Vous imaginerez le récit que pourrait faire un spectateur/une spectatrice d’une séance de cinéma qui l’aurait particulièrement marqué(e).

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Écriture d'invention | Année : 2017 | Académie : France métropolitaine

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8

France métropolitaine • Juin 2017

Séries ES, S • 16 points

La découverte d’un univers fictif

Écriture d’invention

À la manière des auteurs de ces romans, vous imaginerez le récit que pourrait faire un spectateur/une spectatrice d’une séance de cinéma qui l’aurait particulièrement marqué(e).

Votre texte, d’une cinquantaine de lignes, comportera les références au film, la description des émotions ressenties et des réflexions diverses suscitées par la représentation.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre : « à la manière des auteurs de ces romans » extrait de roman, article de presse critique, lettre, passage de journal intime…

Sujet : « une séance de cinéma/(un) film » ; « émotions » et « réflexions ».

Type de texte : « récit » texte narratif ; « description » texte descriptif ; « réflexions » texte argumentatif.

Registre : non précisé.

Point de vue : « émotions/réflexions » interne et omniscient.

Caractéristiques du texte à produire, à partir de la consigne :

Extrait de roman sur ? (genre), qui raconte (type de texte) une séance de cinéma/un film (sujet), décrit (type de texte) le public, les émotions (sujet), argumente (type de texte) la qualité du film, les réactions du public (sujet), pour rendre compte des circonstances d’une projection, donner un aperçu du film, analyser les émotions et en tirer des réflexions (buts).

Chercher des idées

Le fond

Le film : choisissez un film que vous connaissez bien. Vous ne devez pas le raconter du début à la fin mais relater les scènes marquantes.

Les circonstances de la séance : où ? (salle…) ; quand ?

Le statut du narrateur : narrateur hors de l’histoire (Duras/Camus) ? narrateur-témoin ou narrateur personnage (Proust) ?

Le personnage principal à travers lequel est « vu » et « vécu » le film : sexe ? âge ? milieu ? Faites sentir sa personnalité.

Les émotions (du personnage principal et du public) : selon le film enthousiasme, peur, dégoût, identification aux personnages, incompréhension, révolte…

Manifestations de ces émotions : pleurs, rire, panique, cris…

Les réflexions : celles du spectateur et/ou celles du narrateur (cf. Duras).

Sur quoi ? Sur le film, sur soi-même, sur le public ?

Précisez en quoi cette séance a marqué la vie du personnage.

Le registre dépend des émotions : lyrique, ironique, humoristique…

La forme

Analysez les faits d’écriture des textes du corpus (utilisez-en quelques-uns) et du registre que vous aurez choisi (lyrisme : hyperboles, exclamations, mots mélioratifs, images…).

Temps verbaux : récit mené au présent ou au passé (ou mélange : cf. Duras).

Utilisez le vocabulaire affectif des émotions, le vocabulaire du jugement.

Corrigé

Corrigé

« Dis donc, tu as fini de lire The Color Purple, tu sais, le roman de la romancière noire féministe, Alice Walker, qu’il faut lire pour lundi ? N’oublie pas : il y aura un contrôle de lecture ! »

Un contrôle de lecture lundi… un contrôle de lecture lundi !… Tandis que, quittant Stéphanie, j’empruntai la 5e Avenue pour me diriger notre nouvel appartement au 25e étage, la menace tournait en boucle dans ma tête… Je venais de déménager à New York où j’avais été parachutée dans une classe bilingue, malgré un niveau d’anglais assez médiocre… Et oui, il fallait que j’aie terminé ce satané roman dans trois jours, un roman en anglais en plus ! Si encore il avait été écrit en américain !

La Couleur pourpre, La Couleur pourpre… Rassemblant mes connaissances sur la signification des couleurs, j’essayais d’imaginer de quoi il pouvait s’agir : sans doute une histoire de roi ou d’empereur puisque cette couleur, autrefois utilisée pour les vêtements de personnes de haut rang, symbolisait la richesse.

Tout à coup, au niveau de la 42e Rue, une enseigne lumineuse attira mon attention : Now playingThe Color Purple. Je n’en croyais pas mes yeux. J’enfonçai ma main dans ma poche et, ô miracle, j’y sentis, tout froissé, un billet de 10 dollars – je devais rapporter deux pizzas pour le dîner… Tant pis pour les pizzas !

Je me glissai dans la file devant le guichet. Une histoire d’empereur ? Pas vraiment, si l’on en croyait l’affiche aux tons pourpres, à l’entrée du cinéma : dans un intérieur modeste, derrière une grande baie éclairée par le soleil couchant, la silhouette d’une femme noire, assise sur un rocking-chair, en train de lire une lettre. L’image évoquait un de ces États du sud des États-Unis dans lesquels l’esclavage a si longtemps sévi.

Dans la file d’attente, des Noirs, des Blancs, des accents multiples se mélangeaient, il faisait chaud…

En me rapprochant de l’affiche, j’aperçus le nom du réalisateur : Spielberg ! Le créateur des Dents de la mer et d’E. T. ? Non ! Était-il possible que le film soit un thriller ou un film de science-fiction bourré d’effets spéciaux ? Ça ne collait pas avec l’affiche… Tant pis, il fallait se décider ! Je payai donc mon billet et entrai dans la salle.

Celle-ci était agréablement fraîche et imprégnée de cette odeur si caractéristique de Coca-Cola, de pop-corn renversé et de fauteuils matelassés… Je m’installai au deuxième rang, entre un jeune homme à la mise impeccable de « golden-boy » et une femme noire accompagnée de deux adolescents. Je me demandais quelle commune intention pouvait les avoir réunis dans cette salle.

Soudain, extinction des lumières ! L’obscurité n’avait d’égale que mon ignorance du livre que je devais lire et du film qui m’attendait…

Les premières images me transportent en Géorgie, au début du xxe siècle. Sur l’écran, une nature magnifique avec un coucher de soleil somptueux. La caméra s’attarde sur des fleurs de couleur pourpre filmées en gros plan – je fais le lien avec le titre du film… – et deux petites filles, deux sœurs, qui gambadent en riant, telles des fleurs – noires – parmi les autres fleurs. Tout à coup s’élève ce chant d’amour qui les lie depuis leur plus tendre enfance :

You and me, Us never part

Makidada

You and me, Us have one heart

Makidada

Ain’t no ocean, ain’t no sea

Makidada

Keep my sistah way from me

Makidada.

À ma droite, j’entends ma voisine fredonner l’air, qu’elle semble connaître par cœur.

Mais très vite, l’enchantement des premières images se ternit… Je reste pétrifiée, collée à mon siège ! Non, ce n’est pas possible… Celie, la jolie Celie… – qui n’a que quatorze ans – est enceinte et pour la deuxième fois… de son père ! Et puis la voilà mariée de force à un veuf ! Une brute qui la bat et la considère comme la bonne à tout faire. Les deux sœurs doivent également se séparer. Je pleure de compassion.

Heureusement, l’horizon s’éclaircit pour Celie grâce à d’autres femmes, porte-parole du combat contre l’injustice, de la lutte pour l’émancipation des femmes. Parmi elles, Shug, la maîtresse au grand cœur, avec qui Celie a noué une tendre relation. C’est elle qui entonne ce sublime gospel Miss Celie’s blues, où elle incite Celie à s’affirmer et à mener sa vie comme elle l’entend.

Et puis c’est le happy end que j’appelais de mes vœux : les deux sœurs, adultes, se rejoignent dans le champ où elles couraient autrefois toutes les deux. Toute la salle respire, soulagée. À l’exception de mon voisin de gauche, visiblement agacé, qui se lève brusquement pour quitter la salle. Il n’a vraiment rien compris !

Les lumières reviennent. Je reste là, comme transportée dans un autre monde, loin des pizzas et de la 5e Avenue… Je sens en moi pêle-mêle toutes les émotions charriées par le film : la tristesse, la colère et la rage, mais aussi la joie et l’espoir. Ce film est comme un chant d’amour pour toutes ces femmes noires meurtries, mais battantes et solidaires, qui se rebellent contre la domination des hommes et réclament leur part de bonheur ! Grâce à leur combat, le monde est moins laid…

Lundi, les questions du contrôle me semblent d’une simplicité désarmante. Après les cours ; je retrouve Candida, une élève de la classe. La tête encore pleine des images du film, je me risque : « Tu as vu le film The Color Purple ?

 Évidemment ! Je suis une black ! C’est un de mes films culte, mon encyclopédie de vie à moi ! »

Nous nous sommes alors surprises à entonner toutes les deux dans la cour :

So, sister, I’m keepin’ my eye on you.

Sister, you’ve been on my mind

Sister, we’re two of a kind…

Depuis ce jour, Candida et moi sommes devenues deux amies inséparables.