Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, "Le paysage de mes jours"

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re Générale | Thème(s) : Yourcenar, Les Mémoires d’Hadrien – Soi-même comme un autre
Type : Sujet d'oral | Année : 2019 | Académie : Inédit

Yourcenar, Mémoires d’Hadrien

épreuve orale

44

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Sujet d’oral • Explication & entretien

Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, « Le paysage de mes jours… »

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.

Puis expliquez-le.

DOCUMENT

Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J’y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d’instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l’inévitable ; partout, les éboulements du hasard. Je m’efforce de reparcourir ma vie pour y trouver un plan, y suivre une veine de plomb ou d’or, ou l’écoulement d’une rivière souterraine, mais ce plan tout factice n’est qu’un trompe-l’œil du souvenir. De temps en temps, dans une rencontre, un présage, une suite définie d’événements, je crois reconnaître une fatalité, mais trop de routes ne mènent nulle part, trop de sommes ne s’additionnent pas ; je perçois bien dans cette diversité, dans ce désordre, la présence d’une personne, mais sa forme semble presque toujours tracée par la pression des circonstances ; ses traits se brouillent comme une image reflétée sur l’eau. Je ne suis pas de ceux qui disent que leurs actions ne leur ressemblent pas. Il faut bien qu’elles le fassent, puisqu’elles sont ma seule mesure, et le seul moyen de me dessiner dans la mémoire des hommes, ou dans la mienne propre ; puisque c’est peut-être l’impossibilité de continuer à s’exprimer et à se modifier par l’action qui constitue la différence entre l’état de mort et celui de vivant. Mais il y a entre moi et ces actes dont je suis fait un hiatus indéfinissable. Et la preuve, c’est que j’éprouve sans cesse le besoin de les peser, de les expliquer, d’en rendre compte à moi-même. Certains travaux qui durèrent peu sont assurément négligeables, mais des occupations qui s’étendirent sur toute la vie ne signifient pas davantage. Par exemple, il me semble à peine essentiel, au moment où j’écris ceci, d’avoir été empereur.

Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, « Anima vagula blandula », 1951 © Éditions Gallimard.

2. question de grammaire.

Analysez les portées de la négation présentes des lignes 5 (« Je m’efforce… ») à 14 (« … reflétée sur l’eau. »).

CONSEILS

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Soyez attentif à la ponctuation : certaines phrases sont très longues, et nécessitent de bien poser la respiration.

Votre lecture doit faire entendre l’importance des modalisateurs et des oppositions dans cet extrait.

Situer le texte, en dégager l’enjeu

Après avoir rappelé les caractéristiques des Mémoires d’Hadrien, situez l’extrait dans l’œuvre.

Le passage proposé ici s’inscrit clairement dans le parcours associé « Soi-même comme un autre », montrez dès l’introduction comment cet extrait s’articule à la question de l’autobiographie.

2. La question de grammaire

Relevez les propositions à la forme négative.

Vous devez identifier les différentes portées de la négation : totale, partielle, ou restrictive.