Vous réécrirez les huit premières lignes du texte de Paul Valéry

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Les réécritures - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2013 | Académie : Amérique du Nord
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Le mythe de Robinson
 
 

Le mythe de Robinson • Invention

Objets d’étude L

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France métropolitaine • Juin 2013

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> Vous réécrirez les huit premières lignes du texte de Paul Valéry (texte B) en inventant un récit à la première ou à la troisième personne, qui complète, qui développe ou qui prolonge les images et les idées fragmentaires de cette « histoire brisée ».

Comprendre le sujet

  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

(genre) ? qui raconte/décrit/argumente sur (type de texte) ? (thème) ? (registre) ? (buts).

  • La consigne en elle-même vous donne très peu de contraintes. Seuls impératifs essentiels : partir du texte de Valéry, être cohérent avec lui et avec le mythe de Robinson.

Chercher des idées

Le type de réécriture

  • « complète, développe, prolonge » indiquent que vous pouvez : conserver les mots du texte et combler les blancs ; tout réécrire ; garder des passages sans les modifier et les développer (se focaliser sur les lignes 5-8).

La forme

  • L’énonciation : « Solitude » suggère que Robinson peut « parle[r] tout seul » (l. 10) ; vous pouvez combiner 1re, 2e ou 3e personne pour raconter sa crise identitaire (« Robinson. Est-ce moi ? » ou « Robinson, qui es-tu ? »). Il peut s’inventer un interlocuteur (« Prière » : ce peut être Dieu ; « imagine des foules » : ce peut être des êtres imaginaires).
  • Les temps verbaux : au choix, les temps du passé, ou présent, à la manière du journal du Robinson de Defoe (« 20 décembre. Je suis seul. »).
  • Le registre peut être « tragique » (l. 6), ou lyrique (« Prière »).

Le fond

Chaque mot est un thème à partir duquel on peut produire du texte, être le départ d’une partie récit, mais aussi d’une description (« images ») ou d’une réflexion (« idées »).

  • Robinson : on peut commenter le nom (s’interroger sur son origine, ses connotations). On peut raconter son histoire (en s’inspirant de Defoe).
  • Solitude : on peut développer ce thème en transcrivant le « lamento » (élégiaque ou lyrique) de Robinson (« Je suis seul… ») ou en exprimant la pitié du narrateur pour Robinson (pathétique).
  • Création du loisir : la notion de « créer » permet une réflexion presque philosophique sur le lien entre « créer » et « refaire », « imiter » (ou « réécrire » : voir l. 39, 41-47), sur la nécessité d’inventer du neuf contre les tâches répétitives pour sortir du temps cyclique « tragique » (l. 6), le « temps vide » (l. 4).
  • Conservation : les synonymes donnent des pistes : sauvegarder, sauver, obtenir le Salut. Le terme peut prendre un sens spirituel (« Prière », l. 6) ou un sens très matériel (« conserver de la nourriture »).
  • Temps vide :
  • La question du décompte des jours : Robinson peut se rendre compte que, malgré son journal, il ne peut pas meubler le temps comme il a meublé la grotte. Possibilité de multiples variations ou réflexions sur le temps (à relier à « Solitude » et à « Création du loisir »).
  • Variations poétiques sur le vide possibles : vanité, néant, anéantissement, annihilation, absence… (on peut penser à Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »).
  • Ornement :
  • Sens propre (décorer la grotte) ? ou sens figuré (embellir sa vie) ?
  • Suggère l’idée d’inutilité, de vanité, d’artifice. Ce superflu est pourtant indispensable, voire vital pour remplir le temps (peut-être par l’écriture, à mettre en relation avec l. 39-45 ; par la poésie, l. 29). L’ornement peut être l’objet (le fruit) de la création.
  • Danger de perdre la tête, de perdre tout langage :
  • Menace de déshumanisation. On peut en faire le récit (plusieurs métaphores possibles : descente, chute, naufrage, métamorphose en animal).
  • À relier à : « II veut écrire à des personnes imaginées, embrasse les arbres, parle tout seul » (l. 9-10) ou aux marques de folie (Chamoiseau, l. 17-25).
  • On peut aussi déstructurer le langage, le trouer, le fragmenter ; brouiller la cohérence de ce qui est raconté/dit (voir Chamoiseau, l. 7-16) ; jouer sur une ponctuation illogique ; introduire des phrases en langue étrangère…
  • À relier à « Robinson 1) reconstitue des lectures » [pour garder le langage] ; « 2) les rejette » [échec de sa tentative].
  • Lutte : pour sa survie ? Contre la destinée ? Contre soi-même ?
  • Tragédie :
  • Tragédie très précise, factuelle, celle des événements vécus par Robinson : naufrage, faits qu’il a subis, recommencements (cycles, enfermement) ?
  • Ou réflexion plus générale sur le tragique de la destinée humaine, sur la fatalité, sur son absurdité ?
  • « Crises de rire » (l. 9) suggère que comédie et tragédie sont mêlées. Succession de moments d’abattement et d’euphorie hystérique.
  • Mémoire :
  • Sa mémoire lui revient et le sauve (voir l. 36-41, et Chamoiseau) ou au contraire il perd la mémoire (à relier à « Danger de perdre la tête »).
  • À rattacher à « Tragédie » ? Dans ce cas, on peut évoquer une quête des origines, les tentatives vaines pour retrouver des traces.
  • Prière :
  • Sens religieux. À relier à « Psaumes » (l. 15), à « Dieu et Robinson − (Nouvel Adam) − » (l. 25), à « Tentation » (du Christ seul dans le désert ?) aux l. 25-26 (« une femme », l. 27 : une nouvelle Ève).
  • À relier à « Tragédie » ? à ce qui précède (« Mémoire ») ou à ce qui suit (foules imaginaires) ?
  • Une prière reliée à la mémoire : une façon de retrouver le langage en récitant une prière apprise par cœur, qu’il répète (« Répétitions », l. 19). Souvenir d’une église… À relier à des souvenirs (voir l. 7-8 : « foules/rues/Londres »)…
  • Imagine des foules, des théâtres, des rues :
  • Développements possibles : c’est le fil des images retrouvées, peut-être sous une forme incantatoire (voir Cahier d’un retour au pays natal, d’Aimé Césaire).
  • Contraste douloureux entre l’idée de vie sociale, de présence humaine vivante et sa « solitude » (l. 2).
  • Tentation : possibles connotations religieuses de « tentation » (voir « Prière ») : diabolique, damnation/rédemption, évocation du supplice de Tantale (à relier à « soif »).
  • Soif : au sens négatif de supplice ou au sens positif de « curiosité », ou d’« aspiration à… » qui entraîne l’expression des désirs de Robinson.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Les réécritures : voir mémento des notions.

Corrigé

Voici un extrait d’un devoir possible.

[En liaison avec « Solitude », « Danger de perdre tête », « Prière » et « Soif de pont de Londres »] « Robinson ! » Qui m’appelle ? Est-ce moi ? Toi, Dieu ? Toi, Ève rêvée et retrouvée ? Homme, femme, qu’importe, mais un Autre, qui ne serait pas moi… Moi, toi, où est la différence ? Qui m’a conté mon histoire autrefois ? Combler le vide de ma mémoire ! Écrire… ou prier ? Mais le ciel est vide, ma tête est vide, comme le temps est vide… Seul le passé pourrait être conservé… J’ai connu autrefois un pont, une ville, décor de théâtre… Mais était-ce vrai ? N’était pas une illusion ? C’était un autre Robinson… On y parlait anglaisTo be or not to be ?

Attention !

Il ne s’agit ici que d’un extrait. Le devoir fini doit avoir une certaine longueur : un devoir d’invention trop court est pénalisé.

[Changement de situation d’énonciation : le narrateur parle] Ainsi soliloquait Robinson, nouvel Adam fou de solitude. Dans son esprit, présent et passé se livraient une lutte sans merci, tragique : le premier avait dévoré le second et l’empêchait de combler le vide par le secours des souvenirs, planches de salut contre la tentation du suicide : To be or not to be ? Toujours cette question de vie, de survie… Tentation d’en finir, puisqu’il ne reverrait plus jamais ce pont de Londres… Écrire même le faux, mais parer son désespoir des ornements de l’écriture, pour laisser sa trace et ne pas disparaître tout à fait : des hiéroglyphes peut-être, des pleins et des déliés… Tentation de plonger dans le vide…

Machinalement il prit la plume de papegeai (il disait : parrot, papagallo, papagaio, papegei ou papoušek, pour ne pas oublier le langage) et traça des formes maladroites sur l’écorce, volutes et arabesques, ornements et sculptures qui le feraient exister. On pouvait lire : Je suis Personne… Je suis Personne… Je suis Personne…