Vous imaginerez un personnage « le front aux vitres ».

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re L - 1re S | Thème(s) : L'écriture d'invention - Écriture poétique et quête du sens
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Hors Académie

Fenêtre ouverte sur le monde...

 Écriture d'invention

 Vous imaginerez un personnage « le front aux vitres... », comme dans le poème de Paul Éluard.
 Le personnage exprime ses sentiments sous la forme d'une écriture poétique (sans forcément recourir aux vers). Il décrit le paysage, le ou les personnages qu'il voit par la fenêtre. La scène contemplée sera perçue d'un point de vue interne et métamorphosée par les sentiments que le personnage éprouve.

Se reporter aux textes du corpus.
 

     LES CLÉS DU SUJET  

Comprendre le sujet

« Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Texte poétique (genre) qui décrit (type de texte) un paysage, un (ou des) personnage(s) (thème) vus d'une fenêtre, métamorphosés (adjectifs) pour dévoiler une vision subjective du monde et rendre compte des sentiments du personnage (buts).

 

Chercher des idées

Contraintes à observer et choix à faire

  • La forme : vous devez choisir entre poésie en vers ou poésie en prose ; utilisez des faits d'écriture poétique (voir ci-dessous).

  • Le(s) personnage(s) vu(s) : ils peuvent être réels ou imaginaires. Ils doivent être en cohérence avec le paysage choisi.

  • La scène vue d'une fenêtre

    • Elle doit être cadrée puisque perçue « à travers une fenêtre ». Vous pouvez vous inspirer du mode d'emploi pictural que donne Guillevic (document D). Il s'agit d'une sorte de tableau dont le cadre est une fenêtre : cela suggère des couleurs, des formes (« courbes » et « lignes »). Le point de vue est en plongée.

    • Elle peut être réelle ou fictive.

    • La vision peut être fragmentaire, floue ou décrite avec précision (voir document C).

  • Les sentiments

    • Le personnage qui décrit est fortement impliqué dans sa description (usage des indices personnels de la 1re personne du singulier). Recourez au vocabulaire affectif ; tirez parti de la ponctuation et de la modalité des phrases.

    • Il peut s'agir de sentiments de tristesse, de nostalgie, de mélancolie, de peur, mais aussi de joie, d'amour... Ils doivent être en résonance avec la scène décrite.

  • Le registre : « sentiments » suggère les registres lyrique, élégiaque, pathétique, tragique, pourquoi pas épique. Mais rien n'empêche de choisir un registre comique ou satirique (comme Brel), ou même un certain cynisme. Enfin, vous pouvez aussi choisir de vous révolter contre une injustice (que la scène vous dévoile) [voir le texte proposé en corrigé].

  • La métamorphose s'opère grâce aux images (voir ci-après), à l'amplification (hyperboles et exagérations), à la valeur symbolique donnée à certains éléments.

  • La forme, la progression, l'écriture : vous devez recourir aux faits d'écriture poétique :

    • typographie et mise en page originales ;

    • images (comparaisons, métaphores, personnifications, animalisation, métonymie) ;

    • figures syntaxiques (anaphores, répétition, modalité des phrases...) ;

    • hyperboles ;

    • jeu sur les mots et sur les sons.

Pour réussir l'écriture d'invention : voir guide méthodologique.

La poésie : voir lexique des notions.

Corrigé

Nous vous proposons en corrigé le texte d'une chanson de Grand Corps malade, qui répond à la consigne. Bien entendu, dans votre texte, vous devez éviter les tournures trop familières qui se trouvent dans cette chanson.
 

Document

Vu de ma fenêtre, y'a que des bâtiments

Si j'te disais que je vois de la verdure, tu saurais que je mens

Et puis pour voir un bout de ciel, faut se pencher franchement

Vu de ma fenêtre, y'a des petits qui font du skate, ça fait un bruit, t'as mal à la tête /

Et puis y'a des gars en bas qui galèrent

Ils sont là, ils font rien, ils prennent l'air

Surtout le printemps, surtout l'été, surtout l'automne, surtout l'hiver

Vu de ma fenêtre, y'a vachement de passage, de Carrefour à la mairie je vois des gens de tout âge /

Du métro à la boulangerie, je vois toutes sortes de visages

Et puis en face bien sûr, y'a Vidéo-Futur, toute la nuit, les mecs s'arrêtent

devant en voiture /

Franchement le patron, il doit être blindé

Moi aussi quand je serai grand, je veux vendre et louer des DVD

Je suis aux premières loges pour les arrachages de portables, j'ai une

vue très stratégique /

Si j'étais une poukave, je louerais mon appart comme planque aux flics

Vu de ma fenêtre, y'a le café de 879, juste en bas, à deux pas

Il est tenu par des Rebeus, j'te jure, ça s'invente pas

Y'a des meufs bien coiffées qui viennent prendre un café,

Y'a des petits couples sereins qui viennent boire un coup avant d'en tirer un /

Et y'a des gentils poivrots qui viennent oublier leurs galères dans la bière /

Surtout le printemps, surtout l'été, surtout l'automne, surtout l'hiver

Aux beaux jours, ils mettent même des tables en terrasse

Vu de ma fenêtre, y'a plein de monde au soleil c'est la classe

Et comme je vois tout, de ma planque, comme un keuf

Mes potes m'appellent avant de venir pour savoir s'il y a de la meuf

Vu de ma fenêtre, celui que je vois le plus souvent c'est Ludo

Il est gentil mais quand tu le croises c'est pas forcément un cadeau

Si tu le supportes pendant une heure, j'te jure t'es costaud

C'est le mec qu'on appelle la cerise sur le ghetto

Vu de ma fenêtre, c'est pas de la télé-réalité, ni un sitcom d'AB Production /

Et je vois pas mal de gens qui triment et voient la vie comme une sanction

Et même si face à la galère, ils préfèrent se taire, ils mettent pas de genoux à terre et le poing en l'air ils restent fiers

Surtout le printemps, surtout l'été, surtout l'automne, surtout l'hiver

Parce que oui, vu de ma fenêtre, je vois pas mal d'espoir

Quand je vois le petit blond jouer au foot avec le petit noir

Quand je vois des gens qui se bougent, quand je vois des gens qui se mettent des coups de pied au cul, /

Pour sortir de la zone rouge, et pour que la vie vaille le coup d'être vécue /

Quand je vois ces deux hommes qui boivent un coup en riant, alors qu'ils sont soi-disant différents, /

Parce que l'un dit « Shalom » et l'autre dit « Salam » mais putain ils se serrent la main, c'est ça l'âme de mon slam /

Je prends ça comme un bon signe, c'est peut-être un espoir infime

Mais je te jure que je l'ai vu, c'est pas pour la rime

Bon c'est vrai que vu de ma fenêtre, je vois aussi la galère, la misère, les suicidaires, et les retours au pays en charter /

Mais je suis un putain de rêveur, un grand optimiste, c'est une philosophie qui me suit, /

Alors je me dis que ça peut s'arranger. J'espère donc je suis.

Vu de ma fenêtre, y'a que des bâtiments

Si j'te disais que je vois de la verdure, tu saurais que je mens

Et puis pour voir un bout de ciel, faut se pencher franchement

Mais vas-y viens chez moi, on regardera par la fenêtre.

Tu comprendras pourquoi je rigole, pourquoi je crains, pourquoi je rêve, pourquoi j'espère /

Surtout le printemps, surtout l'été, surtout l'automne, surtout l'hiver.

Grand Corps malade, « Vu de ma fenêtre », album Midi 20.