez les péripéties essentielles du parcours du personnage, celles qui l'ont marqué.

  • Les « quelques lignes » qui débutent votre travail d'écriture : vous devez faire un bref résumé de la fin du roman, avec l'objectivité, le ton neutre d'un compte rendu de lecture.

  • Le sujet et la teneur de la méditation : celle-ci peut prendre une tournure philosophique (soi, les autres, l'être humain, la vie, le monde...). Selon le vécu du personnage, le bilan peut être positif ou négatif, la vision de la vie et du monde optimiste, pessimiste ou nuancée (cas du corpus).

La forme, les choix d'écriture

  • Dialogue ? monologue intérieur ? style direct ? style indirect ? style indirect libre ? Le type de narration dépend du statut du narrateur, identique à celui du roman choisi.

    1. 1. Si vous optez pour le dialogue :

      • choisissez le personnage (du roman, vraisemblablement) auquel s'adresse le personnage principal. Adaptez le ton du dialogue à leur relation (intimité, distance, respect...) ;

      • veillez à la présentation correcte du dialogue : guillemets, tirets, passages à la ligne...

      • choisissez des verbes introducteurs de parole qui soient expressifs et rendent compte des intonations, des sentiments... (pas de verbes trop neutres comme dire, demander, répondre...).

    2. 2. Si vous choisissez le procédé du monologue intérieur :

      • au style direct : utilisez la première personne du singulier ; vous pouvez aussi opter pour la 2e personne du singulier, le personnage se dédoublant pour mieux se juger et s'analyser (dialogue avec soi-même) ;

      • au style indirect ou au style indirect libre : veillez à la bonne utilisation des temps et indices personnels.

  • Le style du personnage, le niveau de langue : on vous demande de « réécrire » : vous devez donc calquer le style, l'expression du personnage sur ceux que l'auteur du roman choisi lui a donnés.

  •  Pour réussir l'écriture d'invention : voir guide méthodologique.
  •  Le roman : voir lexique des notions.
  •  Le statut du narrateur : voir lexique des notions.
Corrigé

L'étranger

Meursault, l'Étranger de Camus, a tué un homme. Il n'a pourtant pas l'âme d'un meurtrier, et l'assassinat de celui qu'on connaît seulement sous le nom de « l'Arabe », est à mettre sur le compte de la chaleur ambiante, écrasante. À son procès, Meursault refuse de mentir : il est condamné à mort. Il attend son exécution dans sa cellule, après avoir malmené un prêtre qui a tenté obstinément de le ramener à Dieu.
 

Me voici dans ma cellule. Enfin seul. Si j'étais croyant, je dirais merci mon Dieu. Mais non. Et puis me mettre à croire maintenant, comme ça, d'un coup, comme eux, non. Merci bien ! Et ce prêtre qui pleurait de voir que je ne croyais pas. Je n'étais pourtant pas censé être une référence, moi, monsieur. Je devrais peut-être dire « mon Père ». Mais sincèrement, quelle importance ? Il ne devrait pas être prêtre, il est comme moi, après tout. Oui, tout comme moi. Mais pourquoi en pleurer ? Je ne pleure pas, moi.

Enfin... Tout cela n'est guère intéressant. Comme tout depuis le départ. Même la mort de maman : tout le monde meurt, pourquoi pas elle ? Je ne vois pas pourquoi on en a fait toute une histoire. Ç'aurait pu être moi, ç'aurait pu être n'importe qui. Ç'a été elle, c'est tout. J'étais en noir, bien sûr. Je ne parlais pas beaucoup : je ne parle jamais beaucoup. Mais ça ne veut rien dire. Je me demande bien ce qu'ils voulaient : que je m'effondre ? que je pleure ? Je me demande à quoi ça leur aurait servi. Peut-être que ça les aurait rassurés : des larmes, ça fait bonne impression. Ça fait « la vie continue malgré tout ». Ça fait « on est là pour pleurer, et après on oublie ». Comment ils disent ça ? « Prendre sur soi ». Mais c'est de l'oubli, c'est tout.

Et puis quoi ? Ils auraient peut-être voulu que je pleure aussi sur l'Arabe. Mais c'était comme pour maman : c'était son tour, comme ce sera le mien demain. Et puis, c'était lui et les deux autres qui cherchaient la bagarre. Je ne pouvais pas laisser Raymond seul contre eux trois. Et après... Il faisait chaud. Et l'Arabe s'approchait, lentement, avec son couteau. J'avais très chaud. Et Raymond n'était plus à côté de moi. La lumière m'aveuglait. Un reflet sur le couteau. J'avais si chaud. C'est parti tout seul : cinq coups de feu, disent-ils. Je ne m'en souviens pas. Mais s'ils le disent... Je ne sais même pas si j'ai bien visé. Je n'ai même pas regardé le corps : après tout, je ne le connaissais pas. Je n'ai jamais vu son visage, je ne le reconnaîtrais même pas, je crois. Combien de temps je suis resté, comme ça, après que l'Arabe est mort ? Il faisait si chaud !

Ils n'ont pas tardé à m'arrêter. Ce n'est pas comme si j'avais voulu me cacher : je ne vois pas d'ailleurs à quoi ça aurait servi. Et puis mentir au procès, à quoi bon ? Que j'y passe demain ou dans dix ans, quelle différence ? Au moins ça ne fera pas trop mal. Ce ne sera pas long. Ce n'est pas comme le procès : il était temps qu'il se termine. J'en avais assez d'attendre, sur mon banc, que tout le monde ait fini de parler de moi. C'était fatiguant. Est-ce que je leur demandais de me raconter leur vie, moi ? Il suffisait que j'aie tué l'Arabe. C'était tout. Quelle perte de temps ! Et l'avocat qui me demandait de mentir : à quoi bon, puisque toutes les preuves étaient contre moi ? Cela aurait rallongé le procès. Et puis je n'ai pas peur, moi. Je ne vis pas les entrailles nouées, comme tous ces gens qui veulent que je mente et qui tremblent de voir que je ne leur mens pas. À l'enterrement de maman, au procès. Tous. Les amis, l'avocat, le prêtre. Pendant tout le procès. Raymond a eu beau témoigner en ma faveur, cela n'a pas servi à grand-chose, je crois. Il a peut-être même aggravé mon cas. Il n'a pas dû faire bonne impression. C'était gentil d'essayer. J'aurais fait pareil pour lui. Mais moi, mentir ? Pour quoi faire, sincèrement ? Au fond, ils le savent aussi bien que moi. Que c'est pour rien qu'ils s'agitent, que c'est pour rien qu'ils vivent leur petite vie bien sage, bien monotone, et bien mensongère. C'est plus commode. C'est plus simple. Non. C'est plus rassurant, voilà. Rassurant.

Je ne dois pas être rassurant. Je comprends qu'ils n'aient plus envie de me voir. Je ne sers déjà pas à grand-chose, au départ. Mais si, en plus, je leur fais peur... Si en plus je les renvoie à leur vanité, à leur absurdité, à leur vide... Oui, je comprends mieux : ils n'ont plus envie de me voir. Parce que je dois faire mal à voir. Tout simplement. Ce sera un soulagement pour eux de me voir mourir demain. Peut-être que ce sera dans les journaux. Cela rassurera le prêtre, oui : et il pourra commencer à en convertir d'autres, qui suivront ses conseils avisés.

Mais qu'ils ne comptent pas sur moi ! Parce que moi, je vais mourir demain et parce que je sais, moi, que tout cela ne sert à rien.