Le Japon et la Chine

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Classe(s) : Tle L - Tle S - Tle ES | Thème(s) : L'Asie du Sud et de l'Est : les enjeux de la croissance

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En 2050, trois des quatre premières économies mondiales seront asiatiques. Qui sera le leader dans cette partie du monde qui connaît la plus forte croissance économique ?

 

 

Chine et Japon sont engagés dans un face-à-face historique. Mais la période actuelle est particulière.

• L’influence culturelle chinoise a laissé des traces profondes : idéogrammes, institutions, règles sociales... Mais le Japon a toujours refusé le lien de vassalité avec la Chine. L’irruption des Européens en Asie marque un tournant, avec la révolution Meiji de 1868. La Chine, en revanche, doit signer dès 1842 les « traités inégaux » qui ouvrent « le siècle de la honte ». La montée en puissance japonaise se marque par un expansionnisme colonial dominateur.

• Après la phase de « haute croissance » (1950-1975), le Japon devient la deuxième puissance économique mondiale. La Chine entre dans la Guerre froide en 1949 avec la victoire du communiste Mao Zedong et reste engluée dans la pauvreté. Il faut attendre les « quatre modernisations » de Deng Xiaoping en 1979 pour que la Chine ouvre son économie. En trente ans, la Chine devient la deuxième puissance économique mondiale. Chine et Japon sont ainsi tous deux simultanément, pour la première fois de leur histoire, des puissances régionales.

• En matière de poids démographique, la Chine possède l’atout majeur d’une population de 1,353 milliards d’humains contre 126,5 millions pour le Japon. L’évolution démographique semble également se faire au détriment du Japon, qui est entré en décroissance. Mais la Chine vieillit, elle aussi, en vertu de sa politique de l’enfant unique. La Chine est certes un véritable pays émergent, avec une classe moyenne qui augmente rapidement, une industrie qui monte en gamme et de forts excédents commerciaux, mais le Japon est une économie ultramoderne, à l’avance technologique considérable.

 

 

À l’échelle régionale, les deux pays oscillent entre complémentarité et concurrence.

• Les grandes firmes japonaises ont investi massivement depuis trente ans dans une Chine qui lui assurait une plate-forme manufacturière idéale. La Chine exporte ainsi des produits « made in China » dont les composants à plus forte valeur ajoutée viennent en réalité du Japon. Chine et Japon sont donc plus complémentaires que concurrentes dans le « circuit intégré asiatique ». Mais la Chine n’est pas un pays émergent comme les autres : sa masse démographique, la taille de son économie lui permettent de sortir progressivement de cette position dominée.

• Dans l’intégration régionale, Chine et Japon sont en concurrence. Toute la question est de savoir au profit de qui s’opèrera l’intégration, que ce soit dans l’ASEAN ou dans l’Organisation de coopération de Shanghai, dont le Japon est exclu. La Chine affirme ainsi son leadership régional.

• Sur le plan géopolitique, les contentieux sont nettement sensibles. Chine et Japon témoignent de nationalismes en voie d’affirmation ou de résurgence. Les îles Senkaku/Diaoyu, par exemple, sont administrées par le Japon mais revendiquées tant par Taïwan que par la Chine populaire. Des incidents s’y produisent régulièrement.

 

 

À l’échelle mondiale, les ambitions des deux pays sont certes parfois concurrentes, mais sont de nature fondamentalement différente.

• Le Japon, depuis la défaite de 1945, a beaucoup développé son soft power. Les mangas, les dessins animés ont fait beaucoup pour améliorer l’image du « cool Japan », comme l’aide au développement fournie. Le soft power chinois est en plein essor, notamment vers les pays du Sud, qui apprécient l’inconditionnalité de son aide. Les 300 instituts Confucius dans 80 pays, relayés par la diaspora chinoise, enseignent la langue et l’histoire de la Chine.

• Sur le plan du hard power, la situation est plus contrastée. La Chine détient un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. La puissance militaire chinoise est au service de la « géopolitique des trois cercles » : rassembler les Chines historiques (Hong Kong, Macao, Taïwan), s’imposer dans l’aire Asie-Pacifique, affirmer sa puissance au niveau mondial. La sécurisation des routes maritimes passe par la stratégie du « collier de perles ». Le budget militaire chinois est le 2e mondial. Les forces japonaises d’autodéfense bénéficient du 6e budget militaire mondial. Les armements sont très avancés, mais surtout, le Japon est encore sous protection militaire américaine.

• Les ambitions mondiales du Japon, comme de la Chine, s’expriment à travers la recherche des matières premières nécessaires à la poursuite de leur développement économique, ou la lutte pour les marchés mondiaux. À l’échelle mondiale, le Japon n’a pas de volonté d’affirmation de puissance. La volonté de domination japonaise passe davantage par une influence économique. Certains auteurs voient plutôt le Japon en « Suisse de l’Asie », prospère et pacifique. La Chine, en revanche, se prépare à une sorte de condominium mondial avec les États-Unis.

 

 

Quelques idées clés à retenir.

Chine et Japon sont aujourd’hui simultanément puissances régionales. Si l’avantage de la démographie et de la croissance semble chinois, le Japon demeure une économie bien plus avancée. À l’échelle régionale, les deux puissances sont complémentaires dans le « circuit intégré asiatique », mais nettement concurrentes dans le jeu géopolitique. À l’échelle mondiale, elles disposent de toute la panoplie des outils de domination, mais seule la Chine affirme sa volonté de puissance.

 

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