La société

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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : La société et l'État

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La société

 

La société est une association ou une organisation d’individus. Plus précisément, une société humaine est une organisation d’êtres humains qui repose sur des institutions, sur des traditions et sur de multiples formes d’échanges. La société est donc éminemment un fait culturel.

 

Dans son ouvrage Les deux sources de la morale et de la religion, paru en 1932, Henri Bergson nous fait bien comprendre ce qu’est une société. « Humaine ou animale, écrit Henri Bergson, une société est une organisation ; elle implique une coordination et généralement aussi une subordination d’éléments les uns aux autres ». Bergson définit donc une société par ces deux dimensions : coordination des individus entre eux et subordination des individus entre eux. Autrement dit, toute société offre un ensemble de règles ou de lois « mais, ajoute Bergson, dans une ruche ou dans une fourmilière l’individu est rivé à son emploi par sa structure et l’organisation est relativement invariable tandis que la cité humaine est de forme variable, ouverte à tous les progrès ». Vous comprenez donc d’après ce que dit ici Henri Bergson que dans les sociétés animales c’est l’instinct qui se charge de la coordination et de la subordination des individus et quand Bergson nous dit que dans une ruche ou dans une fourmilière l’individu est rivé à son emploi par sa structure il parle de la structure biologique, physionomique, le corps de l’individu. Il y a, par exemple, des fourmis ouvrières ou des fourmis soldats, c’est le corps ici qui détermine la fonction sociale. Bref, les sociétés animales sont hyper hiérarchisées et peu sujettes à l’évolution ou du moins la révolution est naturelle et n’est pas décidée en commun par les individus. C’est pourquoi Bergson oppose la cité humaine à la cité animale, à la société animale, en nous disant qu’elle est de forme variable. En effet, nous voyons sur la surface de la Terre, en différents lieux et en différentes époques, une infinie variété de types de sociétés. Les sociétés sont toutes différentes les unes des autres, et de même Bergson a raison d’ajouter que « la société humaine est ouverte à tous les progrès », les sociétés humaines sont éminemment façonnées par l’histoire.

Alors quelle conclusion tient Bergson ? Eh bien, dans les dernières lignes du texte il écrit qu’il en résulte que « dans les premières sociétés », c’est-à-dire dans les sociétés animales, « chaque règle est imposée par la nature, elle est nécessaire, tandis que dans les autres, dans les sociétés humaines, une seule chose est naturelle, la nécessité d’une règle. » Ce que dit donc Bergson ici c’est que dans les sociétés humaines il est nécessaire qu’il y ait des règles mais le contenu des règles ou ce qu’est la règle est laissé à notre liberté.

Une grande question philosophique concernant la société est de savoir si l’homme est naturellement sociable, s’il y a une sociabilité naturelle de l’homme ou si, au contraire, la société s’impose à l’homme de l’extérieur et de manière artificielle.

Dans cette hypothèse, l’homme se définit indépendamment de la société et c’est volontairement, ou par la force des choses, qu’il décidera de vivre en société. En revanche, affirmer l’antériorité de la société sur l’individu c’est intégrer la vie sociale à l’essence même de l’homme et c’est dire que nul homme ne peut être véritablement humain en dehors de la société.

La thèse de la sociabilité naturelle de l’homme a été défendue notamment dans l’Antiquité par Aristote. Aristote écrit en effet que « l’homme est par nature un animal politique ». La sociabilité est donc pour lui innée et la société est à compter parmi les réalités naturelles. Et pour Aristote la finalité de la vie sociale c’est le bonheur d’être ensemble, autrement dit, l’homme ne peut trouver son bonheur, son plein épanouissement, le plein développement de ses potentialités que dans le cadre d’une société. Aristote nous dit qu’un homme qui ne ferait pas partie d’une société ou d’une cité, un homme qui se suffirait entièrement à lui-même, serait soit une bête soit un dieu.

Pourtant l’idée d’un homme pré-social ou d’un homme naturel a été défendue par d’autres philosophes. Ce fut déjà le cas dans l’Antiquité mais plus précisément au siècle récent. L’homme est-il vraiment fait pour vivre en société ? A-t-il vraiment une tendance naturelle et innée à s’engager dans des relations sociales ?

Rousseau, par exemple, pense plutôt que l’homme est naturellement fait pour vivre dans la solitude. Selon Rousseau, l’homme est par nature un être asocial et pacifique cherchant simplement à satisfaire ses besoins élémentaires et c’est seulement parce que la nature ou le milieu sont devenus hostiles à l’homme lors de quelques cataclysmes extraordinaires que les individus ont dû se regrouper en communauté. On sait que pour Rousseau l’apparition de la propriété privée fera de l’état social un état profondément inégalitaire.

Un siècle avant Rousseau, le philosophe anglais Thomas Hobbes dénonçait aussi le caractère artificiel des sociétés mais il recourait pour cela à d’autres fondements. Pour lui ce sont les mécanismes naturels des passions humaines, essentiellement le désir, l’orgueil, la peur de mourir qui entraînent fatalement une guerre incessante entre les hommes, une guerre de tous contre tous, et qui font de l’homme un loup pour l’homme. Et c’est parce que le jeu naturel de ces passions mènerait vite l’humanité à l’autodestruction que l’homme a dû recourir à un artifice, l’institution de la société, et plus précisément, de l’État car seule la toute puissance de l’État peut mettre un terme aux violences individuelles et garantir ainsi la sécurité.

Hobbes et Rousseau s’accordent en tout cas sur ce point : l’homme n’est pas naturellement sociable et les sociétés ne sont pas donc des réunions naturelles mais des associations historiques fondées à chaque fois sur un pacte et un consentement mutuel.

Le philosophe Emmanuel Kant propose de concilier les deux thèses en parlant de ce qu’il nomme « l’insociable sociabilité de l’homme ». Dans La quatrième proposition de l’idée d’une histoire universelle, parue en 1784, Kant écrit que « l’homme se taille une place parmi ses compagnons qu’il ne peut souffrir et dont il ne peut se passer ». Or selon Kant cette tension, cette attraction, cette répulsion est précisément le moyen d’un développement de toutes les dispositions naturelles de l’homme, c’est la rivalité entre les hommes qui les pousse à cultiver leur talent et finalement à donner le meilleur d’eux-mêmes. « Remercions la nature — conclut Kant— pour cette humeur peu conciliante de l’homme, pour la vanité rivalisant dans l’envie, pour l’appétit insatiable de possession ou même de domination, sans cela toutes les dispositions naturelles excellentes de l’humanité seraient étouffées dans un éternel sommeil ».

Toutefois, cette rivalité constructive doit être maintenue dans des bornes. C’est pourquoi Spinoza a bien raison d’écrire dans son Traité théologico-politique que « nulle société ne peut subsister sans un pouvoir de commandement et une force et conséquemment sans des lois qui modèrent et contraignent l’appétit du plaisir et des passions sans frein ».

Mais il est très important que ces lois et ces constitutions sociales soient offertes à la discussion, au débat et puissent être modifiées. Cette ouverture au débat caractérise ce que le philosophe anglais Karl Popper nomme « les sociétés ouvertes » et auxquelles s’opposent les sociétés clauses ou de type totalitaire dans lesquelles la prétendue possession d’un savoir par une élite interdit le libre jeu de la vie démocratique.

 

Examinons brièvement pour finir un sujet du baccalauréat : « La société est-elle connaissable ? »

Alors tout d’abord, il faut bien reformuler la question pour s’assurer de la comprendre correctement. On peut se donner une définition de départ de la société mais vous remarquez tout de suite que la possibilité même de définir la société est mise en question par ce sujet parce que, pour définir une chose, il faut bien la connaître. On peut en tout cas dire qu’une société est un groupe où les individus sont à la fois coordonnés et subordonnés entre eux, c’est un ensemble de relations humaines organisé selon des normes ou des lois qui sont intériorisées par les individus lors de la socialisation.

Maintenant qu’est-ce que connaître une chose ? Eh bien c’est déjà en avoir conscience mais c’est aussi savoir définir, décrire et expliquer le fonctionnement, c’est savoir penser une réalité telle qu’elle est objectivement.

Alors quel est le problème ou le débat posé par cette question ? Eh bien c’est de savoir si la société est connaissable, c’est-à-dire si l’on peut prendre pleinement conscience de ses mécanismes et les expliquer, ou si, au contraire, la société n’est pas entièrement connaissable, autrement dit, s’il y aura toujours une forme d’inconscience sociale et d’inexpliqué social. L’enjeu c’est finalement de savoir si une sociologie, une science de la société est possible et si donc l’être humain peut se connaître lui-même en tant qu’être social mais l’enjeu n’est pas seulement théorique il est aussi pratique car la connaissance d’une réalité permet en général de maîtriser cette réalité en connaissant et en prévoyant son fonctionnement.