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Antigone

Ciné-chroniques

Film canadien de Sophie Deraspe

Avec Nahema Ricci, Antoine Desrochers, Rawad el-Zein, Rachida Oussaada,Nour Belkhiria, Hakim Brahimi, Paul Doucet

 

            MYTHOLOGIE

 

Sophie Deraspe est une réalisatrice québécoise dont nous découvrons le remarquable cinquième film, Antigone, qui était précédé par Rechercher Victor Pellerin (2006), Les Signes Vitaux (2009), Les Loups et Le Profil Amina (2015), tous plus ou moins couverts de Prix dans différents Festivals, récompenses méritées puisqu’elle seule assume le scénario, la réalisation, les prises de vues, parfois le montage et la production. Bravo, fermez le ban.

Inspiré par un fait divers tragique survenu à Montréal en 2008 (la mort d’un jeune Maghrébin tué dans un parc par un policier), le film nous décrit les survivants d’une famille d’émigrés kabyles (la grand’mère, les deux sœurs et les deux frères) qui ont fui au Canada lorsque les parents ont été assassinés et jetés devant la porte de leur maison. L’intégration semble acquise, surtout pour Antigone, 16 ans, qui est une brillante élève, bien accueillie par sa classe très émue par son drame familial, surtout pour un jeune garçon qui va devenir son boy-friend. Par contre, le goût des études est moins développé chez ses deux frères qui le remplacent par de menus larcins pour le cadet et par du farniente pour l’aîné. Seules les femmes tentent parfois de les ramener à la morale mais, autour d’un bon couscous et d’une danse du pays perdu, la tribu maintient le cap vers l’obtention des permis de séjour définitifs.

Jusqu’au jour où le frère aîné, surpris en jouant au bonneteau dans la rue, est poursuivi par la police… qui l’abat. Hors de lui, le cadet se jette sur le policier mais, rapidement maîtrisé par la patrouille, va finir en prison avant d’être jugé pour être expulsé. Devant ce drame, Antigone qui est menue comme son frère se coupe les cheveux comme lui et décide de prendre sa place en prison afin qu’il s’échappe avec l’aide de la grand’mère. Ce plan hardi réussit et Antigone, incarcérée à sa place, va devenir progressivement l’héroïne de la jeunesse pour son courageux combat contre la Loi qu’elle estime trop cruelle… Je n’en dévoilerai pas plus.

Ce récit est admirablement interprété par des acteurs non professionnels qui incarnent avec ferveur cette sorte de conte moderne que Sophie Déraspe nous offre avec une maîtrise technique de tous les instants, utilisant ce que le cinéma peut offrir pour développer un récit qui ne soit pas uniquement soutenu par des dialogues alternés. Je n’ai qu’une réserve, mais elle semblera incongrue pour cette réalisatrice talentueuse qui est visiblement fan de Sophocle. Mais cette libre adaptation n’a que peu de rapport avec le destin de la fille d’Œdipe et de Jocaste et appeler les personnages par leurs noms grecs et déroutant pour la crédibilité de l’histoire.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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