Annale corrigée Ecriture d'invention Ancien programme

Vous écrivez un article pour défendre les droits des animaux

Des hommes ou des bêtes ? • Invention

8

fra1_1806_07_05C

France métropolitaine • Juin 2018

Séries ES, S • 16 points

Des hommes ou des bêtes ?

Écriture d'invention

Vous êtes journaliste et vous cherchez à montrer qu'il est nécessaire de promulguer la « Déclaration des droits de l'animal ».

Vous écrivez un article de presse d'au moins cinquante lignes, reprenant les caractéristiques du texte de Marguerite Yourcenar (texte D), et présentant des arguments variés sur un ton polémique.

Se reporter au document D du corpus.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre : « article de presse ».

Sujet : « droits de l'animal ».

Type de texte : « cherchez à montrer/arguments » texte argumentatif

Registre : polémique.

Situation d'énonciation : Qui ? Un journaliste ; à qui ? à des lecteurs (large public).

Niveau de langue : correct ou soutenu.

« Définition » du texte à produire, à partir de la consigne

Article de presse (genre) qui argumente sur (type de texte) les droits de l'animal (thème), polémique (registre), passionné, convaincant, persuasif (adjectifs) pour prouver la nécessité d'une Déclaration des droits de l'animal (buts).

Chercher des idées

Contraintes de fond

La thèse à soutenir est : il est nécessaire d'édicter un texte qui défende les droits des animaux.

Les arguments « variés » : pensez aux arguments par la cause, par la conséquence, par la comparaison/l'analogie, par le recours aux faits, par les valeurs, par le bon sens, par l'absurde, aux arguments d'autorité. Vous pouvez reprendre certains arguments des auteurs du corpus.

Contraintes de forme

Vous devez respecter certaines caractéristiques :

celles d'un article de presse. Cela implique :

un titre accrocheur ;

une structure par paragraphes (avec éventuellement des sous-titres) ;

une attaque (1re phrase qui incite à lire l'article) et une chute frappante ;

la prise en compte et la sollicitation du lecteur.

celles du texte de M. Yourcenar :

expression de la thèse adverse et sa réfutation ;

indices personnels qui marquent l'implication du journaliste (1re pers du sing) et des lecteurs (1re pers du pl) ;

mode impératif ; présent de l'indicatif ; style direct ; anaphores ;

longues phrases en envolées amples.

celles du registre polémique, avec une prise à parti de l'adversaire :

apostrophes, exclamations et fausses interrogations ;

vocabulaire péjoratif, images dévalorisantes ; termes forts et violents ;

vocabulaire affectif (de la révolte, de l'emportement…) ; amplification et hyperboles ; ironie ; procédés de l'insistance…

Les choix à faire

le type de journal : scientifique ?, journal pour adolescents ?, juridique ?, magazine spécialisé (ex : 30 millions d'amis) ?…

la justification l'actualité de l'article : cas de maltraitance dans les abattoirs ; disparition d'une espèce menacée ; scandale des expérimentations médicales sur les animaux ; période de gavage des oies…

les exemples : ils doivent être précis (éventuellement avec des données chiffrées).

Corrigé

In Planète-Terre Magazine, 18 juin 2018

Rubrique : Point chaud !

Déclarer les droits de l'animal, c'est déclarer nos propres droits !

« L'enfer n'existe pas

pour les animaux,

ils y sont déjà… »

Victor Hugo.

En ces temps troublés où nous nous débattons contre les assauts répétés de la barbarie, il ne suffit plus de se demander si une Déclaration des droits de l'animal sera utile : il faut prouver qu'elle est rigoureusement nécessaire. « Quoi ! s'exclameront de subtils penseurs, n'est-ce pas là se tromper de priorité ? N'avons-nous nous pas d'autres priorités ? Une crise économique à gérer ? Des guerres à éviter ? Pensez-vous donc vraiment qu'il n'y ait rien de plus urgent que de veiller au bonheur des moutons et des poulets quand des milliers d'êtres humains souffrent et meurent chaque jour ? »

À cela, je répondrai qu'il n'est pas question ici de priorité. À vouloir traiter « le plus urgent », on se contente de dresser toutes sortes de listes qui ne font que repousser l'action : les femmes ou les enfants d'abord ? Quelle question inepte quand un immeuble brûle ! « Mais la différence est grande entre un animal et un être humain ! » Je suis d'accord, mais le monde manquera-t-il jamais de crises économiques, de guerres ? Quand parviendrions-nous à nous entendre sur le problème à traiter « en priorité », pour enfin passer au suivant ? Je crois urgent de reconnaître que nous sommes condamnés à livrer bataille sur tous les fronts en même temps.

Trop de gens oublient que nous sommes d'abord des animaux : l'animal, étymologiquement, c'est « l'être vivant, l'être animé ». Déclarer les droits de l'animal, c'est déclarer nos propres droits : qu'est-il de plus fondamental et de plus rigoureusement nécessaire que cela ? « Mais nous, nous avons une conscience, nous sommes des êtres moraux, nous pensons. Cogito, ergo sum ! Les bêtes peuvent-elles en dire autant ? » Je n'aurai pas le front de soutenir le contraire. Mais ne souffrons-nous donc que par notre conscience ? Mépriser les animaux, c'est mépriser cette réalité irréductible et que nous partageons avec eux, c'est oublier que nous avons un corps. Oublier tout cela, c'est ouvrir la porte à la barbarie. Quelles tortures ne pourrons-nous pas infliger aux animaux, si nous les méprisons ?

Mettons un frein au cycle de la violence qui nous menace nous-mêmes. Écoutons la terrible prophétie d'Albert Schweitzer, l'« homme universel » : « Quelqu'un qui s'est habitué à considérer la vie de n'importe quelle créature vivante comme sans valeur, finit par penser qu'une vie humaine ne vaut rien. » N'oublions pas que les agresseurs d'animaux répètent souvent leurs crimes et commettent des actes similaires sur des membres de leur propre espèce. Ce phénomène est bien connu des services de police.

« Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux

Et si la servitude inutile des bêtes

Ne se résolvent pas en Nérons sur nos têtes ? »

avait présagé le poète dans sa Légende des siècles.

Pour la sécurité de tous, il est essentiel que nous puissions régler sérieusement et légalement les cas de cruauté envers les animaux et que nous nous assurions que tout agresseur soit dûment poursuivi et condamné.

Refusons l'ignoble gavage des oies pour une éphémère satisfaction de nos papilles, refusons la mise à mort des taureaux sous les cris de joie des aficionados, refusons le massacre des bébés-phoques pour… quelques manteaux de fourrure ! Ayons le courage et la volonté d'officialiser notre révolte dans un texte digne de notre humanité, qui mettra fin aux tortures des vaches dans les abattoirs, aux sévices infligés à cette poule dont on coupe le bec et qu'on immobilise sur une surface minuscule, qui durant son année d'existence ne peut faire un pas, ne voit jamais la lumière du jour, au point d'en devenir folle, d'en perdre toutes ses plumes, pourvu qu'elle ponde, ponde, ponde.

Qu'enfin une Déclaration des droits de l'animal fixe un cadre légal à nos rapports avec nos amis les bêtes et permette un recours juridique en cas de manquement ou d'infraction à la loi. Il est douloureux de se rappeler que nous ne sommes que des animaux. Affrontons cette douleur. Révoltons-nous contre cet orgueil et contre cette folie qui nous font oublier que nous pouvons avoir une faim de loup, être malade comme un chien et, face à la mort, crier comme un goret. N'oublions pas que qui veut faire l'ange fait la bête ; et surtout, comprenons enfin que qui se sait bête, pourra peut-être devenir ange. « L'enfant qui sait se pencher sur l'animal souffrant saura un jour tendre la main à son frère ». (A. Schweitzer)

Accéder à tous les contenus
dès 6,79€/mois

  • Les dernières annales corrigées et expliquées
  • Des fiches de cours et cours vidéo/audio
  • Des conseils et méthodes pour réussir ses examens
  • Pas de publicités
S'abonner