Vous rédigez un dialogue théâtral comique, dans lequel le rapport de force entre deux personnages s’inverse au fil des répliques.

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine

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France métropolitaine • Septembre 2016

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Théâtre, rire et gravité

Écriture d’invention

En vue d’un spectacle de fin d’année, vous rédigez un dialogue théâtral comique, dans lequel le rapport de force entre deux personnages s’inverse au fil des répliques.

Pour faciliter le travail de vos camarades qui vont jouer cette scène de confrontation, vous écrivez ensuite une note de mise en scène précisant l’état d’esprit des personnages et le jeu des acteurs.

Votre premier texte, le dialogue théâtral, comprendra une trentaine de lignes.

Votre second texte, la note de mise en scène, comprendra une vingtaine de lignes.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Analysez la consigne pour en cerner les contraintes. Attention ! cette écriture d’invention vous amène à composer deux textes très différents.

 

Texte 1

Texte 2

Genre

« dialogue théâtral »

Caractéristiques formelles : didascalies, nom des personnages avant les répliques…

« note de mise en scène »

Il s’agit d’un petit essai.

Thème

« rapport de force », scène de conflit (thème non défini).

La scène que vous avez écrite (« état d’esprit des personnages », « jeu des acteurs »).

Type de texte

/

Explicatif et argumentatif.

Registre

Comique

Non précisé ; « précisant » peut suggérer le registre didactique.

Caractéris­tiques des textes à ­produire

Scène de théâtre (genre), de conflit (thème), comique (registre) pour faire rire le public, pour montrer la stratégie des personnages dans le conflit (buts).

Texte en prose/essai (genre), qui explique (type de texte) la psychologie des personnages, leur caractère (thème) et argumente sur la façon de jouer, les directives de mises en scène (thème) ? (registre).

Chercher des idées

Le fond

Texte 1 : vous devez choisir les personnages (leur donner un caractère), la situation (enjeu du conflit), la progression de la scène (qui a le dessus au début ? à la fin ?) et la stratégie d’un des personnages pour inverser les rapports de force.

Texte 2 : vous devez vous appuyer sur la scène que vous aurez écrite et sur les éléments qui dévoilent le caractère des personnages, puis imaginer des éléments de mise en scène en discernant dans la scène les expressions qui la justifient.

Pensez à tous les aspects d’une mise en scène : décor, costumes, éclairages, jeu des acteurs…

La forme

Texte 1 : utilisez les types de comiques que vous connaissez (gestes, situation, paroles, caractère…). Votre scène doit être vive.

Texte 2 : utilisez les faits d’écriture du registre didactique (impératifs, formules telles que « il faut »…). Soyez précis : faites allusion à des répliques de la scène.

Corrigé

Corrigé

Scène

Jeanne, huit ans, ouvre subrepticement la porte d’une cuisine proprette puis avance sur la pointe des pieds jusqu’au garde-manger, dont elle retire un pot de confiture qu’elle entame au doigt. La porte de la cuisine s’ouvre à nouveau mais Jeanne ne s’en aperçoit pas. Entre sa sœur, Élise, grande gigue d’une quinzaine d’années en chemisier bleu et pantalon blanc.

Élise. – Ah ! Ah ! Prise sur le fait !

Jeanne. – Ah !

Surprise, Jeanne se retourne et laisse tomber le pot de confiture dont le contenu se répand sur le sol.

Élise. – C’est du propre ! Papa et Maman vont être contents ! Non seulement tu chipes dans les placards, mais en plus tu salis la cuisine !

Jeanne, tout bas, avec des yeux de chien battu. – Tu vas leur dire ?

Élise. – Et comment ! Tu ne t’imagines pas que je vais attendre que tu racontes que c’est moi qui ai tout cassé dans la cuisine. Je te connais, va ! Tu es capable de leur faire croire n’importe quoi, avec ton air de petite fille modèle. Comment des tresses blondes peuvent-elles avoir autant de pouvoir sur les adultes ? C’est absurde.

Jeanne, d’un air légèrement buté. – C’est parce que c’est joli.

Élise. – La belle raison… Enfin, cela n’a aucune importance. Cette fois-ci, Papa et Maman devront bien se rendre à l’évidence : ce n’est pas moi qui vide les pots de confiture. Ce n’est pas moi qui tire la queue du chat. Ce n’est pas moi qui laisse le tapis de la salle de bains trempé après ma douche. Non, non, non ! Ah, enfin, justice va être faite ! Et encore, tu t’en tireras à bon compte : à une certaine époque, tu aurais fini au pain sec, dans un cabinet noir !

Pendant qu’Élise se réjouit, Jeanne, l’air buté, observe sa sœur avec un petit sourire.

Jeanne. – Mais pourquoi ? Je n’ai rien fait.

Élise, soufflée. – Quel culot ! Et ce pot en miettes, et cette confiture, partout…

Jeanne, avec intention. – Mais je n’ai pas de confiture sur moi, ce qui n’est pas le cas de tout le monde…

Élise, sans comprendre. – Ce qui n’est pas le cas de tout le monde ?

Jeanne, avec un sourire en coin. – Oui.

Élise, interloquée, baisse les yeux et s’aperçoit que le bas de son pantalon blanc est moucheté de taches de confiture.

Jeanne, d’un air faussement inquiet. – C’est Papa et Maman qui ne vont pas être contents.

Élise. – Papa et Maman…

Jeanne. – Tu en as mis partout.

Élise. – J’en ai… Quoi ?

Jeanne. – Ça part, au lavage, la confiture ?

Élise. – Au lavage, oh non, non !

Jeanne. – Ça colle sous les pieds, par terre, dis donc.

Élise. – Oh la chipie ! Oh la petite peste !

Élise s’apprête à attraper sa sœur pour la corriger quand un bruit de voiture se fait entendre. Elle jette un coup d’œil par la fenêtre, pousse un cri et commence à nettoyer fébrilement le sol de la cuisine. Jeanne sourit et sort de la cuisine. On entend un chat miauler et cracher, puis Jeanne pousse un petit cri.

La porte d’entrée claque, et une voix retentit.

La mère d’Élise. – Jeanne ! Est-ce que ce serait toi qui tires la queue du chat ?

Jeanne, d’une voix contrite, sur le ton de la promesse. – Je ne me ferai plus griffer par le minet.

Élise, elle, frotte toujours…

Note de mise en scène

Ce que le public doit voir d’emblée, c’est la différence de caractère entre les deux personnages. Les deux comédiennes doivent donc développer des gestuelles spécifiques et rigoureusement opposées : ainsi, Jeanne peut se montrer très calme, très économe dans ses mouvements, en accord avec la brièveté et la simplicité de ses répliques. À l’inverse, Élise peut gesticuler de façon très dramatique, à l’image de sa façon de parler plus ampoulée.

Élise se montre d’autant plus grandiloquente qu’elle cherche depuis un moment à piéger sa sœur, qui rejette sur elle toutes ses bêtises. Élise doit exprimer le soulagement et la joie de la revanche. Il ne faut pas pour autant faire de Jeanne une petite fille vicieuse. Ce n’est pas par méchanceté qu’elle veut faire accuser sa sœur, c’est par crainte d’être punie. La comédienne doit donc plutôt jouer l’espièglerie que la malignité.

Afin de préserver l’effet de surprise, le public ne doit pas voir immédiatement les taches de confiture. Plusieurs solutions sont envisageables. Élise peut se tenir derrière une table recouverte d’une nappe qui cacherait le bas de son pantalon, jusqu’à ce qu’elle sursaute et se déplace. On peut aussi placer le garde-manger au fond du plateau, auquel cas Élise passerait la première partie de la scène dos au public. On peut alors imaginer qu’au moment où elle découvre l’étendue du désastre, elle se retourne lentement, de façon dramatique.

Le fait qu’Élise soit dos au public aurait l’avantage de rendre encore plus ridicule son langage pompeux, puisque les spectateurs, ne voyant pas son visage, ne pourraient pas être en connivence avec elle, alors que cela renforcerait la complicité entre eux et Jeanne, dont ils verraient, à l’inverse, toutes les mines. Le jeu muet de Jeanne doit en ce cas être très expressif, tant dans la peur que dans l’astuce.

Enfin, le rythme de la scène doit être soutenu : pas de silences qui s’éternisent, pas de temps mort, l’objectif reste de faire rire le public.