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Free to Run

Free to Run
Ciné-chroniques

Documentaire français de Pierre Morath
Commenté par Philippe Torreton

Fric to Run ?

Durant sa course solitaire de 42 km qui l’amenait vers Athènes pour annoncer la victoire des Grecs sur les Perses à Marathon, le messager Philippidès ne se doutait pas que, de nos jours, 50 000 personnes participeraient au Marathon annuel de New York, course de plusieurs heures dans les rues d’une ville qui a désormais essaimé dans la plupart des capitales mondiales. Mais pour arriver à ce résultat, un long combat a été nécessaire : c’est ce que nous raconte Free to Run, le film de Pierre Morath, ancien athlète de haut niveau – Champion d’Europe de duathlon en 1998 – devenu réalisateur de documentaires consacrés au sport.

Sous l’impulsion de Pierre de Coubertin, les premiers Jeux Olympiques eurent lieu à Athènes en 1896 et, parmi les disciplines sportives, y figure déjà le mythique Marathon. Mais c’est l’époque où le sport balbutiant ne se déroule que dans des stades prévus pour accueillir des spectateurs payant pour voir ce nouveau spectacle : l’idéal olympique est déjà guetté par le business et les organisateurs trouvent une solution astucieuse pour caser l’incasable marathon en faisant partir les coureurs à 42 km du stade se concluant par une arrivée échelonnée des survivants devant les gradins enthousiastes, cette formule étant toujours appliquée lors des actuels Jeux Olympiques. Pourtant, dès 1897, la ville de Boston ose créer le premier marathon qui se déroule dans les rues de la ville. New York attendra 1970 pour lancer le sien dans Central Park (127 inscrits, 55 arrivés) puis dans tous les quartiers qui constituent cette mégapole (200 000 candidats de nos jours, 50 000 retenus !) Cet engouement pourrait laisser croire que le Running est un sport populaire ouvert à tout le monde mais il s’agit, en fait, d’un sport de "très" riches puisque le revenu moyen des participants américains dépasse 100 000 dollars, d’où le profond malaise lorsqu’il fallut supprimer l’épreuve quand le cyclone Sandy, qui venait de ravager New York, priva la municipalité des énormes revenus qu’elle escomptait comme chaque année.

Pierre Morath ouvre cette excellente enquête sur l’incroyable sort réservé aux femmes jusqu’aux années 60 : elles avaient le droit de courir du 100 au 800 mètres, puis le 1500 mètres fut toléré à partir de 1972, alors que les hommes couraient le 5000, le 10 000 et… le Marathon. Les raisons invoquées étaient d‘ordre médical : on pensait que les femmes, étant plus fragiles que les hommes, couraient (si j’ose dire) plus de risques dans ces courses d’endurance… Jusqu’au jour où on remarqua que leur métabolisme et leurs réserves de graisse les rendaient plus performantes que l’homme. Avant que cette découverte ne leur ouvre la participation à toutes les épreuves d’athlétisme, les actualités de l’époque nous montrent le sort que leur réservaient les commissaires, tentant d’empêcher ces suffragettes de la course à pied de prendre le départ de ces épreuves jusqu’alors réservées aux hommes. Riche de documents abondants et souvent rares, Free to Run nous présente les héros peu connus de cette conquête qui a transformé le discret jogging en un phénomène planétaire pratiqué par des millions de personnes : le Running.
 

Henri Lanoë
Cinechronique.com

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