Comment différencier le registre tragique du registre pathétique ?

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Classe(s) : 1re ES - 1re L - 1re S - 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL - 2de | Thème(s) : Les procédés littéraires

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Contrairement au registre comique qui suscite le rire, le détachement, le registre pathétique déclenche une émotion profonde : selon le cas, la compassion, l'horreur, la révolte, etc.

 

 

Dans un texte de registre pathétique, l'auteur favorise donc cette identification du lecteur avec le personnage source de l'émotion. Ainsi, dans Les Misérables de Victor Hugo, la mort de Gavroche, fauché par une balle alors qu'il chante sur sa barricade, relève du registre pathétique :
" Il n'acheva point. Une seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois, il s'abattit la face contre le pavé et ne remua plus. "

o Si l'on retient la définition antique de la tragédie, le registre tragique, lui, se définit comme faisant naître la terreur et la pitié.

Il pourrait donc être considéré comme un cas particulier du registre pathétique.
Il présente cependant des particularités propres qui en font un registre bien à part.
Ce qui le caractériste en premier lieu, c'est l'idée de fatalité. Le héros tragique se bat en vain contre des forces supérieures qui le manipulent ; le plus souvent, seule la mort pourra dénouer le drame.

o Écoutez cet extrait d'Hernani, toujours de Victor Hugo (on n'en finit pas d'explorer l'œuvre de cet écrivain immense).
Le héros, Hernani, s'adresse à la femme qu'il aime, Doña Sol :

" […] Je suis une force qui va !
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé
D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.
Je descends, je descends, et jamais ne m'arrête.
Si parfois, haletant, j'ose tourner la tête,
Une voix me dit : Marche ! et l'abîme est profond,
Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond !
Cependant, à l'entour de ma course farouche,
Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche !
Oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal,
Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal ! "

o On retrouve dans cette tirade le thème de la fatalité à travers les termes ou expressions tels que " destin ", " fatal ", " une force qui va ".

Le héros est victime d'événements qu'il ne comprend ni ne maîtrise. On peut relever d'autres termes exprimant cette idée : " agent aveugle et sourd ", " je me sens poussé ", " une voix me dit," "sans le vouloir ".

Et puis il y a cette image très frappante d'une chute sans fin, laquelle renforce l'impression d'une fatalité inexorable :
" Je descends, je descends, et jamais ne m'arrête.
Si parfois, haletant, j'ose tourner la tête,
Une voix me dit : Marche ! et l'abîme est profond,
Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond ! "

o Le dernier vers cité fait clairement référence à la mort, à l'enfer. De fait, les champs lexicaux de la violence et de la mort, très représentés dans ce texte, sont également caractéristiques du registre tragique.

Condamné au malheur, incapable d'agir, Hernani ne peut qu'exhorter Doña Sol à s'éloigner de lui pour éviter que le malheur ne la touche elle aussi. C'est ce qu'exprime la fin de son discours au rythme hâché par une série de point d'exclamation.

" Malheur à qui me touche !
Oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal,
Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal ! "

o Le registre tragique est le registre qui caractérise les grandes tragédies grecques ou classiques. Mais on en retrouve les marques dans une pièce comme Hernani, mêlées à des marques d'autres registres : burlesque, lyrique, pathétique. Ce mélange des genres et des registres est bien conforme au programme assigné par Hugo au drame romantique.