Le vivant

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Classe(s) : Tle L - Tle S | Thème(s) : Le vivant

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Le vivant

 

Comment définir le vivant ? Comment définir à la fois un être qui vit et l’ensemble des êtres qui vivent ? Eh bien l’on peut dire que le vivant c’est à chaque fois ce qui maintient son organisation, sa structure intérieure, en procédant à des échanges avec le monde extérieur. Et le vivant c’est aussi ce qui est capable de se reproduire ; deux dimensions donc dans l’organisme vivant : une organisation interne qui se maintient par des échanges avec l'extérieur et la capacité de se reproduire.

Il faut ajouter à cela que le vivant sans cesse se transforme, il est pris dans l’évolution naturelle, autrement dit, chacune des variations ou chacune des mutations du vivant est sélectionnée par le milieu naturel et tend ainsi à se reproduire.

On voit donc que le vivant s’oppose au non vivant qui est la matière inerte et l’on voit aussi que le vivant c’est ce qui est particulièrement exposé à la destruction et à la mort.

Il faut aussi opérer une distinction très importante entre l’organisme et le mécanisme. La différence essentielle c'est que l'organisme n'est pas seulement organisé comme peuvent l'être d'ailleurs les produits artificiels, la technique, mais que l'organisme est aussi et surtout auto-organisateur comme seuls le sont les êtres produits par la nature. Il n’est pas comme une machine le résultat d’un assemblage de pièces mais il développe lui-même ses propres organes. Cela donne à l’organisme son unité profonde ; le tout y est toujours plus que la simple somme des parties ; par exemple une cellule est plus qu’une série de molécules simplement juxtaposées. Et de même on voit que dans l’organisme le dedans peut se lire au-dehors, la surface visible exprime la profondeur invisible. Par exemple, dans l’interprétation médicale on peut décoder sur la peau des symptômes de troubles ayant lieu dans un organe caché.

Un important problème philosophique concerne la possibilité même d’une connaissance scientifique du vivant. Ce problème est à la fois épistémologique et concerne la philosophie des sciences mais il est aussi métaphysique et concerne le fond même de la réalité. Alors quel est-il ? Eh bien le problème est de savoir si le vivant peut être un objet de sciences comme un autre ou si, au contraire, quelque chose en lui échappe radicalement à la connaissance scientifique. N’y a-t-il pas dans le vivant quelque chose d’absolument original voire même de miraculeux qui le rend inexplicable par les lois des sciences de la nature ?

Alors sur cette question, deux grands camps philosophiques s’opposent ; d’un côté, ceux qui soutiennent que l’explication scientifique du vivant est possible et, de l’autre, ceux qui soutiennent, au contraire, que le vivant demeure et demeurera toujours un mystère pour la science donc un mystère métaphysique.

D’un côté donc, le matérialisme soutient que le vivant peut être expliqué au fond par le non vivant, c’est-à-dire par les lois de la physique et de la chimie.

Et de l'autre côté il y a le vitalisme qui pense que le vivant n'est pas régi par les lois ordinaires de la nature physique mais, au contraire, par un principe spécial, par une force vitale au fond immatérielle.

Historiquement en tout cas, la biologie n’est devenue une véritable science qu’en s’opposant aux conceptions métaphysiques et assez romantiques du vivant. Il a fallu en effet chasser les âmes et la vie et le principe vital du vivant pour ne voir en lui qu’un pur mécanisme obéissant aux lois générales de l’univers. Cette opération a été très largement inaugurée au 17e siècle par le philosophe et savant René Descartes.

Abordons un dernier problème, celui de la manipulation du vivant. Alors il faut tout de suite dire que celle-ci n’est pas nouvelle si l’on considère que depuis la révolution agricole au néolithique l’être humain n’a cessé de transformer les espèces vivantes, notamment par des croisements et des hybridations. Mais grâce à la biologie moléculaire et à la génétique nous en sommes arrivés aujourd’hui à des possibilités de manipulations infiniment plus profondes car nous sommes devenus capables de transformer le vivant, pas seulement en opérant des croisements mais en modifiant directement le code génétique vivant. Ce qui se passe désormais c’est que le généticien est capable d’accéder à la mémoire même de l’espèce, le génome. Il peut en modifier la structure en fonction de ses besoins et de ses désirs. Or, en fonction de ses besoins et de ses désirs, cela signifie en fonction de sa culture. Bref, par la manipulation génétique, c’est la culture elle-même et ses valeurs qui s’introduit au cœur du vivant, donc au cœur de la nature.

Et cela pose à la fois des problèmes écologiques mais aussi des problèmes éthiques et politiques. Il faut alors réfléchir sur la responsabilité de l’homme face au vivant. Peut-on faire du vivant un simple moyen technique ? Comment concilier l’instrumentalisation du vivant avec le respect du vivant ?

 

Examinons pour finir et brièvement un sujet du baccalauréat : « Soigne-t-on un être vivant comme on répare une machine ? ».

Alors, il faut d’abord reformuler cette question pour bien la comprendre. Le sens est le suivant : soigner un être tombé malade, est-ce la même chose que réparer une machine tombée en panne ? Autrement dit, peut-on rendre compte de l’acte médical par une métaphore mécaniste ? Le médecin est-il un technicien ou un mécanicien et le vivant est-il une machine ?

Alors quel est du coup le problème ? On voit tout de suite que la réparation d’une machine semble plus simple à comprendre que la guérison d’un être vivant ; peut-elle alors servir de modèle légitime pour comprendre et penser ce processus complexe de la guérison ou serait-ce, au contraire, ne rien comprendre du tout à la spécificité de l’acte médical que d’y voir une simple manipulation mécanique ? Bien pire, encore plus qu’une erreur, ne serait-ce pas aussi une faute que d’assimiler un être vivant à une chose ou à un simple objet matériel ? L’être vivant n’est-il pas d’ailleurs sensible à la douleur ? Et s’il s’agit d’un humain et tout malade qu’il est, ne lui doit-on pas le respect dû à toute personne ?