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Brooklyn Village

Ciné-chroniques

Film américain de Ira Sachs
AvecGreg Kinnear, Jennifer Ehle, Paulina Garcia, Théo Taplitz, Michael Barbieri

 

Sélectionné au Festival de Sundance, Grand Prix au Festival de Deauville 

Sortie le 21-09-2016

 

Crise dans l'immobilier

Léonor, mère célibataire d’origine chilienne, est couturière à Brooklyn où elle loue le rez-de- chaussée d’un petit immeuble pour y travailler et habiter avec son fils Tony, 13 ans. Elle entretient une relation presque familiale avec son vieux propriétaire qui habite au-dessus, n’est guère gourmand en matière de loyer et vient partager parfois le dîner. Mais tout a une fin : le vieil homme meurt et ses enfants, Brian et sa soeur Audrey, héritent. Brian est marié avec Kathy, ils ont également un fils de 13 ans, Jake, et cet héritage va enfin leur permettre de mieux se loger car leur médiocre situation financière dépend surtout du salaire de Kathy, Brian connaissant les affres du comédien intermittent du spectacle. Au début, la cohabitation se passe bien entre bailleurs et locataire, les deux garçons s’apprécient, se plaisent et ne se quittent plus, mais Audrey, en sœur réaliste, souligne que le montant ridicule du loyer de la couturière devrait, au moins, être multiplié par trois, somme excessive pour les moyens de Léonor qui n’a d’autre argument que d’évoquer la générosité exceptionnelle du grand-père décédé. Mais ce coin de Brooklyn devient à la mode et les « bobos » commencent à l’occuper, chassant les habitants italiens, latinos ou asiatiques des origines. Alors que les rapports se tendent peu à peu entre les adultes, les deux enfants maintiennent depuis leur rencontre une amitié solide qui va se traduire par un mutisme total envers les parents désarçonnés par cette grève inédite de la parole.

> Ce film délicat, d’une simplicité apparente, vient de remporter le Grand Prix du Festival de Deauville, récompense bien méritée pour les qualités de l’histoire, son traitement et son interprétation. Il est intéressant de comparer Brooklyn Village aux nombreux films de Ken Loach / Laverty, particulièrement leur dernier - Moi, Daniel Blake - Palme d’Or à Cannes cette année. Depuis des décennies, ils utilisent (fort habilement) la même situation kafkaïenne de l’honnête citoyen aux prises avec l’injustice sociale, une administration stupide et un Etat inhumain. L’apport original que nous proposent Ira Sachs et son scénariste, Mauricio Zacharias, c’est que le « méchant » et la « gentille » appartiennent à la même classe moyenne surendettée et que Brian aura certainement mauvaise conscience s’il obtient gain de cause contre la couturière. Cinéaste new-yorkais, donc aux antipodes des productions hollywoodiennes, Ira Sachs a souvent été sélectionné au Festival de Sundance consacré aux films indépendants où il avait remporté le Grand Prix en 2005 pour Forty Shades of Blue. Très souvent, ce cinéma sans effets spéciaux numériques ni 3 D est influencé par les films européens qui traitent de sujets intimes situés dans la banalité de la vie quotidienne. Dans Brooklyn Village, Ira Sachs s’est particulièrement intéressé à la relation parents / enfants, surtout dans les moments où les adultes cessent d’être les modèles qu’ils souhaiteraient d’incarner auprès des gamins.

Et il ne sera pas évident de trouver une solution satisfaisante pour tous, comme dans la vie réelle où le "happy ending" se fait rare...

 

Henri Lanoë
Cinechronique

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