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El Clan

Ciné-chroniques

Film argentin de Pablo Trapero
Avec Guillermo Francella, Peter Lanzani, Lili Popovich, Gaston Cocchiarale, Giselle Motta, Franco Masini, Antonia Bengoechea, Stefania Koessl 

Sortie le 10-02-2016 

Lion d Argent Meilleur Réalisateur Venise 2015

Le Clan des Argentins

Depuis ses débuts, Pablo Trapero s’intéresse à un cinéma qui puise ses sujets dans une réalité où les conflits entravent l’épanouissement d’une justice sociale toujours inaccessible. Sélectionné régulièrement dans les Festivals importants, il fait désormais une navette entre Cannes et Venise qui a commencé avec El Bonaerense  traitant le problème de la corruption dans la Police (Un Certain Regard 2002), suivie de La Familia Rodante pour l'ouverture de la Biennale de Venise en 2004. Avec Leonera  (Cannes 2008), il aborde le sort des femmes enceintes frappées par une longue peine de prison et celui de l'enfant né en milieu carcéral.

Carancho (Cannes 2011) nous fait suivre le parcours d’un avocat (très) marron qui vit en escroquant les assurances lors des accidents de la circulation qu’il lui arrive de provoquer. Elefante Bianco (Cannes 2012) nous plonge dans une banlieue déshéritée où trône l’immense chantier abandonné d’un projet d’hôpital qui sert de champ de bataille entre divers trafiquants, la police et les prêtres qui tentent de protéger les malheureux habitants pris entre deux feux. Comme on peut le constater, Pablo Trapero fait un cinéma politique qui évoque celui de Francesco Rosi lorsque le cinéma italien dénonçait les tares d’une société avant de périr étouffé par la télévision.

Avec El Clan (Lion d’Argent Venise 2015), ce réalisateur combatif nous raconte l’histoire incroyable - mais vraie - de la famille Puccio qui s’est déroulée dans les années 1980 en Argentine, après la chute du régime militaire qui gérait alors le pays. Arquimedes Puccio, le patriarche d’une famille apparemment tranquille, vivait dans une maison d’un quartier aisé de Buenos Aires. Son fils aîné, Alejandro, était une gloire locale, star du célèbre Club Atletico San Isidro de rugby. Arquimedes, ex-homme de main du Service de Renseignements Militaires, avait vu son activité supprimée avec la chute de la dictature. Pour subsister, il s’est reconverti rapidement dans la prise d’otages suggérés par son rugbyman de fils avec demande de rançon : lorsque celle-ci était versée, il exécutait froidement le prisonnier qu’il avait tenu enfermé dans le sous-sol de sa demeure et se débarrassait du corps. Le plus extraordinaire, c’est que toute la famille était complice, que les voisins - qui le trouvaient seulement un peu maniaque de la propreté et du balayage - ne se sont jamais doutés de rien et que, même aujourd’hui, certains ne croient pas à la culpabilité de ces Atrides argentins. Guillermo Francella interprète ce "serial killer" peu banal : cheveux argentés, vêtu comme s’il allait à un tournoi de bridge, ce grand bourgeois échappe à l’image que le voisinage pouvait se faire d’un assassin. Star comique confirmée dans son pays, ce contre-emploi confirme son talent d’acteur, ce choix étant aussi surprenant que si Fernandel ou de Funès avaient interprété le rôle de Landru. Pour préserver le plaisir des spectateurs, je m’en voudrais de dévoiler les détails de l’enquête qui va mener à la découverte de cette petite entreprise familiale de meurtres, ainsi que du sort qui sera réservé à cet étrange clan. Allez voir, vous ne serez pas déçu.

Henri Lanoë
Cinechronique.com

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