La religion

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Classe(s) : Tle S - Tle L - Tle ES | Thème(s) : La religion

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La religion

L’étymologie du mot religion est incertaine mais elle est pour cela même intéressante. En effet, certains font dériver le mot religion du latin religere qui signifie « recueillir scrupuleusement », « prendre soin », « ne pas négliger ». C’est alors voir la religion comme une piété, comme un respect, comme un recueillement, une ouverture et un accueil du sacré.

Mais selon une autre étymologie le mot « religion » dérive du latin religare, verbe signifiant « relier » ; en ce sens la religion est ce qui relie, ce qui relie les hommes à ce qui les dépasse, à la divinité, au sacré, à l’au-delà mais aussi ce qui relie les hommes entre eux dans une même religion précisément.

À cela s’ajoute une grande diversité des formes concrètes prises par la religion.

Certaines religions, en effet, sont monothéistes, elles n’admettent qu’un seul dieu ; d’autres religions sont polythéistes elles admettent plusieurs dieux ; d’autres encore sont animistes, elles croient que l’esprit des divinités anime les êtres naturels. Mais on trouve aussi des religions sans dieu, c’est le cas du bouddhisme dans certaines de ses formes. Et enfin on trouve parfois des dieux qui ne renvoient à aucune religion, c’est le cas des dieux chez Épicure auxquels les hommes n’ont voué aucun culte et qui d’ailleurs sont tout à fait indifférents au sort des hommes.

Quelles sont les grandes positions philosophiques possibles face à l’existence du dieu de la religion monothéiste, c’est-à-dire du dieu créateur de l’univers et transcendant, « transcendant », c’est-à-dire dépassant absolument toutes réalités connues ?

Eh bien, on peut distinguer trois grandes positions : le théisme ou le déisme, l’athéisme et l’agnosticisme. Alors le théisme, ou le déisme, affirme l’existence de ce dieu ; l’athéisme nie cette existence et enfin l’agnosticisme dit qu’il ne sait pas si dieu existe ou non. L’agnosticisme est donc sur ce sujet un scepticisme.

Les sciences humaines nous permettent de donner une définition de la religion en identifiant les traits communs à la fois à l’animisme, au polythéisme et au monothéisme. Alors que trouve-t-on dans toutes religions ? Eh bien on trouve d’abord un ensemble de croyances qui prétendent à la vérité au nom d’une révélation. Ces croyances portent sur une réalité autre et supérieure, elles opposent donc le sacré au profane et elles concernent toujours le salut de l’âme, c’est-à-dire la destinée de l’âme humaine après la mort.

Toutes religions comportent aussi des règles de vie basées sur l’opposition du bien et du mal ainsi que des cultes et des rites.

Enfin toutes religions comportent des médiateurs privilégiés sous la forme de personnes ou d’institutions, ce qui constitue, par exemple, dans l’Église catholique le clergé. Dans les monarchies de droit divin ou dans les théocraties, ces médiateurs détiennent un pouvoir politique très grand, ce qui n’est évidemment pas le cas dans les sociétés laïcisées.

 

Dans la recherche de la vérité, il y a une opposition entre la foi et la raison. Avoir la foi, en effet, c’est croire sans preuves. La foi est essentiellement un acte de confiance, une adhésion qui n’a pas à s’appuyer sur la raison. La recherche de la vérité du monde naturel, ce que l’on appelle la science, suppose de n’accorder nul crédit à la foi et de ne se baser que sur la vérification expérimentale des théories. Croire d’après des preuves compréhensibles par la raison, cela s’appelle savoir et cela rend la foi inutile. Il y a donc en ce sens une opposition entre la religion et la science.

Qu’en est-il des questions qui échappent à la science, c’est-à-dire des questions métaphysiques et des questions philosophiques ? Pour ces questions-là il n’y a ni démonstration ni preuve, il n’y a que des arguments. Rappelons que la démonstration rend une vérité certaine tandis que l’argumentation renforce une probabilité mais laisse toujours subsister le doute. Or, la foi ne vaut que pour qui y croit déjà. Le philosophe ne doit donc pas voir dans la foi un argument, il doit en réalité interroger la foi elle-même comme toutes choses avec sa raison.

 

Examinons pour finir un sujet de baccalauréat : « La croyance religieuse est-elle une illusion rassurante ? ».

Alors, que signifie d’abord cette question ? Remarquez bien que si l’on parle de croyance religieuse c’est qu’il ne s’agit ni de savoir ni de connaissance. Si l’on parle de religion c’est que ces croyances portent sur l’au-delà, le sacré ainsi que sur le salut de l’âme. Remarquez aussi qu’une illusion, ce n’est pas exactement la même chose qu’une erreur, une illusion c’est une croyance dérivée ou qui dépend de nos désirs. Enfin, ce qui nous rassure, c’est ce qui nous conforte, ce qui vient nous soulager d’une crainte ou d’une peur. Autrement dit, le sens de la question est le suivant : croire en l’au-delà et au salut nous permet-il de mieux supporter notre vie ici-bas ? Ce qu’affirme la religion est-il une croyance dérivée de notre désir d’être rassuré c’est-à-dire de ne plus être angoissé.

Le problème c’est donc de savoir si la religion n’est qu’un refuge, une sorte d’anesthésiant pour une humanité malheureuse et infantilisée, ou si, au contraire, elle n’est pas une force, un appel au courage et à l’émancipation de l’homme ?

Bref, faut-il critiquer la religion et chercher à se défaire de ses rêves brumeux et aliénants ou faut-il y voir, au contraire, ce qui fait toute la grandeur de l’humanité ?