Vous faites part à un professeur de votre désaccord avec la thèse défendue par J. Rostand

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : L'écriture d'invention - La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
La condition de l’homme
 
 

La condition de l’homme • Invention

Question de l’homme

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Polynésie française • Juin 2012

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> À l’issue de la lecture du texte de Rostand, vous faites part à un professeur de votre désaccord avec la thèse défendue par le célèbre biologiste.

Écrivez, après une rapide entrée en matière narrative, ce dialogue avec ce professeur qui, lui, défendra la position de Rostand.

Votre texte comportera au minimum une soixantaine de lignes.

Comprendre le sujet

Faites la « définition » du texte à produire pour trouver des idées.

Dialogue (genre) entre un élève et un professeur (situation d’énonciation) qui argumentent (type de texte) sur la condition de l’homme et sa position dans l’univers (thème), vif et alerte (adjectifs) pour défendre leur conception de l’homme, l’une pessimiste, l’autre optimiste (but).

Chercher des idées

  • Deux thèses s’opposent :
  • celle de Rostand (du « professeur ») : l’homme, pour la nature, n’est pas supérieur aux millions d’autres espèces vivant sur terre ;
  • celle de l’élève (« vous ») : l’homme, par son esprit et ses réalisations, surpasse les autres espèces et occupe une place privilégiée dans l’univers.
  • Les deux thèses doivent être appuyées sur :
  • des arguments : le professeur doit montrer que Rostand raisonne en biologiste et à l’échelle de l’univers. L’élève doit donner des preuves de la supériorité de l’homme, en adoptant le point de vue « philosophique » ;
  • des exemples : l’élève doit fournir des exemples de « grandes réalisations » de l’homme (conquête de l’espace, clonage…) ; le professeur doit avancer des exemples de sa faiblesse face à la nature et au temps ;
  • des « autorités », c’est-à-dire des auteurs qui ont abordé la même question (corpus, mais aussi autres écrivains ou philosophes [Pascal, Camus]…).
  • Choix du registre : il peut être didactique (quand le professeur parle), par moments polémique ou lyrique.
  • Le dialogue doit être mené avec vivacité, et le ton être naturel.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La question de l’homme : voir mémento des notions.

Corrigé

Dernier texte de notre liste de bac : celui d’un certain Rostand… l’auteur de Cyrano de Bergerac ? « Attention ! Ne confondez pas Jean et Edmond… Jean est le fils du dramaturge ; il est écrivain, moraliste, biologiste et historien des sciences », a précisé le professeur… Après que nous l’avons lu, j’étais à la fois peu satisfait du texte et surpris du peu de réaction de mes camarades. Trouvaient-ils normal de se faire traiter « d’arrière-neveux de limace » ?

Moi. – Monsieur, le texte que nous venons d’étudier me pose problème… Tout d’abord, le ton me dérange : je le trouve méprisant. Me faire traiter de « petit-fils de poisson » et mettre sur le même plan que les… quoi déjà ? « stégocéphales » !…

Le professeur. – Je comprends, mais il ne s’agit pas d’un jugement ex nihilo : c’est une reformulation vigoureuse de la théorie de l’évolution de Darwin. Il ne faut pas oublier que Rostand est biologiste : il ne fait que rappeler la thèse qui fonde actuellement notre conception de la biologie. Quant au ton, il cherche bien évidemment à choquer – le paradoxe étant que l’auteur s’inclut lui-même dans ce qu’il pose comme un objet de mépris. L’accuser de mépriser son lecteur, c’est lui faire un faux procès.

Moi. – Il n’empêche, il est vraiment trop pessimiste : il réduit l’homme à une simple « espèce ». Du coup, il passe sous silence la dimension spirituelle de l’homme… Vous ne trouvez pas ça abusif ? C’est d’une mauvaise foi !

Le professeur. – Il ne la passe pas sous silence : il en parle au début du texte.

Moi. – Oui, mais c’est pour mieux l’effacer par la suite. Un peu facile, non ?

Le professeur. – Mais, en tant que biologiste, il est normal qu’il prenne la question sous son angle scientifique. D’où la différence qu’il fait entre les moralistes et lui. Lui ne s’occupe pas de l’individu : il ne parle que de l’espèce humaine ; il la remet en contexte pour nous faire comprendre que, d’un point de vue purement biologique, nous ne sommes supérieurs à aucune autre espèce sur la longue durée, et ce malgré nos avancées scientifiques, notre « intellect ». Et en cela, il a raison. Regarde : la nature fait ce qu’elle veut de l’homme : un tsunami, un tremblement de terre réduisent à néant des populations entières… L’espèce humaine n’échappe pas aux lois de la nature.

Moi. – Je veux bien que l’homme soit imparfait et susceptible de disparition, comme tous les autres êtres vivants. Mais nous avons quand même de quoi être fiers de ce que nous avons accompli jusqu’ici. Rostand fait comme si les découvertes scientifiques, les inventions, le progrès ne comptaient pour rien. Il y a tout de même un juste milieu entre la reconnaissance de notre imperfection et la conscience de nos accomplissements…

Le professeur. – D’accord, mais tu oublies un point essentiel : tu te places du point de vue de l’homme alors que Rostand, lui, se place du point de vue de l’espèce. Tu singularises ; il généralise. Ce qui n’est qu’une « aventure » pour lui, te semble important. Pour toi, l’homme est grand parce que tu réfléchis à ton échelle ; pour Rostand, la Terre n’est qu’un « grain de boue », parce qu’il réfléchit à l’échelle de l’Univers.

Moi. – Mais après tout, ce n’est pas pour rien que Robert Oppenheimer, le père de la bombe A, a cité le Mahâbhârata après le premier essai nucléaire, en s’exclamant : « Je suis devenu la Mort, le destructeur des mondes ! » La bombe atomique, tout de même, c’est quelque chose !

Le professeur. – Pour toi, pour moi, pour n’importe qui, c’est « énorme ». Mais uniquement si l’on en reste à l’échelle humaine. Et là est bien le problème : nous ne pouvons nous départir de cette échelle. En réalité, je suis tout à fait d’accord avec ce qu’écrit Rostand, mais seulement quand j’y réfléchis, quand je considère la question de façon abstraite. Mais l’admettre définitivement rendrait la vie invivable : nous avons besoin de penser que nous sommes importants.

Moi. – Tout cela ne serait donc qu’une affaire de point de vue ? D’accord, vivre sur une autre planète relève aujourd’hui de la science-fiction, mais sans doute aurons-nous un jour les moyens de perpétuer définitivement « l’espèce », comme il nous appelle. Et nous aurons damé le pion à toute l’évolution ! Après tout, Cyrano de Bergerac (le vrai, pas celui de la pièce), au xviie siècle, n’a-t-il pas imaginé un voyage sur la Lune, anticipant par là sur les premiers pas de l’homme sur la Lune le 20 juillet 1969 ? Le clonage, voilà une découverte qui montre la puissance de l’homme !

Le professeur. – Jean Rostand répond à cette remarque dans son texte : il ne nie ni le progrès ni les réussites de l’être humain. Il met seulement en évidence le fait que l’homme aura beau faire tous les progrès possibles, il est par définition impossible qu’il se mette à la taille de l’Univers. D’où l’importance du mot « illusion » : l’homme croit que le progrès le rendra maître de l’Univers, mais il oublie qu’un être fini ne pourra jamais jouer dans la cour de l’infini, les deux étant résolument séparés et irréconciliables.

Moi. – Je vois… Malgré tout, cette conception des choses me dérange. Elle me semble trop désincarnée pour être juste. Je reste dans l’idée que priver l’homme de sa dimension spirituelle est une erreur de raisonnement, et que, même si, dans l’absolu, l’espèce humaine est probablement destinée à disparaître un jour, eh bien au moins, elle aura construit quelque chose qui aura illustré, même fugitivement, plus de choses qu’un « stégocéphale ».

Le professeur. – Dans le fond, les deux points de vue peuvent se justifier…

Moi. – Oui, mais l’un est objectif, et terriblement pessimiste et désincarné ; l’autre, bien qu’un peu biaisé, est plus vivable et spirituellement satisfaisant.

Le professeur. – En fait, plus on avance en âge, plus on comprend Rostand… Disons que… l’homme est à la fois petit et grand… Rappelle-toi Pascal : « La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. »

Conseil

Faites-vous un « stock » de courtes citations sur les genres littéraires au programme ; elles servent d’arguments d’autorité aussi bien pour la dissertation que pour l’écriture d’invention quand, comme ici, elle est argumentative.

Moi. – Oui, je sais… J’aime bien son image de l’homme « roseau pensant ». On pourra m’objecter que Pascal c’est le xviie siècle. Hé bien, justement, j’opposerai à M. Rostand la phrase de Camus (ils sont à peu près contemporains, non ?) : « La grandeur de l’homme est dans sa décision d’être plus fort que sa condition. »

Le professeur. – Écoute, nous n’avons pas épuisé le sujet, loin s’en faut ! Je te suggère de l’évoquer avec votre professeur de philosophie.