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First Man

Ciné-chroniques

Film américain de Damien Chazelle

Avec Ryan Gosling, Jason Clarke, Claire Foy, Kyle Chandler

 

                        Alunissage réussi

 

            Depuis cinquante ans, la conquête spatiale a évidemment inspiré quelques films glorifiant le courage surhumain de ces équipages qui ont pris place dans ces énormes fusées plus proches de la bombe volante que d’un Airbus. Dans ces productions, la mission est conduite généralement par un pilote au sang-froid exceptionnel incarné par une star virile comme Tom Hanks dans Apollo 13, sauf une exception humoristique Space Cow Boys de (et avec) Clint Eastwood qui entretenait quand même un suspense de bon aloi. Avec les progrès de la NASA, le cinéma a choisi ensuite de souligner l’aspect positif et rassurant de la vie à bord en montrant le plaisir qu’éprouve l’équipage à jouer avec des objets en apesanteur. Délaissant la fiction, des documentaires comme ceux en IMAX de la Géode ou, récemment, 16 Levers de Soleil où le cosmonaute français Thomas Pesquet, en mission avec une équipe internationale, a passé six mois dans un habitacle nettement plus confortable que celui où Neil Armstrong et ses deux compagnons étaient poussés dans leurs sièges et sanglés dans le nez de la fusée qui devait, en principe, les ramener sur terre. Comme le souligne avec humour Damien Chazelle « Il y a plus de technologie dans un I phone aujourd’hui qu’à la NASA de cette époque ».

            Le scénario de First Man a été écrit par Josh Singer d’après le livre de James R. Hansen qui avait contacté, dès 2000, un Neil Armstrong plutôt réticent à l’idée d’un biopic le concernant. Il finit par accepter sous la pression familiale mais mourut en 2002 sans se douter que le projet n’aboutirait qu’en 2018. Un des atouts majeurs de First Man est le choix de Ryan Gosling dans le rôle de Neil Armstrong. Cet acteur canadien, remarquable par son flegme et son apparente fragilité, est apparu depuis une décennie en enchaînant des films aussi divers que Drive, Blade Runner ou La La Land. L’autre atout du film, c’est d’avoir donné autant d’importance à la vie familiale qu’aux exploits de ce pilote d’essai exceptionnel qui va frôler la mort sur des prototypes durant des années avant d’être recruté par la NASA. Au début, Janet est plutôt fière de son mari qui rentre à la maison tous les soirs. Mais cette époque heureuse est endeuillée très tôt par le décès de leur petite fille atteinte d’une tumeur, chagrin qui minera toujours le couple malgré la naissance de deux garçons. Quand la NASA sélectionne Neil pour les vols dans l’espace, la fierté de Janet fait place à l’inquiétude, mais lorsqu’il accepte d’être l’éventuel premier homme à marcher sur la lune, une angoisse évidente terrasse la malheureuse épouse qui avait rêvé d’une autre vie. Combien de temps le couple pourra -t-il résister à ce conflit ? Désormais, le récit va balancer entre la cuisine… et la lune.

             Sur le plan des effets spéciaux le spectacle est évidemment irréprochable. Mais, comparé aux précédents films spatiaux qui nous montraient, depuis 2001 l’Odyssée de l’Espace, l’évolution de majestueux vaisseaux dans une nuit profonde et silencieuse, Damien Chazelle s’accroche à la capsule où les trois spationautes, sanglés dans les fauteuils de leur minuscule cabine manipulent en gros plans les multiples voyants et boutons selon les instructions de l’immense salle de contrôle de Cap Canaveral. Finalement, ce qui est remarquable depuis le début de cette histoire, c’est que nous en connaissons l’issue heureuse et que cela n’entame pas notre intérêt ni notre émotion grâce aux qualités de la réalisation. Et pour ceux que la technique intéresse, la superbe image du chef-op suédois Linus Sandgren ne doit rien au numérique : le film est tourné à l’ancienne sur pellicule argentique en utilisant tous les formats disponibles : 16mm, 35mm et 70 IMAX ! Même s’il était avéré que, selon une rumeur tenace, l’alunissage aurait été filmé en grand secret par Stanley Kubrick sur un plateau d’Hollywood, First Man restera un grand moment de cinéma.

Henri Lanoë
Cinéchronique

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