La culture

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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : La culture

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La culture

 

Comment définir la culture ? Eh bien, l’on peut dire assez simplement que la culture c’est tout ce que l’homme s’ajoute à lui-même. Autrement dit, c’est tout ce qui, en l’homme, ne relève pas de l’inné mais au contraire de l’acquis.

 

Qu’est-ce d’abord que l’inné ? Eh bien l’inné c’est tout ce qui est inscrit en nous dès notre naissance. C’est donc tout ce qui nous est transmis par l’hérédité biologique qui est portée par les gènes et qui est issue de la longue évolution des espèces vivantes. Et le processus naturel d’apparition de l’homme comme espèce se nomme l’hominisation.

 

Mais si l’inné est tout ce que nous donne la nature il faudra dire que l’acquis est tout ce que nous donne la culture, et il faut bien ici comprendre que la culture ne nous est pas du tout transmise par une hérédité biologique, au contraire, la culture c’est un héritage social. Autrement dit la culture nous est transmise par la socialisation, par l’éducation, par la mémoire, par la tradition, par l’histoire. La culture est en ce sens une fidélité exigeante puisqu’elle suppose que, non seulement, les descendants n’oublient pas ce que les anciens leur ont légué, mais qu’elle suppose aussi que les descendants tentent de porter encore plus haut cet héritage des anciens.

 

Donc, du côté de la nature l’hérédité, et du côté de la culture l’héritage. Et alors que la nature produit de l’hominisation, la culture, elle, produit de l’humanisation, elle nous rend véritablement humain, c’est-à-dire civilisé.

Et il est important de bien comprendre ici que l’homme est essentiellement un être de culture, autrement dit, la vraie nature de l’homme c’est la culture et c’est en ce sens qu’il n’y a pas de peuple, pas d’êtres humains sans culture. Cependant il faut tout de suite ajouter que si la culture est naturelle à l’homme, c’est aussi qu’il n’y a pas de culture naturelle. Pour le dire autrement, il n’y a pas de culture normale, ou plutôt, il y a forcément plusieurs cultures. L’humanité se distingue en effet par la diversité culturelle, par la variété de ces formes culturelles.

Et cette bigarrure culturelle tient essentiellement à l’histoire. Elle se constitue de siècle en siècle au gré des événements vécus par les groupes sociaux mais surtout à la faveur des échanges ayant lieu entre ces groupes.

Bref, aucune culture n’est normale ou plus normale qu’une autre, aucune culture n’est naturelle.

Or, il faut bien garder ce point présent à l’esprit, car nous avons tous toujours tendance à naturaliser notre culture, autrement dit à faire passer nos pratiques, nos valeurs, nos normes culturelles pour des pratiques, des valeurs, des normes naturelles et qui devraient donc par là même s’imposer naturellement aux autres. Cette tendance à la naturalisation de la culture, cette tendance qui pousse l’homme assez spontanément à rejeter les cultures différentes de la sienne se nomme l’ethnocentrisme. L’ethnocentrisme c’est placer sa propre culture au centre, c’est au fond faire de sa culture la seule valable et rejeter toutes les autres pratiques humaines dans la barbarie. La réflexion nous montre bien la relativité des cultures mais le réflexe ethnocentrique nous fait refuser cette relativité et nous fait poser notre propre culture comme un absolu indépassable.

Mais il faut ajouter à cela que le mot « culture » n’est pas seulement au fond un synonyme du mot « civilisation », mais qu’il désigne aussi, en un second sens, l’ensemble des savoirs, ou des savoir-faire, valorisés dans une société donnée et c’est en ce sens que l’on parlera de la culture générale ou bien encore, par exemple, de la culture musicale ou de la culture technique.

Pour finir, examinons brièvement un sujet de baccalauréat. Le voici :

« La diversité des cultures divise-t-elle l’humanité ? »

 

Alors il faut d’abord s’assurer de bien comprendre le sens de la question qui nous est posée. Pour cela nous allons analyser brièvement la signification de chacun des termes pour pouvoir ensuite donner une reformulation plus explicite de la question.

Alors, dans cette question, « la diversité des cultures divise-t-elle l’humanité ? », le mot « culture » qui est ici au pluriel, remarquez-le bien, est à prendre au sens anthropologique, c’est-à-dire la culture c’est tout ce que l’homme ajoute à la nature, tout ce que l’humanité invente comme pratiques, comme mœurs, comme comportements, comme langages, comme croyances, valeurs, etc.

La diversité, c’est facile, c’est la variété, la pluralité, l’hétérogénéité, la différence. Maintenant, qu’est-ce que « l’humanité » ? Remarquez bien que le mot est ici au singulier. Il désigne l’ensemble des hommes, c’est donc le genre humain.

Quant au verbe « diviser », il veut dire à la fois « séparer », « partager », mais il veut dire aussi « opposer » et « mettre en conflit ».

Donc le sens de la question est le suivant : la pluralité des cultures, c’est-à-dire la grande variété des comportements, des langues, des valeurs, des croyances propres à chaque groupe humain divise-t-elle, scinde-t-elle, partage-t-elle, fait-elle éclater l’unité du genre humain ? Cette diversité culturelle que l’on ne peut pas ne pas constater, qui s’impose comme un fait évident, implique-t-elle qu’il y a autant d’humanités que de cultures différentes ? Bref, cette diversité brise-t-elle l’unité du genre humain et nous empêche-t-elle finalement de considérer comme notre semblable celui qui ne partage pas notre culture, celui qui nous est étranger ?

 

Nous voyons dès lors le problème apparaître. La diversité des cultures est-elle vraiment un obstacle insurmontable à l’unité du genre humain ? Empêche-t-elle vraiment les êtres humains de communiquer entre eux et de se reconnaître comme des semblables ?

Mais il y a peut-être mieux car il se peut en effet que la diversité des cultures ne soit pas ce qui divise l’humanité mais au contraire, soit ce qui la définit, soit ce qui la constitue. Vous comprenez bien en effet : si l’humanité se définit par la culture, c’est en tant que la culture s’oppose à la nature. Or, la nature c’est le règne de l’uniformité et de l’invariabilité, ce qui est naturel c’est ce qui ne change pas, ce qui est universel. Et, au contraire, ce qui est culturel n’est-ce pas justement ce qui est variable, ce qui est changeant ?

 

Nous voyons donc assez facilement ici se dessiner une réponse en trois parties :

Dans la première partie, nous pourrons montrer qu’effectivement la diversité des cultures semble bien diviser l’humanité, c’est-à-dire produire de l’indifférence, de l’incompréhension, voire de l’opposition et, hélas trop souvent, du conflit ;

Puis, une seconde partie, pourra montrer que cette division, ce conflit ne sont pas irréductibles, autrement dit, il y a moyen, par exemple, en matière linguistique d’adopter des traductions ou bien en matière de croyances religieuses d’adopter un esprit de tolérance et d’ouverture ;

Cela pourra conduire à une troisième partie qui montrera que la diversité culturelle ne divise l’humanité que pour ceux qui n’ont pas bien compris ce qu’est précisément la culture. Autrement dit, pour ceux qui ne comprennent pas que l’essence même, la nature même de la culture c’est la diversité, c’est l’invention, c’est la créativité et que ce qui fait l’unité du genre humain c’est précisément cette capacité à inventer des nouvelles formes culturelles qui se nourrissent toujours d’échanges réciproques.