Vous imaginerez la suite du texte de Georges Duhamel

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2014 | Académie : Pondichéry
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le personnage en situation d’apprentissage
 
 

Personnage en situation d’apprentissage • Invention

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Le roman

8

CORRIGE

 

Pondichéry • Avril 2014

Le personnage de roman • 14 points

Écriture d’invention

> Vous imaginerez la suite du texte de Georges Duhamel (texte D). Votre écrit combinera dialogues et récits. Il mettra en valeur par les moyens de votre choix les réactions et les sentiments des personnages présents.

Comprendre le sujet

  • Forme du texte à produire : « suite du texte » implique que ce soit un extrait de roman. Respectez le statut du narrateur (frère de Joseph), le temps des verbes et l’emploi des indices personnels (pronoms personnels).
  • Sujet/thème du texte : poursuivre ou non ses études ?
  • Type de texte : « dialogues et récits ». Comme la discussion du texte, le texte est argumentatif.
  • Situation d’énonciation et niveau de langue : les mêmes que dans le texte du corpus.
  • Le registre ne vous est pas indiqué. Mais, comme dans le texte de base, le ton est un peu polémique.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :
 

Extrait de roman (genre), qui combine dialogue, récit et argumentation (type de texte) sur l’intérêt des études (thème), ? (registre), pour éclairer les réactions et sentiments des personnages (buts).

Chercher des idées

  • Analysez chez Duhamel le caractère et la façon de parler des personnages (père amer, déçu, un peu méprisant, fils gêné mais déterminé, mère pleine de mesure et de bon sens…).
  • Imaginez des gestes, mimiques, verbes introducteurs de la parole (qui indiquent le ton des interventions) qui traduisent ces sentiments.

> Réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

> Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

« Si je commence tout de suite, dans le commerce… »

Mon père pouffa d’un air méprisant :

« Dans le commerce ! Bon dieu de bois…

  • Ram, s’exclama Maman d’un air suppliant.
  • Mais laisse-moi finir, Papa ! » Joseph attendit d’être sûr que mon père l’écoutait pour reprendre la parole : « Je disais donc que si je fais un apprentissage et que je me montre motivé, d’ici un an tout au plus, je pourrai gagner ma vie. Je ne serai donc plus à votre charge.
  • C’est le devoir des parents de donner à leurs enfants les moyens pour exercer un métier épanouissant, dit Papa d’un ton catégorique et péremptoire.
  • J’ai dix-huit ans et je ne veux tout simplement pas être à charge, répliqua mon frère avec violence. Ah ça, j’en connais, des gens qui se satisfont de se faire entretenir ! Mais cela me pèse, à moi ; je veux, être indépendant, exercer un métier qui me plaît sans attendre des années !
  • Tu raisonnes comme si c’était anormal, et comme si les gens qui veulent poursuivre des études étaient tous des parasites égoïstes.
  • D’accord, j’étais un peu de mauvaise foi, admit Joseph. Mais regardons les choses en face : je ne veux pas faire médecine ! Je ne serai qu’un tâcheron, qui luttera pour avoir à peine la moyenne. Ce ne sera gratifiant ni pour moi, ni pour vous…
  • Pourquoi ? demanda Papa.
  • N’est-ce pas absurde de dépenser sans compter pour des études que je ne veux même pas faire ? C’est jeter de l’argent par la fenêtre !
  • Ne sois pas grossier, Joseph, implora Maman, de plus en plus inquiète.
  • Pardon, Maman, dit Joseph confus, avant de reprendre plus calmement : en plus, ce sera difficile pour vous ; ces études sont coûteuses et longues. Après moi, vous aurez du mal à payer à Laurent les études qu’il envisage. »

Le visage de mon père s’empourpra et la veine inquiétante qui gonflait dans ses accès de fureur commença à palpiter sur sa tempe droite. Je me tassai un peu plus dans mon fauteuil, dans mon coin.

« Comment oses-tu… De quel droit… Je te signale que nous avons tout calculé, avec ta mère ! Tout ! Contrairement à ce que tu laisses entendre, je n’ai pas l’intention de mettre notre famille sur la paille !

  • Je n’ai pas voulu dire ça, Papa. Mais il faut être réaliste ! Il n’est pas honteux de reconnaître qu’on peut avoir besoin d’argent. Même si nous héritons un jour de l’oncle Julien, il n’est pas dit qu’il n’y aura aucun problème. Et en cas de coup dur, nous serons contents d’avoir des sous de côté…
  • Ah, ne me donne pas de leçons de prévoyance, s’emporta Papa. Et puis je ne te connaissais pas cet amour de l’argent. Les études, Joseph, c’est un investissement sur le long terme ! Il faut voir plus loin que le bout de son nez…
  • Encore faut-il y arriver, à ce long terme, marmonna Joseph.
  • Mais enfin, comment veux-tu avoir une vie pleinement satisfaisante si tu ne travailles que dans le commerce ? Acheter, revendre, gérer une boutique, ce n’est pas très épanouissant… C’est un travail de tâcheron !
  • Papa, tu es inutilement méprisant. Peut-être cela demande-t-il moins d’instruction et de culture qu’un travail de biologiste, mais cela exige un vrai sens de l’organisation, un constant effort d’adaptation ; et, au moins, tu parles à de véritables personnes, pas à des éprouvettes…
  • Mais tu ne veux donc pas t’instruire ? demanda mon père, désespéré.
  • Pour s’instruire, déjà, il faut en avoir les moyens, déclara mon frère d’un ton définitif. Ensuite, je suis tout aussi curieux que toi, Papa, mais je n’ai pas envie qu’on me dicte ce que je dois savoir ou non. Si je veux m’instruire, je choisirai ce que je veux apprendre moi-même.
  • Tu n’en auras ni le temps ni l’envie, je te le dis, moi, gronda Papa.
  • Hé bien alors, ce sera tant pis pour moi. De toute façon, ma décision est prise, Papa. Je n’irai pas à l’université.
  • Tu te prépares une belle vie, tiens !
  • Si jamais elle ne me plaît pas, je ferai comme toi, Papa, soupira mon frère. Je reprendrai mes études. Il n’est jamais trop tard pour apprendre… Et si je change d’avis, je serai le premier à reconnaître que tu avais raison. »

Papa regarda intensément mon frère ; ma mère retenait son souffle ; moi, tapi dans mon fauteuil, j’attendais sans bouger l’issue de la confrontation… Enfin, mon père se leva et dit simplement : « Soit. » Puis il sortit du salon, en silence.

Ma mère et Joseph se détendirent aussitôt. Maman reprit son tricot… Et mon frère, en sortant, m’adressa un clin d’œil.