L'art

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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : L'art

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L’art

 

Pour définir le sens du mot « art » penchons-nous d’abord sur son étymologie. Celle-ci nous apprend que le mot provient du latin « ars » qui désigne toutes les productions humaines par opposition aux productions de la nature, cela donne d’ailleurs l’adjectif « artificiel ».

Le mot « art » est donc d’abord synonyme de technique, de manière de faire, de compétence, de savoir-faire, et c’est ce sens que l’on retrouve dans des mots comme « artisanat », « arts martiaux », « arts culinaires », « art médical », etc.

 

Cependant, le mot « art » désigne autre chose que la simple production technique. Il désigne aussi la création artistique. On parlait autrefois des « beaux-arts », mais cette expression n’est plus utilisée, on parle aujourd’hui simplement de « l’art » ou des « arts de création ». Le mot « art » a donc deux significations : « savoir-faire » et « création artistique » et c’est au sens de « création artistique » qu’il s’emploie le plus souvent.

Il faut profiter de cette double signification du mot « art », à la fois « savoir-faire » et « création artistique » pour réfléchir à la relation entre la technique et l’activité de l’artiste. La différence majeure entre l’art et la technique c’est que tandis que la technique vise principalement l’utilité et l’efficacité, l’art vise essentiellement le plaisir esthétique ou l’appréciation esthétique. Bref, l’objet produit par le technicien est réussi lorsqu’on peut dire « cela est utile », tandis que l’œuvre créée par l’artiste est réussie lorsqu’on peut dire « cela plaît ».

Le plaisir esthétique apparaît lorsque nous sommes attentifs à la forme même de l’objet : ses volumes, ses couleurs, ses sonorités et lorsque cette forme, cet aspect de l’objet, touche notre sensibilité.

Tout ceci ne signifie évidemment pas qu’il n’y a pas de dimension technique ou de savoir-faire dans la création artistique. On sait que les artistes font souvent preuve d’une grande maîtrise technique, de même, tout ceci ne signifie pas qu’il n’y a pas de dimension artistique ou esthétique dans la production technique. Il suffit par exemple de penser au « design ».

Une des grandes questions de la philosophie de l’art, c’est-à-dire de l’esthétique, est de savoir si le jugement de goût est objectif ou, au contraire, totalement subjectif. Il est vrai que nous avons l’habitude de formuler nos jugements de goût objectivement. Par exemple nous disons « ce film est bon », « ce tableau est beau », « cette musique est belle », etc. Bref, nous semblons faire à chaque fois de la beauté ou de la valeur esthétique un attribut objectif de la chose et cela nous permet de croire que nous avons raison dans nos jugements de goût. Cependant on peut penser qu’il y a là une profonde illusion. En effet, si le jugement de goût dépend de notre sensibilité, de notre subjectivité, eh bien, il est forcément relatif et subjectif. Cela signifie que l’on ne peut pas prouver ni démontrer qu’une œuvre d’art est belle.

Mais si l’on ne peut pas changer le goût des gens, cela signifie-t-il qu’il faut renoncer à tout débat sur l’art et à toute éducation à l’art ? Non, si l’on comprend qu’il est possible de modifier non le goût lui-même, cela est impossible, mais la perception des objets et des œuvres pour faire apparaître des aspects qui étaient encore inaperçus, autrement dit, on peut apprendre à voir c’est-à-dire à mieux voir, et peut-être alors à aimer, c’est-à-dire à éprouver du plaisir devant la forme des choses.

 

 

Examinons pour finir un texte de Henri Bergson donné au baccalauréat, le voici :

« Qu’est-ce que l’artiste ? C’est un homme qui voit mieux que les autres car il regarde la réalité nue et sans voile. Voir avec des yeux de peintre, c’est voir mieux que le commun des mortels. Lorsque nous regardons un objet, d’habitude nous ne le voyons pas parce ce que ce que nous voyons ce sont des conventions interposées entre l’objet et nous ; ce que nous voyons, ce sont des signes conventionnels qui nous permettent de reconnaître l’objet et de le distinguer pratiquement d’un autre pour la commodité de la vie. Mais celui qui mettra le feu à toutes ces conventions, celui qui méprisera l’usage pratique et les commodités de la vie, et s’efforcera de voir directement la réalité même sans rien interposer entre elle et lui, celui-là sera un artiste. »

 

 Alors à quel problème ce texte répond-il ?

 Eh bien au problème de savoir si l’artiste est celui qui est le plus éloigné de la réalité ou, au contraire, le plus proche de la réalité. Autrement dit, l’artiste doit-il simplement approfondir la vision commune que nous avons tous de la réalité ou, au contraire, s’y opposer, la subvertir, rompre avec elle et donc nous étonner, nous surprendre voire nous décontenancer ?

 

Quelle est maintenant la thèse du texte, c’est-à-dire l’idée centrale du texte ?

Eh bien la réponse de Bergson au problème posé, c’est précisément que seul l’artiste sait voir directement la réalité car lui seul sait briser les écrans des habitudes conventionnelles et utilitaires qui nous masquent quotidiennement cette réalité.

 

Alors, quelques pistes de réflexion à partir du texte de cette thèse.

D’abord ce texte permet d’éclairer ou de prendre le contre-pied de certaines représentations communes de l’artiste. Ainsi l’artiste est souvent incompris, il est perçu comme socialement inadapté, c’est un rêveur, un original. Or, dit Bergson, c’est là précisément toute la valeur de l’artiste car lui seul peut renouveler notre regard et surtout nous permettre par ses œuvres de voir enfin la réalité. Autrement dit, c’est parce qu’il est subversion et révolution que l’art est profond et essentiel.

Formulons cependant deux critiques ou deux nuances. D’abord il ne faudrait pas trop héroïser ou idéaliser la figure de l’artiste et ne pas oublier toute la part de travail qui sous-tend ce que l’on appelle communément le génie. Enfin l’artiste est un créateur, c’est-à-dire qu’il ne révèle pas la réalité en elle-même mais son interprétation à travers son style personnel. Or, en jouant ainsi avec les apparences, l’artiste vise-t-il vraiment une connaissance ? Ne vise-t-il pas plutôt une simple jouissance des formes ? Du reste, une perception de la réalité sans aucune interprétation est-elle seulement possible ?