Les mémoires : lecture historique

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Classe(s) : Tle S - Tle L - Tle ES | Thème(s) : Les mémoires : lecture historique

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Les mémoires : lecture historique

L'histoire et la mémoire sont deux approches différentes du passé. Alors comment les différencier ? Dans notre société, la Seconde Guerre mondiale et la guerre d'Algérie sont des questions sensibles. Comment leur mémoire et leur histoire ont-elles évolué ?

Et d'abord, comment différencier histoire et mémoire ?

L'histoire est une science qui s'élabore à partir de différentes sources, de leur analyse critique ; c'est une reconstruction scientifique du passé. Elle vise donc à l'objectivité. Cependant, l'histoire évolue, en fonction des progrès de la recherche historique, de l'accessibilité des sources mais aussi des centres d'intérêt des historiens et de la société dans laquelle ils vivent.
La mémoire, elle, est subjective, en ce qu'elle intègre une expérience. La mémoire peut être individuelle mais aussi collective, lorsqu'elle se transmet au sein d'un groupe. Dans ce cas, elle renforce l'identité du groupe qui la porte.
Tout comme l'histoire, la mémoire évolue. Dans un premier temps, elle est souvent refoulée lorsqu'elle concerne des événements douloureux. Puis, ravivée, elle se construit progressivement sous l'action des témoignages et du travail des historiens. Elle est enfin entretenue par des commémorations, des discours, ou par les programmes scolaires.

Pourquoi les historiens s'intéressent-ils à la mémoire ? Quel rapport entretiennent-ils avec elle ?

• Les historiens s'intéressent aux mémoires individuelles ; ainsi, les témoignages oraux ou écrits constituent des sources qu'ils étudient. Mais ils s'intéressent surtout aux mémoires collectives, dont ils décrivent l'évolution. Ils examinent leur mise en scène dans les « lieux de mémoire » ou lors des commémorations.
• Aujourd'hui, les pouvoirs publics demandent souvent aux historiens d'intervenir pour livrer une « vérité historique » sur le passé, au nom d'un « devoir de mémoire ». Cette démarche va jusqu'au vote de « lois mémorielles », affirmant le point de vue officiel de l'État sur un événement. Mais l'histoire n'est pas figée et les historiens préfèrent à ce « devoir de mémoire » un « devoir d'histoire ».

Comment ont évolué les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France ?

• En 1945, les Français sortent divisés et meurtris par le régime de Vichy. Afin de reconstruire l'unité nationale, le gouvernement provisoire, avec à sa tête le général de Gaulle, passe la collaboration sous silence. L'image d'une France majoritairement combattante et résistante est alors véhiculée par les gaullistes et les communistes. Le système concentrationnaire est présenté comme un « tout » et l'horreur de la Shoah, occultée. Vous avez sans doute vu des images du documentaire Nuit et brouillard, qui véhicule cette mémoire de la déportation.
• À partir des années 1970, le cinéma, le travail des historiens (comme celui de Robert Paxton) et des procès de criminels nazis permettent de réexaminer l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. La Shoah devient un élément central des mémoires de cette période et de l'identité juive.
• Dans les années 1990, la France reconnaît officiellement ses responsabilités dans la déportation des juifs et les historiens défendent l'idée d'une population française qui s'est plus « accommodée » à l'occupant nazi qu'elle n'a résisté.

Et les mémoires de la guerre d'Algérie, comment ont-elles évolué en France ?

• Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, la mémoire de la guerre est occultée par l'État français. On parle encore à son sujet des « événements », et non d'une « guerre ». Les mémoires de ce conflit sont portées par des groupes très différents : les pieds-noirs, les harkis et les anciens combattants de l'armée française.
• Il faut attendre les années 1990 pour que le travail des historiens porte ses fruits : la guerre est officiellement nommée comme telle par les autorités et l'attitude de l'armée, notamment l'usage de la torture, est divulguée. La guerre d'Algérie redevient un enjeu entre des « mémoires parallèles » qui ne sont pas encore apaisées.

La mémoire de ce conflit est-elle la même en Algérie ?

• En Algérie, l'histoire de la guerre est réécrite par les autorités au pouvoir à partir de 1965. Certains héros de la guerre, hostiles au nouveau pouvoir en place, sont occultés. C'est une vision officielle de l'histoire qui s'impose. La mémoire est manipulée.
• Dans les années 1980, certains des hommes qui avaient été écartés sont libérés, mais l'accès aux archives reste difficile. Il faut attendre les années 1990, et les affrontements entre le pouvoir et les islamistes, pour que les souvenirs de la guerre d'Algérie soient réveillés. Aujourd'hui, les mémoires de la « guerre de libération » restent essentielles en Algérie parce que cet événement est fondateur de la nation algérienne.

Quelques idées clés à retenir.

• Donner la parole aux témoins d'un événement, c'est solliciter leur mémoire et les considérer comme une source pour faire l'histoire. La mémoire, prise collectivement, devient un objet d'histoire.
• Alors que les mémoires de la Seconde Guerre mondiale sont aujourd'hui globalement apaisées et consensuelles, les mémoires de la guerre d'Algérie restent vives et souvent opposées.

 

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