L'histoire

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Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : L'histoire

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L’histoire

 

Pour réfléchir à l’histoire, il ne faut jamais oublier le double sens qu’a ce terme en français. L’histoire désigne en effet à la fois ce qui s’est produit et le discours ou le récit concernant ce qui s’est produit. L’histoire c’est à la fois l’évolution de l’humanité et la connaissance que nous essayons d’en avoir. L’histoire en effet, c’est premièrement le devenir historique, c’est-à-dire la succession des événements dans l’univers ou plus précisément dans l’humanité, l’histoire vécue est faite par les hommes et l’histoire c’est deuxièmement la représentation de ce devenir, ce que l’on en raconte, ce que l’on en étudie. Bref, le mot « histoire » désigne à la fois une réalité et la représentation ou le discours sur cette réalité.

 

« Histoire » vient du mot grec « historia » qui signifie « enquête » et qui donne son titre au grand ouvrage d’Hérodote qui fut le premier véritable historien. Rappeler que l’histoire est une enquête permet de rappeler qu’elle est fondamentalement une tentative de reconstitution à la fois des faits passés et des mentalités du passé.

Mais quelle est l’objectivité de cette enquête ? Si Hérodote enquête sur les guerres médiques, c’est précisément pour en établir une certaine connaissance en dehors de tous mythes et de toutes légendes, c’est pour cela qu’il recoupe les sources d’informations et les témoignages. On sait que les témoignages de ceux qui ont vécu les événements sont souvent partiaux et partiels, de même la mémoire a tendance à déformer le passé.

 

Mais si l’historien doit se méfier de la subjectivité des témoins, il doit aussi se méfier de sa propre subjectivité, c’est en effet à partir de son point de vue présent que l’historien reconstitue les faits du passé ; à partir du présent, c’est-à-dire à partir d’une certaine position historique et sociale. Un historien royaliste et un historien marxiste n’écriront probablement pas la même histoire de la Révolution française. L’essentiel c’est que l’historien argumente solidement ses thèses et s’ouvre au débat avec ses autres collègues historiens.

Mais quelle est au juste la fonction de l’histoire ? Autrement dit, pourquoi s’intéresser au passé ? Eh bien on peut d’abord répondre, parce que les hommes sont précisément le résultat du passé, autrement dit, pour comprendre le présent et pour comprendre ce que nous sommes, il faut comprendre d’où nous venons.

 

Une autre raison pour laquelle s’intéresser au passé, c’est que celui-ci nous donne des leçons, il nous permet aussi de voir de quoi l’humanité est capable.

Une dernière réponse à la question de savoir pourquoi étudier l’histoire consiste à dire que la connaissance du passé donne la maîtrise de l’avenir. Cette réponse qui suppose que l’histoire est gouvernée par des lois que l’on peut connaître caractérise les grandes philosophies de l’histoire qui se sont développées principalement au XIXe siècle. Ces philosophies essaient toutes de dégager le sens global de l’histoire humaine. Dire que l’histoire universelle a un sens, c’est dire deux choses : c’est dire d’une part que cette histoire a une signification, qu’elle veut dire quelque chose et c’est dire d’autre part que cette histoire a une direction, qu’elle se dirige vers un but ; autrement dit, c’est dire que malgré son apparence décousue, et chaotique, le devenir historique est un processus profondément rationnel.

 

On peut voir au fond dans ces conceptions finalistes de l’histoire des versions plus ou moins laïcisées de l’idée religieuse de providence et cette idée semble davantage relever de la foi que de la raison ; en outre ne peut-on pas craindre que l’idée d’un sens de l’histoire ou d’une fin de l’histoire ne cache, pour reprendre les mots d’Albert Camus, « un principe d’arbitraire et de terreur ». En effet, sitôt qu’un groupe politique prétend détenir ce prétendu sens de l’histoire, il peut s’en réclamer pour imposer autoritairement son ordre à la société au nom précisément du bien. Le sens semble passible de tout justifier et s’il faut reconnaître le caractère profondément religieux de l’idée de progrès, alors, pour reprendre les mots de Cournot, « il ne faut pas s’étonner que le fanatisme y trouve un aliment » et Paul Valéry avait en ce sens bien raison d’écrire « l’histoire justifie ce que l’on veut ».

 

Finissons par quelques conseils pour traiter un sujet de baccalauréat : « Est-ce l’homme qui fait l’histoire ou bien l’inverse ? »

Alors, quel est d’abord le sens de cette question ? Eh bien on se demande si l’homme, qu’il s’agisse de l’individu, d’un collectif ou de l’humanité, par sa volonté et son action est la cause déficiente, la cause directe du devenir historique ou bien si l’homme est, au contraire, totalement déterminé dans son être, dans ce qu’il est et dans ce qu’il fait par l’histoire.

La problématique est déjà esquissée par le sujet lui-même : l’homme est-il la cause ou le simple effet de l’histoire ? L’homme peut-il librement orienter le cours de l’histoire ou est-il au contraire inexorablement emporté par le devenir historique ?

On pourra ici envisager un plan en trois parties : en défendant d’abord l’idée que c’est l’homme qui fait l’histoire, puis en défendant l’idée que c’est au contraire l’histoire qui fait l’homme et enfin dans une troisième partie en essayant de trouver une relation dialectique, c’est-à-dire une interaction, une construction réciproque de l’homme et de l’histoire. Il faudrait ici défendre l’idée que l’homme ne fait l’histoire qu’à partir de sa condition historique présente, c’est-à-dire à partir des conditions héritées du passé donc de ce que l’histoire a fait de lui. Autrement dit, si par ses choix et son action l’homme peut bien modifier l’histoire, ce n’est cependant toujours qu’à l’intérieur d’une situation historique déterminée.