La vérité

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Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : La vérité

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La vérité

 

Dans ce philocast, je vous parle d’une notion commune à toutes les séries : la vérité.

 

Le mot « vérité » désigne deux choses : il désigne, d’une part, ce qui est et, d’autre part, ce qui correspond à ce qui est.

Si l’on dit que la vérité c’est la réalité, alors il faut dire que tout ce qui existe par définition est vrai. En ce sens, même une erreur est vraie puisqu’elle existe.

Mais, en un second sens, et plus précisément, la vérité c’est ce qui est vrai, c’est-à-dire ce qui correspond exactement à ce qui est. La vérité caractérise alors une pensée, un jugement ou un discours en tant qu’il correspond à la réalité, c’est-à-dire avec ce sur quoi il porte. Bref, en ce sens-là, la vérité c’est l’adéquation, l’exacte correspondance d’une représentation avec ce qu’elle représente. Par exemple l’affirmation « cette feuille est blanche » est vraie si et seulement si cette feuille est réellement blanche.

Dès lors la vérité est nécessairement unique, il n’y a qu’une seule vérité tandis que l’erreur est multiple et l’affirmation relativiste « à chacun sa vérité » dès lors qu’elle se prétend être vraie, se contredit et se détruit elle-même. L’expression « à chacun sa vérité » ne peut pas signifier qu’il y a plusieurs vérités mais peut simplement signifier qu’il y a plusieurs points de vue sur la vérité ; de même que la vérité est unique, elle est aussi universelle, c’est la même pour tous, et objective, elle ne dépend pas de la subjectivité des différents individus.

Comment connaître la vérité ? Eh bien pour avoir la certitude de la vérité, il faut des critères de vérité fiables. Lesquels ? Un premier critère, est l’évidence ; l’évidence est ce qui apparaît si clair à l’esprit qu’il ne peut en douter et, comme l’a bien montré Descartes, la vraie évidence doit résulter du doute. L’évidence c’est l’indubitable, cela signifie que pour chercher la vérité, il faut d’abord savoir critiquer ses propres opinions.

Mais l’évidence n’est pas toujours fiable, elle peut être trompeuse, elle est en tout cas trop subjective. Un second critère de vérité, donc, sera la rigueur du raisonnement, en ce sens la garantie de la certitude c’est la forme même du raisonnement, la forme logique, et avant tout le respect du principe de non contradiction.

Mais raisonner et suivre la logique ne suffit pas pour connaître la réalité, il nous faut donc un troisième critère, ce sera l’expérience. En effet les vérités portant sur les faits, sur le monde extérieur, ne peuvent être établies uniquement par le raisonnement. Elles doivent aussi être vérifiées empiriquement par l’observation des faits, ici la pensée de se soumettre aux procédures de la preuve expérimentale ou scientifique.

Enfin, un dernier critère acceptable de vérité c’est sans doute la confiance. Il est en effet raisonnable de croire ce qu’une source digne de confiance nous dit être vrai, nous ne pouvons pas tout vérifier nous-mêmes.

Mais jusqu’à quel point ces critères sont-ils fiables ? Autrement dit, peut-on vraiment connaître la vérité ? Deux réponses s’opposent ici frontalement, celle du dogmatisme et celle du scepticisme.

Pour le dogmatisme nous pouvons connaître la vérité avec certitude et notre jugement peut totalement échapper au doute. Le dogmatique croit donc aux critères de la vérité, la certitude peut pour lui s’obtenir par l’évidence ou par la démonstration.

Mais que prouve au fond une certitude ? Que prouve l’impossibilité de douter ? « La croyance forte, — écrit le philosophe Nietzsche —, ne prouve que sa force, non la vérité de ce qu’on croit et finalement — demandera un sceptique — comment prouver la preuve ? ».

Ce cercle du dogmatisme incapable de prouver sa preuve est l’argument principal du scepticisme. Pour le sceptique, en effet, rien n’est jamais absolument certain et le doute est donc l’attitude la plus raisonnable. Pour le sceptique il n’y a pas de critères absolus de la vérité. Cela signifie-t-il que le sceptique dit la vérité ? Non, cela signifie seulement qu’il refuse notre prétention à la connaître définitivement, c’est-à-dire à arrêter notre recherche en disant dogmatiquement « je sais ». Le vrai sceptique cherche donc inlassablement la vérité par l’élimination progressive du faux en connaissant de mieux en mieux nos erreurs.

Il faut faire ici une distinction importante entre la connaissance et la vérité. En effet la connaissance qui est la pensée vraie ne peut jamais correspondre parfaitement à la vérité, autrement dit, on ne connaît jamais une chose intégralement, le réel est toujours plus complexe que notre pensée, on ne connaît jamais tout. Cela signifie que nous connaissons la réalité telle qu’elle nous apparaît, non pas telle qu’elle est en elle-même. Bref, aucune connaissance n’est absolue, aucune connaissance ne correspond absolument à la vérité, et toute connaissance comporte cependant une part de vérité qui peut augmenter ce que l’on voit dans le progrès des sciences.

Examinons pour finir quelques contraires de la vérité. D’abord il y a l’erreur. L’erreur est le contraire le plus neutre du point de vue moral ; comme on dit « tout le monde peut se tromper », comme on dit « l’erreur est humaine ». Seul le fait de persévérer dans l’erreur est critiquable.

Mais il ne faut pas confondre l’erreur avec l’illusion. Pourquoi ? Parce que l’illusion contrairement à l’erreur met en jeu le désir, elle consiste proprement à prendre ses désirs pour la réalité, c’est-à-dire à croire vrai ce que l’on désire. C’est pourquoi il ne suffit pas toujours d’une preuve pour détruire un préjugé illusoire et il arrive souvent que nous refusions une vérité triste pour préférer une illusion heureuse ou secourable. Donc l’illusion c’est la croyance dépendant d’un désir.

Enfin il y a aussi le mensonge. Mentir c’est ne pas dire ce que l’on croit vrai pour induire autrui en erreur. À l’extrême on retrouvera ici la position dite sophistique, celle qui affirme que la pensée n’a pas à se soumettre à la vérité.

On voit bien avec le mensonge que la vérité est une valeur, qu’elle peut faire l’objet d’un choix, autrement dit nous pouvons aimer d’autres choses plus que la vérité et alors préférer le mensonge, l’illusion ou l’erreur. Bref la proposition « il faut aimer la vérité » peut se discuter. Jusqu’où faut-il vouloir la vérité ? Faut-il lui sacrifier les autres valeurs ? N’est-ce pas justement ce que fait le fanatisme, comme dit Alain, « ce redoutable amour de la vérité, ce dogmatisme haineux et violent » et il est vrai que l’on a souvent tendance à déclarer vrai ce qu’on aime plutôt qu’à aimer la vérité elle-même surtout si celle-ci déçoit nos espérances, en sorte qu’un amour raisonnable de la vérité non fanatique doit précisément nous permettre de reconnaître nos erreurs et de critiquer nos propres opinions.

 

Examinons brièvement pour finir un sujet de baccalauréat : « La recherche de la vérité exclut-elle toutes formes d’illusions ? ».

Précisons d’abord le sens des termes pour reformuler la question. La recherche de la vérité, c’est l’effort pour connaître avec certitude ce qui est vrai. L’illusion quant à elle c’est ce qui apparaît vrai sans l’être, c’est donc une croyance subjective prenant un objet pour un autre et se fondant sur des désirs. La question posée s’entend alors en deux sens : premier sens, cette recherche de la vérité a-t-elle pour condition le rejet ferme et définitif de toute illusion ? Et deuxième sens, cette recherche de la vérité est-elle elle-même dénuée d’illusion ?

 

Quelle est alors la problématique, le débat ? C’est le suivant, le rejet ferme et définitif de toutes illusions semble indispensable à l’effort pour connaître la réalité. Pourtant, ne faut-il pas accepter de passer par une image erronée ou simplifiée de la réalité pour mieux la comprendre et, dans son effort, pour se libérer de toutes illusions ? La raison ne flanche-t-elle pas paradoxalement d’autres illusions ? Bref, la recherche de la vérité ne tolère-t-elle vraiment aucune illusion quelles qu’elles soient ou en admet-elle certaines qui pourraient l’aider ?